‹ Catéchisme positivist: ou, Sommaire exposition de la religion universelle enChapitre 18 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE. IC · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. IC

nêtes, sensés, et courageux. Puisque l'art doit surtout développer en nous le sentiment de la perfection, il ne supporte jamais la médiocrité : le vrai goût suppose toujours un vif dégoût. Depuis Homère jusqu'à Walter Scott, il n'existe en Occident que treize poètes véritablement grands, deux anciens, onze modernes, y compris même trois écrivains en prose. Parmi tous les autres, on n'en citerait pas plus de sept dont la lecture puisse ou doive devenir journalière. Quant au reste, on le détruira sans doute presque entièrement, comme aussi nuisible à l'esprit qu'au cœur, lorsque l'éducation régénérée aura permis d'en extraire tous les documents utiles, surtout historiques. Il n'y a donc pas lieu, dans la socîocratie encore moins que dans la théocratie, à constituer une classe fixe, exclusivement occupée de la culture poétique. Mais les prêtres, habituellement philosophes, deviendront momentanément poètes quand notre Déesse aura besoin de nouvelles effusions générales, qui suffisent ensuite, pendant plusieurs siècles, au culte public et privé. Les compositions secondaires, naturellement plus fréquentes, seront livrées, d'ordinaire, à la spontanéité féminine ou prolétaire. Quant aux deux arts spéciaux, l'apprentissage prolongé qu'ils exigent, surtout envers la forme, obligera, sans doute, à leur consacrer quelques maîtres choisis, que l'éducation positive indiquera spontanément au sacerdoce directeur, lis y deviendront de véritables membres, ou resteront de simples pensionnaires, suivant leur nature plus ou moins synthétique.

La Femme. Un tel éclaircissement vous permet, mon

père, de passer immédiatement à votre dernière explication générale sur l'efficacité de notre culte. Son aptitude esthétique me semble évidente. Mais je ne sens pas en quoi peut consister son influence scientifique.

Le Prêtre. A mieux développer partout, ma fille, la logique universelle, toujours fondée sur un digne concours des signes, des images, et des sentiments pour assister l'élaboration mentale. La logique des sentiments est plus directe et plus énergique qu'aucune autre; mais ses moyens sont trop vagues et trop inflexibles. Éminemment disponibles, et suffisamment multipliés, les signes artificiels compensent, par cette double propriété, la moindre efficacité logique résultée de leur liaison faible et indirecte avec nos pensées. Mais les images doivent compléter un tel ensemble de secours intellectuels, et peuvent même seules l'instituer assez, d'après leur nature intermédiaire. Or, c'est surtout envers ce lien normal de notre vraie logique que le culte doit être efficace, quoiqu'il en développe aussi les deux autres éléments. A cet égard, l'enfant qui prie dignement exerce mieux son appareil méditatif que l'orgueilleux algébriste qui, faute de tendresse et d'imagination, ne cultive, au fond, que l'organe du langage, d'après un jargon spécial, dont le juste usage est trèsborné.

Cette indication fait assez entrevoir le principal résultat scientifique du culte flositif. Il ne concerne ainsi que la méthode proprement dite, et fort peu la doctrine ; sauf les notions morales, et même intellectuelles, que procurent spontanément nos pratiques religieuses.

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