DEUXIÈME PARTIE
à toute exposition sérieuse du positivisme, qui les populisera bientôt. Ils ne sauraient pourtant inspirer jamais à votre sexe Tattrait moral que vous offriront prochainement les qualifications objective et subjective, finalement destinées surtout à caractériser les plus douces nuances de nos meilleures émotions. Mais leur usage purement intellectuel ne doit pas les priver du respect que mérite leur utilité théorique. Ces deux couples d'expressions philosophiques sont d'ailleurs les seuls que je me trouve forcé de vous imposer.
D'après la définition précédente, vous concevez aisément que, envers un domaine quelconque, l'étude statique précède nécessairement l'étude dynamique, qui ne saurait jamais surgir sans une telle préparation. Il faut, en effet, avoir déterminé les conditions fondamentales de chaque existence avant d'apprécier ses divers états successifs. Les anciens, qui voyaient partout Timmobiliié, furent profondément étrangers à toute conception dynamique, même en mathématique. Au contraire, le prince éternel des vrais philosophes, l'incomparable Aristote, posa déjà toutes les bases essentielles des plus hautes études statiques, sur la vie, l'intelligence, et la société. Mais, suivant cette marche nécessaire, le complément dynamique devient partout indispensable. Sans lui, l'appréciation statique reste toujours provisoire, de manière à ne pouvoir assez guider la pratique, qu'elle entraînerait isolément à de graves erreurs, surtout envers les cas principaux.
La loi statique de notre entendement devient, pour le positivisme, une simple application du principe fonda-
mental qui partout subordonne l'homme au monde. Elle consiste, en effet, dans la subordination continue de nos construetions subjectives à nos matériaux objectifs. Le génie d'Aristote en ébaucha la notion générale par cet admirable aperçu : Il n'y a rien dans V entendement qui n'ait.d'aJbord émœaé de la sensation. Mais, les modernes ayant souvent abusé d'un tel axiome pour représenter notre intelligence comme purement passive, le grand Leibnitz fut obligé d'y joindre une restriction essentielle, destinée à formuler la spontanéité de nos dispositions mentales. Celte explication, qui se bornait réelloment à mieux développer la maxime d'Aristote, fut complétée par Kant, d'après son immortelle distinction entre les deux réalités, objective et subjective, de chaque conception humaine. Néanmoins, ce principe ne fut vraiment systématisé que quand le positivisme le rattacha convenablement à la loi générale qui, dans tous les phénomènes vitaux, place tout organisme sous la dépendance continue du milieu correspondant. Pour nos plus hautes fonctions spirituelles, comme envers nos actes les plus matériels, le monde extérieur nous sert à la fois d'aliment, de stimulant, et de régulateur. Tandis que la subordination du subjectif à l'objectif cessait ainsi d'être isolée, elle recevait aussi, de la philosophie positive , son complément indispensable , sans lequel l'étude statique de l'intelligence n'aurait pu se lier assez à l'étude dynamique. Il consiste à reconnaître que, dans l'état normal, les images subjectives sont toujours moins vives et moins nettes que les impressions objectives d'où elles émanent. S'il en était