DEUXIÈME PARTIE
cieuse au cœur qu'à l'esprit, en étendant la sympathie au delà de notre espèce, de manière à tempérer nos conflits trop fréquents avec les races subordonnées.
La Femme. Quoique j'aime beaucoup, mon père, à contempler les animaux, afin d*y retrouver tous nos mobiles essentiels, je présume que le tableau cérébral peut se passer de cette vérification, qui ne convient pas à des esprits quelconques.
Le Prêtre. Les observations limitées à notre espèce suffisent, en effet, ma fille^ pour dissiper toute incertitude sur chaque partie de cette théorie positive de l'âme et du cerveau. Même l'analyse intellectuelle, plus délicate que les deux autres comme étant moins tranchée, peut se vérifier d'après les faits journaliers. Il suffit de comparer ainsi lés deux sexes pour reconnaître la distinction principale entre l'appareil contemplatif et l'appareil méditatif; puisque la première fonction est plus développée chez la femme et la seconde chez l'homme. On sépare pareillement les deux organes méditatifs, en remarquant que votre sexe est mieux disposé à rapprocher les faits et le mien à les coordonner. Si nos docteurs étaient aussi sagaces que la plupart des femmes, et pareillement dégagés d'opinions vicieuses, les comparaisons tranchées que fournit la série zoologique deviendraient inutiles pour les convaincre à cet égard.
La Femme. Avant d'étudier le tableau cérébral, je voudrais, mon père, éclaircir quelques doutes résultés de sa preniière inspection. L'ensemble des instincts m'y paraît bien apprécié, sauf l'instinct maternel, que je
m'attendaii» à voir figurer dans raltruiémô et non dans Tégoïsme.
Lb PaiiTKB. Vous le confondez, ma fille, avec les réactions sympathiques qu'il comporte, mais qui ne lui sont pas inhérentes, puisqu'elles manquent souvent. L'observation zoologique ne laisse aucun doute sur cette distinction, en montrant la maternité chez des animaux trop inférieurs pour ofi'rir les sentiments éle> vés qui s'y joignent parmi nous. Mais vous pouvez dissiper toute incertitude sans sortir do notre espèce. Quelque précieux perfectionnement que cet instinct reçoive de la civilisation, surtout moderne, par la réaction croissante de la société sur la famille, on peut encore démêler journellement sa propre nature chez les femmes peu sympathiques, où il s'isole mieux. Alors on reconnaît que l'enfant constitue directement, pour la mère, autant que pour le père, une simple possession personnelle, objet de domination, et souvent de cupidité, plus que d'une affection désintéressée. Seulement, les rapports résultés de la maternité pouvant stimuler beaucoup les penchants bienveillants, ils contribuent spontanément à développer ceux«ci dans tous les bons naturels, mais sans créer jamais les sympathies que cette réaction suppose. £n comparant les divers états sociaux, simultanés ou successifs, on saisit le vrai caractère d'un instinct qui, avant d'être élaboré par la providence humaine, dispose souvent à vendre les enfants, et même à les tuer, pour de simples motifs personnels. D'ailleurs regardez autour de vous comment on décide habituellement les professions ou les ma-
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riages; et demand6z*vou& si Tégoifsme des parents n'y prévaut pas le plus souvent, depuis que Tanarchie moderne affaiblit la réaction domestique de la société.
Linstinct sexuel fut quelquefois honoré d'une pareille méprise, non chez votre sexe qui en apprécie ordinal^ rement la personnalité, mais par des hommes qui le confondirent également avec les sympathies dont il peut stimuler le développement quand il est bien dirigé. Tous les penchants personnels, sans excepter Tinstinct destructeur, comportent de semblables réactions, qui ne suscitent pas de tels mécomptes, parce qu'elles y sont moins directes et moins prononcées. Cette relation générale facilite beaucoup le grand problème humain, subordonner Tégoïsme à raltruisme. En effet, rénergie supérieure des instincts personnels peut ainsi servir à compenser la langueur naturelle des instincts sympathiques, par une impulsion initiale qiy ceux-ci n'auraient pas spontanément. Une fois surgie, l'affection bienveillante persiste et grandit d'après son charme incomparable, malgré la cessation de ce grossier stimulant. La supériorité morale de votre sexe le dispense souvent d'une telle préparation, en le disposant à aimer aussitôt qu'il trouve des objets d'amour, sans y chercher aucune satisfaction personnelle. Mais la grossièreté masculine ne peut presque jamais *se passer de ce préambule indirect, devenu surtout nécessaire à la vie publique, pour y ennoblir Torgueil ou la vanité.
Là FsMME. Envers les fonctions intellectuelles, je suis étonnée, Qion père, de voir excluesdu tableau cérébral les facultés classiques, mémoire, jugement, imagination^ etc.
m CATÉCHISME POSITIVISTE.
Lie Prêtre. Regardez-les, ma fille, comme des résultats de l'ensemble de l'organisation mentale, qu'on prit longtemps pour des attributs spéciaux. La comparaison des individus et des sexes, complétée, s'il le faut, par celle des espèces, prouve directement l'inanité de l'ancienne analyse intellectuelle et la réalité de la nouvelle. Car, l'observation montre ainsi des différences prononcées et permanentes envers la contemplation ou la méditation, sans jamais conduire à des résultats nets et fixes pour les facultés scolastiques. Le moindre jugement exige un concours habituel des cinq fonctions intellectuelles, afin d'instituer, entre le dedans et le dehors, cette coïncidence durable et unanime qui caractérise la vérité. Il en est de même, à plus forte raison, pour chaque effort de mémoire ou d'imagination, qui souvent exige des inductions et déductions entièrement analogues aux opérations scientifiques. Quant à la volonté, elle devient le résultat direct de toute impulsion affective approuvée par l'intelligeiice comme devant diriger la conduite.
Là Femme. Contrairement à ma précédente remarque, je suis surprise, mon père, de voir le langage figurer distinctement au tableau cérébral, au lieu d'être regardé comme un produit de l'ensemble des fonctions intellectuelles.
Le Prêtre. Votre erreur tient, ma fille, à ce que vous confondez l'aptitude spéciale à créer des signes artificiels avec les résultats que détermine sa digne subordination aux autres forces mentales. Malgré l'injsufiisance ordinaire de ses analyses intellectuelles, Gall n'hésita