‹ Catéchisme positivist: ou, Sommaire exposition de la religion universelle enChapitre 20 sur 127 · CULTE PRIVE · texte numérisé non relu

CULTE PRIVE

La Femme. Le culte privé me semble, mon père, devoir être composé, comme l'existence correspondante, de deux parties bien distinctes, Tune personnelle, l'autre domestique, dont la séparation me parait indispensable à son explication.

Le Prêtre. Cette division naturelle, que je n'avais pas dû mêler à la principale décomposition du culte, détermine, en effet, ma fille, le plan de notre entretien actuel. Deux grandes institutions sociolatriques, l'une relative aux vrais anges gardiens, l'autre aux neuf sacrements sociaux, vont y caractériser respectivement, d'abord le culte personnel, puis le culte domestique. Les motifs qui font dépendre celui-ci de celui-là sont, à de moindres degrés, essentiellement semblables à ceux qui représentent l'ensemble du culte privé comme l'unique base solide du culte public. Plus intime qu'aucun autre, le culte personnel peut seul développer assez des habitudes décisives d'une sincère adoration, sans lesquelles nos cérémonies domestiques, et, à plus forte rai^

son, nos solennités publiques, manqueraient d'efficacité morale. La sociolatrie institue ainsi, pour chaque cœur, une progression naturelle, où les effusions individuelles préparent dignement les célébrations collectives, par Tentreprise normale des consécrations domestiques.

La Femme. Puisque le culte intime devient ainsi la première base de toutes nos pratiques sacrées, je vous pri«, mon père, de m'en expliquer directement la vraie nature.

Le Prêtre. Elle consiste, ma fille, dans l'adoration journalière des meilleures personnifications que nous puissions assigner à l'Humanité, d'après l'ensemble de nos relations privées.

Toute l'existence de l'Être-Suprême étant fondée sur l'amour, qui seul réunit volontairement ses éléments séparables, le sexe affectif constitue naturellement son représentant le plus parfait, en même temps que son principal ministre. Jamais l'art ne pourra figurer dignement l'Humanité autrement que sous la forme féminine. Mais la providence morale de notre Déesse ne s'exerce pas seulement par l'action collective de votre sexe sur le mien. Cet office fondamental résulte surtout de l'influence personnelle que chaque digne femme développe sans cesse au sein de sa propre famille. Du sanctuaire domestique émane continuellement cette sainte impulsion qui peut seule nous préserver de la corruption morale à laquelle nous dispose toujours Texistence pratique ou théorique. Sans de telles racines privées, l'action collective de la femme sur l'homme ne comporterait d'ailleurs aucune efficacité permanente.

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