PREMIERE PARTIE
comme étrangers à toutes lois invariables, quoique leur prééminence fût déjà sentie.
La Femme. D'après cette explication décisive, je vous prie, mon père, de m'indiquer maintenant la marche générale qui convient à la prière positiviste.
Le Prêtre. Pour cela, ma fille, il faut y distinguer deux parties successives, Tune passive, l'autre active, qui concernent respectivement le passé et l'avenir unis par le présent. Notre culte exprime toujours un amour motivé et développé d'après une reconnaissance croissante. Chaque prière, privée ou publique, doit donc nous préparer à l'effusion par la commémoration, dont la durée sera communément double. Quand une heureuse combinaison de signes et d'images a suflSsamment ranimé nos sentiments envers l'être adoré, nous les épanchons avec une véritable ferveur, qui tend bientôt à les augmenter encore, et dès lors à nous mieux rapprocher de l'évocation finale.
La Femme. Cette indication pouvant me suflire, je vous prie, mon père, de compléter votre appréciation générale de notre culte en caractérisant directement ses réactions fondamentales sur notre principal perfectionnement. Quoique je les sente profondément, je ne pourrais pas les définir assez pour les faire convenablement juger. C'est pourquoi je vous demande, à cet égard, une explication systématique, qui dirigera d'abord ma propre pratique et ensuite mon digne prosélytisme.
Le Prêtre. Quoique notre culte perfectionne à la fois le cœur et l'esprit, il importe, ma fille, d'apprécier
ilG CATECHISME POSITIVISTE.
séparément sa réaclion morale et son influence intellectuelle.
La première résulte nécessairement de la principale loi d'animalité. Car le culte constitue toujours un véritable exercice, et même plus normal qu'aucun autre ; comme Tindique le langage usuel, tableau constamment fidèle de Fexistence humaine. Une telle appréciation est surtout incontestable quand la prière devient complète, c'est-à-dire orale en même temps que mentale. En éfFet, on emploie les mêmes muscles pour exprimer, soit par les sons, soit par les gestes ou attitudes, que quand on veut directement agir. Ainsi, toute digne expression de nos sentiments tend à les fortifier et développer, de la même manière qu'en accomplissant les actes qu'ils nous inspirent.
Je dois cependant prévenir, à cet égard, une dangereuse exagération, en vous invitant à ne jamais confondre ces deux grandes réactions morales. Malgré la similitude de leurs lois essentielles, on ne saurait les regarder, en aucun cas, comme équivalentes. Suivant l'expérience universelle, pleinement sanctionnée par notre théorie cérébrale, les œuvres auront toujours plus de poids que les effusions, non-seulement dans les résultats extérieurs, mais aussi pour Tamélioration intérieure. Néanmoins, après la pratique des bonnes actions, rien n'est plus propre à fortifier et développer nos 'meilleurs sen timents que leur digne expansion, pourvu qu'elle devienne assez habituelle. Or, ce moyen général d'amélioration nous est ordinairement mieux accessible que l'action elle-même, qui souvent exige des matériaux ou