DEUXIÈME PARTIE
La Fëmmk. Je conçois ainsi, mon père, que la continuité encyclopédique puisse s'établir envers la partie inférieure de la hiérarchie théorique. Mais, en partant d une vitalité aussi grossière que cette simple végétalité, je ne vois pas comment on peut s'élever jusqu'au vrai type humain y quoique je reconnaisse notre propre assujettissement aux lois de la nutrition, autant qu'à ceHes de la pesanteur.
Le PRâTRE. La diiBculté que vous éprouvez, ma fllle, correspond, en effet, au principal artifice biologique, graduellement élaboré, depuis Aristote jusqu'à Biainville, pour instituer une immense échelle, à la fois objective et subjective, destinée à lier l'homme au végétal. Si ces deux termes extrêmes existaient seuls, supposition nullement contradictoire, notre unité théo* rique deviendrait impossible ou du moins très-imparfaite, d'après la brusque lacune qu'éprouverait ainsi la continuité encyclopédique. Mais l'immense variété des organismes animaux nous permet d'établir entre la plus grossière vitalité et la plus noble une transition aussi graduelle que notre intelligence doive l'exiger.
Toutefois, cette série concrète est nécessairement discontinue, d'après la loi fondamentale qui maintient la perpétuité essentielle de chaque espèce au milieu de ses variations secondaires. Le vieux régime intellectuel entrava beaucoup l'essor de cette grande construction, en y cherchant vainement le résultat absolu des relations objectives. Mais la prépondérance encyclopédique de la méthode subjective dissipe enfin ces débats stériles et sans issue, en subordonnant toujours la formation de
la série animale à sa vraie destination, plutôt logique que scientifique. Ne devant étudier les animaux que pour mieux connaître Thomme en le liant au végétal, nous sommes pleinement autorisés à bannir d*une telle hiérarchie toutes les espèces qui la troubleraient. Un motif analogue nous permet, ou plutôt nous prescrit, d'y introduire convenablement quelques races purement idéales, spécialement imaginées pour améliorer les principales transitions, sans choquer jamais les lois statiques et dynamiques de Tanimalité. Les études plus développées envers certains animaux appartiennent réellement au domaine pratique, pour les rares espèces avec lesquelles l'existence humaine se trouve, à divers titres, plus ou moins liée. Toutes les autres spécialités zoologiques ne résulteraient que d'une dégénération théorique, dans une science que sa complication et son immensité exposent davantage aux puérilités académiques, déjà si multipliées en mathématique.
Mais l'ensemble des animaux susceptibles de former une véritable série nous offrira toujours un profond intérêt abstrait, pour éclaircir Tétude générale de toutes nos fonctions inférieures, en suivant chacune d'elles dans sa simplification et sa complication graduelles. L'humanité ne constituant, au fond, que le principal degré de l'animalité, les plus hautes notions de la sociologie, et même de la morale, trouvent nécessairement en biologie leur première ébauche, pour les esprits vraiment philosophiques qui savent les y saisir. Notre plus sublime conception théorique devient ainsi mieux appréciable, quand on considère chaque espèce animale