‹ Catéchisme positivist: ou, Sommaire exposition de la religion universelle enChapitre 14 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

mais de me sentir profondément choquée eri étudiant le puéril développement de la béatitude chez un docteur aussi recommandable, de cœur et d'esprit, que saint Augustin. J'étais presque indignée en le voyant espérer d'être un jour aifranchi de la pesanteur, et même de tout besoin nutritif, quoique, par une grossière contradiction, il se réservât la faculté de manger à son gré, sans craindre d'ailleurs de grossir indéfiniment. De telles comparaisons sont très-propres à faire sentir combien le positivisme perfectionne Timmortalité, en même temps qu'il la consolide, quand il la transforme d'objective en subjective. Mais cette évidente supériorité ne m'empêche point de regretter, dans l'ancien culte, la grande institution de la prière, qui ne me semble pas compatible avec la nouvelle foi.

Le Prêtre. Une telle lacune serait extrêmement grave, ma fille, si elle était réelle ; puisque l'exercice régulier de la prière, privée ou publique, constitue la principale condition d'un culte quelconque. Loin d'y manquer, le positivisme y satisfait mieux que le catholicisme : car il épure cette institution en même temps qu'il la développe. Votte méprise, à cet égard, résulte de la notion grossière qu'on se forme encore de la prière, quand on la fait surtout consister en demandes, trop souvent matérielles, suivant la nature profondément égoïste de tout culte théologique. Pour nous, au contraire, la prière devient l'idéal de la vie. Car prier, c'est à la fois aimer, penser, et même agir ; puisque l'expression constitue toujours une véritable action. Jamais les trois aspects de l'existence humaine ne peuvent être

aussi profondément unis que dans ces admirables épanchements de reconnaissance et d'amour envers notre grande Déesse ou ses dignes représentants et organes. Aucun motif intéressé ne vient plus soniller la pureté de nos effusions.

Toutefois, comme leur pratique journalière améliore beaucoup notre cœur, et même notre esprit, nous y pouvons avoir légitimement en vue ce précieux résultat, sans craindre qu'une telle personnalité nous dégrade jamais. Quoique le positiviste prie surtout pour épancher ses meilleures affections, il peut aussi demander^ mais seulement de nobles progrès, ainsi pn^esque assurés. Souha'fter avec ferveur de devenir plus tendre, plus vénérant, ou même plus courageux, c'est déjà réaliser, à quelque degré, l'amélioration désirée; au moins par un sincère aveu de notre imperfection actuelle, première condition du prochain perfectionnement. Cette sainte réaction peut d'ailleurs s'étendre jusqu'à l'intelligence, ne fût*ce qu'en nous inspirant de nouveaux efforts pour penser mieux. Demander, au contraire, un accroissement de richesse ou de pouvoir, constituerait, dans notre culte, une pratique non moins absurde qu'ignoble. Nous n'envions pas auxthéologistes l'empire illimité qu'ils espèrent obtenir ainsi sur l'ordre extérieur. Tous nos efforts subjectifs se bornent à perfectionner autant que possible Tordre humain, à la fois plus noble et plus modifiable. En un mot, la prière positiviste s'empare essentiellement du suprême domaine réservé jadis à la grâce surnaturelle. Notre sanctification systématise surtout les progrès qui jusqu'alors furent conçus

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