TROISIÈME PARTIE. 24d
aspects distincts quoique simultanés, d'abord envers son office spécial, puis quant à Tharmonie générale. Le premier devoir de tout organe social consiste, sans doute, à bienTemplir sa propre fonction. Mais le bon ordre exige aussi que chacun assiste, autant que possible, raccomplissement des autres offices quelconques. Un tel attribut devient même le principal caractère de l'organisme collectif, d'après la nature intelligente et libre de tous ses agents.
Or, il existe spontanément une opposition de plus en plus prononcée entre ces deux offices, Tun spécial, l'autre général, de chaque fonctionnaire humain. Car, le premier se particularisant davantage à mesure que là coopération se développe, il suscite des dispositions intellectuelles, et même des tendances morales, qui détournent de plus en plus d une appréciation d'ensemble, devenue aussi de plus en plus difficile. Tel est le vrai point de vue élémentaire de la théorie générale du gouvernement, d'abord temporel, puis spirituel.
Aucune fonction, même vitale, et surtout sociale, ne pouvant bien s'accomplir que d'après un organe propre, le moindre concours humain exige donc une force spécialement destinée à y ramener aux vues et aux sentiments d'ensemble des agents qui tendent toujours à s'en écarter. Elle doit sans cesse contenir leurs divergences et développer leurs convergences. D'une autre part, cette puissance indispensable surgit naturellement des inégalités que suscite toujours l'essor humain.
Malgré l'intime sympathie qui constitue la simple association domestique, même réduite au couple fon-
damental', elle n'est jamais exempte d'une telle nécessite. C'est là qu'on peut le mieux apprécier ce grand axiome : // n'existe point de société sans gouvememenL
Dans Tordre civique, chaque concours de familles pour un but déterminé fait bientôt surgir un chef pratique dont l'autorité se trouve spontanément limitée par l'ensemble des opérations qu'il peut réellement diriger, soit d'après sa propre aptitude, soit surtout en vertu de ses capitaux. C'est là que réside le véritable pouvoir temporel, également capable de pousser et de retenir suivant les besoins. Toute puissance plus vaste émane nécessairement d'une source spirituelle. Les différents chefs pratiques tendent pourtant à se coordonner entre eux d'après une hiérarchie résultée des relations natu* relies de leurs divers travaux. Ce concours spontané institue donc une sorte do gouvernement plus général, mais toujours réduit à sa puissance matérielle, plus propre à résister qu'à diriger. Ses différents membres sont ordinairement incapables de saisir l'ensemble correspondant, malgré la compétence de chacun d'eux envers l'un des systèmes partiels.
La simple solidarité suffirait donc, quand elle s'étend un peu, pour indiquer l'insuffisance du pouvoir pratique, et le besoin d'une autorité théorique, qui, s'interdisant toute action spéciale, fasse constamment prévaloir l'harmonie générale. Mais la continuité, d'oii dépend de plus en plus l'ordre humain, rend cette nécessité pleinement irrécusable. Ces pouvoirs empiriques, en aspirant à diriger le présent, ne connaissent ni le passé qui le domine ni l'avenir qu'il prépare.