‹ Catéchisme positivist: ou, Sommaire exposition de la religion universelle enChapitre 96 sur 127 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

son appréciation distincte est maintenant indispensable pour nous mieux indiquer refficacité d'un tel régime.

La Femme. Quelle que soit cette puissance morale, je concevrais difficilement, mon père, qu'elle dispensât jamais de tout recours à la compression matérielle, soit sur les biens, soit môme sur les personnes.

Le Prêtre. En effet, ma fille, la législation proprement dite demeurera toujours nécessaire, pour suppléer à l'insuffisance de la simple morale envers les plus urgents besoins sociaux. La conscience et l'opinion seraient souvent impuissantes contre les infrac • tions journalières, si la force temporelle n'appliquait des répressions physiques aux cas les plus grossiers. Outre ces déviations fréquentes, mais légères, dues surtout à l'inertie des bons instincts, la même garantie convient davantage aux graves aberrations résultées directement de la prépondérance des mauvais penchants. n existe, en effet, dans notre espèce, comme chez les autres, des individualités radicalement vicieuses, qui ne comportent ou ne méritent aucune véritable correction. Envers ces organisations exceptionnelles, la défense sociale ne cessera jamais d'être poussée jusqu'à la destruction solennelle de chaque organe vicieux, quand l'hidignîté sera suffisamment constatée par des actes décisifs. Une fausse philanthropie peut seule conduire à prodiguer aux scélérats une commisération et une sollicitude qui seraient mieux placées envers tant d^honnétes victimes de nos imperfections sociales. Maïs, sans que la mort juridique, et, à plus . forte raison, la confisealion totale ou partielle, puissent

jamais cesser entièrement, leur emploi doit devenir de moins en moins fréquent à mesure que THumanité se développe. L*essor continu du sentiment, de l'intelligence, et de l'activité tend de plus en plus à faire prévaloir la discipline spirituelle sur la répression temporelle, quoique celle-ci reste toujours indispensable.

La Femme. Cet aperçu général du régime humain me semble, mon père, négliger les cas où la prévarication morale proviendrait du sacerdoce même.

Le Prêtre. Alors, ma fille, la discipline spirituelle suit une marche semblable, quoique avec moins de régularité. Car, la morale universelle démontre les devoirs du sacerdoce autant que ceux de toute autre classe, et même elle les fait ressortir davantage, vu leur importance prépondérante. La censure publique est d'ailleurs disposée à se diriger de préférence vers ces juges' universels, secrètement haïs des patriciens, froidement respectés par les prolétaires, et qui d'ordinaire n'excitent de profondes sympathies quQ che^ les femmes. Enfin, la nature toujours discutable de la foi positive l'empêche de susciter des prestiges capables d'interdire une critique devenue vraiment indispensable.

De quelque vénération que le sacerdoce de l'Humanité se trouve habituellement entouré, elle ne résulte jamais que du suffisant accomplissement d'un office bien défini. Les conditions intellectuelles et morales que le pouvoir spirituel impose à tous au nom de la foi commune peuvent être, au même titre, tournées contre lui quand il y manque.

Si, suivant l'hypothèse la plus fréquente, la prévari-

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cation reste partielle, la discipline intérieure du sacerdoce y pourvoit suffisamment. Mais, en cas de négligence, la réparation peut toujours être librement provoquée par un croyant quelconque. La plénitude et la précision qui caractérisent la foi positive permettent à chacun d'exercer spontanément, sous sa propre responsabilité, ce sacerdoce irrégulier, qui devient efficace quand l'opinion le sanctionne. Enfin, si la corruption devenait générale parmi nos prêtres, un nouveau clergé ne tarderait point à surgir d*après les vœux publics, en remplissant mieux les conditions imposées par une doctrine inaltérable, toujours supérieure à ses organes quelconques .

La. Frmme. Je suis ainsi conduite, mon père, à vous prier de compléter cette appréciation générale en indiquant la constitution propre au sacerdoce positif.

Le Prêtre. Vous sentirez aisément, ma fille, que sa destination fondamentale exige, comme première condition, une renonciation complète à la domination temporelle, et même à la simple richesse. C'est l'engagement initial que doit solennellement contracter tout aspirant au sacerdoce, en recevant, à vingt-huit ans, le sacrement de la destination. Nos prêtres n*héritent même pas de leurs familles, soit afin de se préserver des déviations temporelles, soit pour laisser les capitaux à ceux qui peuvent les utiliser. La classe contemplative doit toujours être collectivement nourrie par la classe active ; d'abord d'après les libres subsides des croyants, puis à l'aide du trésor public, quand la foi devient unanime. Elle ne doit donc posséder rien

