PREMIÈRE PARTIE
la foi. Mais la partie pratique embrasse tout le reste de notre existence, aussi bien nos sentiments que nos actes eux-mêmes. L'usage universel et spontané, qui constitue le meilleur régulateur du langage, consacre directement une telle appréciation, en qualifiant de pratiquas religieuses les habitudes relatives au culte, autant, sinon davantage, que celles dont le régime est Tobjet propre. Cette apparente confusion repose sur une sagesse profonde quoique empirique, qui, de bonne beure, apprit au public, surtout féminin, comme au sacerdoce, que le perfectionnement de nos sentiments surpasse, en importance et en difficulté, l'amélioration immédiate de nos actions. Notre amour ne devenant jamais mystique, le culte positif appartient normalement au domaine pratique de la vraie religion : nous aimons davantage afin de mieux servir. Mais, d'un autre côté, nos actes comportent toujours, au véritable point de vue religieux, un caractère essentiellement altruiste; puisque la religion doit surtout nous disposer et nous enseigner à vivre pour autrui. Inspirées par l'amour, nos actions tendent, réciproquement, à le développer. Directement évidente envers le perfectionnement intellectuel, quand il est bien dirigé, cette aptitude naturelle s'étend même au progrès matériel, pourvu qu'il soit institué convenablement. Voilà pourquoi le régime, apprécié religieusement, appartient, autant que le culte, au domaine de l'amour.
Ce double principe, qui rend pratique notre culte et affectif notre régime, sans pourtant les confondre jamais, ne pouvait surgir tant que la religion resta théo-
logique. Alors le culte et le régime étaient radicalement hétérogènes, l'un s*adressant à Dieu, Tautre concernant Thomme. Le culte ne dominait le régime que d'après la subordination nécessaire du second être au premier. Tous deux avaient un caractère essentiellement égoïste, suivant la constitution, profondément individuelle, d'une foi qui fut toujours incompatible avec l'existence naturelle des penchants bienveillants, consacrée seulement par le positivisme. Alors la division entre le régime et le culte se trouvait aussi tranchée que celle qui sépare le culte du dogme, de manière à rendre inintelligible le plan général de la religion, d'après notre juste répugnance aux combinaisons ternaires.
Dans l'état final, les distinctions religieuses deviennent, au contraire, non moins favorables à la raison qu'au sentiment. Le dogme y diffère du culte et du régime beaucoup plus que ceux-ci l'un de l'autre. C'est ainsi que la constitution usuelle de la religion redevient ternaire, mais d'après une division toujours binaire, en y complétant la distinction principale par une seule subdivision , qui lui était irrationnellement comparée jusqu'alors. L'ensemble de ces trois parties essentielles forme finalement une progression normale, vu l'homogénéité naturelle de ses divers éléments. Elle conduit sans effort de l'amour à la foi, ou réciproquement ; selon qu'on y suit la voie subjective ou la marche objective, aux deux âges principaux de Tinitiation religieuse, respectivement dirigée par la femme ou le prêtre. Idéaliser le dogme pour idéaliser le régime, telle fut toujours la destination propre du culte, qui par là devient