PREMIERE PARTIE
susceptible de représenter l'ensemble de la religion. Son étude vous fera sentir, j'espère, que Taptitudc poétique du positivisme est vraiment au niveau de sa puissance philosophique, sans avoir pu produire encore des résultats aussi décisifs.
La Femme. Un empressement très- naturel à commencer directement Tétude de notre culte, me faisait d'abord 'franchir, mon père, le préambule général que vous venez de m*exposer. Je sens maintenant combien il m'était nécessaire pour concevoir nettement le plan de la religion, dont je n'avais pas assez coordonné jusqu'alors les trois parties. Toutefois, ce précieux éclaircissement me paraît tellement accompli que j'espère étudier immédiatement l'ensemble du culte propre à notre Déesse.
Le Prêtre. Nous ne l'adorons pas comme l'ancien Dieu, pour la complimenter, ma fille, mais afin de la mieux servir, en nous améliorant. Il importe de rappeler ici cette destination normale du culte positif, afin d'y prévenir ou corriger la dégénération mystique à laquelle expose toujours une attention trop exclusive envers les sentiments, en disposant à négliger, ou même oublier, les actes qu'ils doivent régir. Mon caractère plus systématique m'entraînerait davantage que vous vers un tel abus, dont les ravages pratiques seraient bientôt signalés par votre sagesse spontanée, qui saurait même les compenser assez d'après une heureuse inconséquence théorique. Il m'importe surtout d'éviter cette déviation dans le présent entretien, qui, plus abstrait et plus général, la rend à la fois plus imminente
et plus grave. Vos rectifications empiriques finiraieat, sans doute, par me ramener toujours, mais souvent trop tard ; de manière à m*imposer quelquefois de laborieuses réparations.
Sous cette précaution continue, concevons Tensemble du culte comme destiné systématiquement à lier le régime au dogme , en les idéalisant tous deux. Quant au premier, il le complète et le résume, en nous rendant à la fois plus familière et plus imposante la notion de THumanité, d*après une représentation idéale. Mais, comme type du régime, le culte doit tendre directement à Tamélioration de nos sentiments ; en ayant toujours égard aux modifications que leur impriment habituellement les trois degrés de là vie humaine, personnelle, domestique, et sociale. Quoique ces deux manières générales de concevoir et d'instituer le culte puissent d'abord sembler inconciliables, leur concordance naturelle résulte de l'aptitude nécessaire d'une digne idéalisation du Grand-Être à consolider et développer l'amour sur lequel repose toute son existence. Dès lors, ce contraste primitif ne tend nullement à décomposer le culte en deux domaines séparables, dont l'un appartiendrait exclusivement à Tintelligence et l'autre au sentiment. Une telle division serait autant impraticable ordinairement que la distinction générale entre le calcul algébrique et le calcul arithmétique, qui ne peuvent vraiment s'isoler que dans des cas fort simples, la plupart même artificiels; quoique ces deux calculs se mêlent toujours sans se confondre jamais. Cette comparaison donne une juste idée de l'intime connexité