DEUXIÈME PARTIE. mi
sa liberté se manifeste en cheminant, selon sa nature, vers le centre de la terre, avec une vitesse proportionT nelle au temps, à moins que Tinterposition d'un fluide ne modifie sa spontanéité. De même^ dans l'ordre vital, chaque fonction, végétative ou animale^ est déclarée libre, si elle s'accomplit conformément aux lois correspondantes, sans aucun empâchement extérieur ou intérieur. Notre existence intellectuelle et morale comporte toujours une équivalente appréciation qui, directement incontestable envers l'activité , devient dès lors nécessaire pour son moteur affectif et son guid« rationnel.
Si la liberté humaine ccmsiMait à ne suivre aucune loi, elle serait encore plus immorale qu'absurde, comme rendant impossible un régime quelconque, individuel ou collectif. Notre intelligence manifeste sa plus grande liberté quand elle devient, suivant sa destination normale, un miroir fidèle de l'ordre extérieur, malgré les impulsions physiques ou morales qui tendraient a la troubler. Aucun esprit ne peut refuser son assentiment aux démonstrations qu'il a comprises. Mais, en outre, chacun est incapable de rejeter les opinions assez accréditées autour de lui, même quand il ignore leurs vrais fondements, à moins qu'il ne soit préoccupé d'une croyance contraire. On peut défier, par exemple, les plus orgueilleux métaphysiciens de nier le mouvement de la terre, ou des doctrines encore plus modernes, quoiqu'ils n'en connaissent aucunement les preuves scientifiques. Il en est de même dans l'ordre moral, qui deviendrait contradictoire si chaque âme pouvait, à son
gré, haïr quand il faut aimer, ou réciproquement. La volonté comporte une liberté semblable à celle de l'intelligence, lorsque nos bons penchants acquièrent assez d'ascendant pour rendre Tinipulsion affective conforme à sa vraie destination, en surmontant les moteurs con* traires.
Ainsi, la liberté véritable se trouve partout inhérente et subordonnée à Tordre, tant humain qu'extérieur. Mais, à mesure que les phénomènes se compliquent, ils deviennent plus susceptibles de perturbation, et l'état normal y suppose plus d'efforts, que d'ailleurs y permet une plus grande aptitude aux modifications systématiques. Notre meilleure liberté consiste donc à faire, autant que possible, prévaloir les bons penchants sur les mauvais ; et c'est aussi là que notre empire a le plus d'étendue, pourvu que notre intervention s'y conforme toujours aux lois fondamentales de Tordre universel.
La doctrine métaphysique sur la prétendue Uberté morale doit être historiquement regardée comme un résultat passager de l'anarchie moderne. Car, elle est directement destinée à consacrer Tindividualisme absolu, vers lequel tendit de plus en plus la révolte occidentale qui dut succéder au moyen âge. Mais cette protestation sophistique contre toute vraie discipline, privée ou publique, ne saurait aucunement entraver le positivisme, quoique le catholicisme n'ait pu la surmonter. On ne parviendra jamais à représenter comme hostile à la liberté et à la dignité de Thomme le dogme qui consolide et développe le mieux Tactivité, l'intelligence, et le sentiment.