DEUXIÈME PARTIE
matériel est seulement étudié sous l'aspect physique proprement dit. Malgré Tégale universalité de ces deux sciences, le décroissement de généralité est aussi sensible que Taccroissement de complication quand on passe de Tune à l'autre. Car, la physique, étudiant Tensemble des propriétés qui constituent toute existence matérielle, considère pareillement tous les corps, avec de simples différences de degré. Ses diverses branches doivent donc correspondre aux divers sens qui nous révèlent le monde extérieur. Au contraire, la chimie considère toutes les substances comme essentiellement distinctes ; et son principal objet consiste à déterminer ces différences radicales. Quoique les phénomènes qu'elle étudie soient toujours possibles dans un corps quelconque, ils ne s'y réalisent jamais que sous des conditions spéciales, dont le concours rare et difficile exige souvent l'intervention humaine.
De ces deux sciences voisines, la physique est plus importante logiquement et la chimie scientifiquement, quand on compare leur poids encyclopédique, après avoir d'abord reconnu l'indispensable nécessité, théorique et pratique, de chacune d'elles. C'est surtout de la physique qu'émane l'essor décisif du génie inductif , par le développement de l'observation, trop spontanée en astronomie ; et ensuite de l'expérimentation, trop équivoque partout ailleurs. Mais la chimie l'emporte quant à l'influence encyclopédique des notions qu'elle procure. Son extrême imperfection théorique, qui ne peut cesser que sous la discipline positive, ne l'a point empêchée d'exercer une lumineuse réaction sur l'en-
m CATÉCHISME POSITIVISTE.
semble de la raison occidentale. Cette précieuse efficacité résulte surtout de l'analyse générale de notre milieu terrestre, gazeux, liquide, et solide, complétée par celle, non moins indispensable, des substances végétales et animales. On peut ainsi concevoir enfin l'économie fondamentale de la nature, jusqu'alors inintelligible, faute d'avoir constaté, chez tous les êtres réels, tant vivants qu'inertes, des éléments matériels essentiellement identiques. •
Vous concevez donc comment la chimie proprement dite institue seule une transition normale entre la cosmologie et la biologie, suivant votre juste vœu de continuité totale. Cette grande condition* encyclopédique, aussi favorable finalement au cœur qu'à l'esprit, vous offrirait encore plus de prix si je vous indiquais la vraie distribution intérieure de l'astronomie, de la phyque, et de la chimie, comme je l'ai d'abord fait envers la mathématique. Mais il faut réserver ces développements pour des entretiens plus spéciaux, qui ne sont pas religieusement indispensables aujourd'hui. Ce type initial doit ici suffire pour vous faire sentir la possibilité générale d'une ascension vraiment graduelle de la mathématique à la morale, en appliquant, avec une précision et une spécialité croissantes, notre immuable principe hiérarchique.
En complétant cette appréciation subjective ou logique par une équivalente appréciation objective ou scientifique, la succession générale de ces trois études abstraites commence à vous manifester une véritable échelle concrète, sinon des êtres, au moins des exis-