PREMIÈRE PARTIE
parmi toutes les générations dont il a successivement assisté tes effusions. Mais ce précieux secours ne devient pleinement efficace qu*à la condition de toujours rester purement accessoire, quoique sa participation proportionnelle doive varier suivant le» cas, comme je vous l'indiquerai bientôt.
La. Fbmme. Avant que vous m'expliquiez l'influence seientifique du culte positif, je vous prie^ mon père, d'éclaircir une grave difficulté, naturellement »iscitée par l'exposition précédente. Le culte et la poésie me paraissent, dans notre religion, se confondre tellement, que leur commun essor semble exiger une classe sacerdotale entièrement distincte de celle qui développe et enseigne le dogme. Jfe sens que cette séparation deviendrait extrêmement dangereuse en constituant une intraitable rivalité entre ces deux corporations, pour décider À laquelle appartiendrait finalement la direction du régime, qui pourrait également convenir à toutes deux. Ce conflit me paraît tellement grave qu'il faut nécessairement le résoudre, sous peine de compromettre radicalement Torganisation générale de notre sacerdoce, dès lors incapable de présider à la vie privée, et surtout à la vie publique. Mais, d'une autre part, je ne conçois pas que nous puissions l'éviter assez, puisque la culture poétique et l'étude philosophique semblent exiger des régimes inconciliables.
Le Prêtre. Cette erreur, qu'il importe beaucoup de rectifier, constitue, ma fille^ l'un des principaux résultats de l'anarchie moderne, qui tend partout à disperser nos forces par une déplorable spécialité, non moins ab-
surde qu'immorale. Il n*y a de vraiment spéciaux, dans l'état normal, que les travaux pratiques, puisque nul ne saurait tout faire. Mais chacun devant tout concevoir, la culture théorique doit, au contraire, rester toujours indivisible. Sa décomposition fournit le premier signe de ranarchie.C'estainsiquepensaitrantiquitéthéocratique, seule pleinement organisée jusqu'ici. Lorsque les poètes s'y séparèrent du sacerdoce, sa décadence commença.
Quoique le génie philosophique et le génie poétique ne puissent jamais trouver simultanément de hautes destinations, leur nature intellectuelle est complètement identique. Aristote pouvait devenir un grand poète et Dante un éminent philosophe, si la situation historique avait été moins scientifique chez l'un et moins esthétique pour l'autre. Toutes ces distinctions scolastiques furent imaginées et soutenues par des pédants qui, n'ayant aucune sorte de génie, ne savaient pas même l'apprécier ailleurs. La supériorité mentale est toujours semblable entre les différentes carrières humaines : le choix de chacun s'y trouve fixé par sa situation, surtout historique ; car l'espèce domine sans cesse l'individu.
Il n'existe réellement d'autre différence essentielle à cet égard que celle résultée de la continuité naturelle du service philosophique, opposée à l'intermittence nécessaire du service poétique. Les grands poètes sont seuls efficaces, même intellectuellement, et surtout moralement ; tous les autres font beaucoup plus de mal que de bien : tandis que les moindres philosophes peuvent être vraiment utilisés, quand ils sont assez bon-