en pr(^fe, ni terres, ni maisons, ni inéme rentes quelconques ; sauf son budget annuel, toujours fixé par le pouvoir temporel. Les vues générales et les sentiments généreux qui doivent constamment distinguer le sacerdoce se trouvent profondément incompatibles avec les icfêes de détail et les dispositions orgneiOeuses propres à toute domination pratique. Pour se borner à conseiller, il faut ne pouvoir jamais commander, méoie par la richesse : autrement notre misérable nature reste disposée à substituer souvent la force aux démonstrations. Cette condition sacerdotale fut sentie jusqu'à la phis sublime^xagération par l'admirable saint qui tenta vainement, au xiii^ siècle, de régénérer la catholicisme épuisé. Mais, en prescrivant à ses disciples une pauvreté absolue qu'ils éludèrent bientôt, il oublia qu'il les détournait de leur office d'après les soins journaliers de leur existence matérielle;

Afin de mieux caractériser la mesure convenable, je crois devoir vous indiquer les traitements annuels propres aux divers grades sacerdotaux, en les adaptant au taux actuel des dépenses usuelles chez la population française, moyenne, à cet égard, entre les différents peuples occidentaux. Cette sommaire indication vous signalera d'ailleurs l'organisation intérieure du clergé positif, ébauchée déjà dans Texplication du culte.

Il se compose, en général, de trois ordres successifs, les aspirants admis à vingt-huit ans, les vicaires ou suppléants à trente -cinq, et les prêtres proprement dits à quarante-deux ans.

Quoique les premiers, dont le nombre est naturelle-

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ment HRmîlé, soient déjà regardés comme donés d'une véritable vocation sacerdotale, ils n'appartiennent pas encore an pouvoir spirituel, dont îîs n^exercent aucune fonction. Aussi leur libre renonciation à tout héritage reste-t-é!le purement provisoire, de même que leur traitement, que nous fixons à trois mille francs. Sans résidence sacerdotale, ils sont pourtant surveillés régulièrement, pour leurs travaux et leurs mœurs.

Les vicaires appartiennent irrévocablement au sacerdoce, quoiqu'ils n'exercent encore que les fonctions d'enseignement et de prédication, sauf délégation spéciale en cas d'urgence. Outre la renonciation définitive aux biens temporels, leur admission exige un digne mariage. Ils résident avec leurs familles, mais séparément des prêtres, au presbytère philosophique adjacent à chaque temple de l'Humanité, parallèlement à Fécole positive. La classe qui dirige chez toutes les autres la réaction du cœur sur l'esprit doit elle-même fournir le meilleur type masculin de l'essor moral, d'après un plein développement des affections domestiques, sans lesquelles l'amour universel devient illusoire. Quoique le mariage reste facultatif pour les citoyens ordinaires, il devient donc obligatoire parmi les prêtres, dont loffice ne peut être dignement rempli sans l'influence continue, d'ailleurs objective ou subjective, delà femme sur Fhomme. Afin de les mieux éprouver à cet égard, la religion positive impose déjk cette condition aux simples vicaires. Ce second grade, qui conduit toujours au troisième, sauf a vertement exceptionnel, procure un tnntement annuel de six mille francs.

Pendant les sept années qui 1q séparent du sacerdoce complet, chaque vicaire a professé tous les degrés encyclopédiques, et suffisamment exercé ses talents de prédication. Alors il devient un véritable prêtre, et peut remplir, chez les famjllles ou dans les cités, le triple office de conseiller, consécrateur, et régulateur, qui caractérise socialement le clergé positif. En cet état définitif, son traitement annuel s'élève à douze mille francs, plus les indemnités de tournée diocésaine.

Chaque presbytère philosophique se compose de sept prêtres et de trois vicaires, dont les résidences peuvent toujours changer, quoique ces déplacements ne doivent jamais s'opérer que d'après des motifs vraiment graves. Le nombre de ces collèges sacerdotaux est de deux mille dans Tensemble de TOccident : ce qui fait correspondre un fonctionnaire spirituel à six mille habitants; d'oiz cent mille pour la terre entière. Quelque faible que paraisse une telle proportion, elle suffit réellement à tous les services, d'après la nature d'une doctrine qui rarement exige des explications systématiques, presque toujours remplacées par l'intervention spontanée des femmes et des prolétaires. Il importe de restreindre autant que possible la corporation sacerdotale, soit afin d'éviter les dépenses superflues, soit surtout pour que le clergé soit mieux composé.

La Femme. Dans une telle indication, je ne vois pas, mon père, la tête qui doit régir ce vaste ^orps.

Le Prêtre. Quoique sa doctrine et son office tendent, ma fille, à le diriger spontanément sous l'assistance de l'opinion publique, il exige, en effet, un chef général

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