‹ Catéchisme positivist: ou, Sommaire exposition de la religion universelle enChapitre 98 sur 127 · DIXIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

DIXIÈME ENTRETIEN

REGIAIE PaiV£.

La. Femme^ a la fia du précédeot entretien, je ne vous, ai pas demaodé, a»aa père, quel serait l'objet propre de chacuoe des deux autres conféreaces sur le régime. Je sentais assez que les 4eux mokiés du dontaîne pratique de notre religion doivent offrir les mêmes divisions essentielles, toujours tirées de Texistence qu'elles doiv^iit respectivement idéaliser et conduire. L'étude du culte m'indk|ttait donc le plan qui convient à celle du régime, d'abord privé, puis public. Envers celui qui

nous occupe aujourd'hui, je conçois aussi que vous allez y distinguer pareillement l'exislience persooaieUe et la vie domestique.

Le P«£Trs. Pour la première, qui devient la base normale de toute la.conduite humaine, la négénécatioB positive consiste surtout, ma fille, à rinsliluer «ocialemient. C^te transformation radicde, toujours interdite a» théoiogisme, sortmit monothéique, mais constamment pressentie et réclamée de plus ea plus par l'ins^ tinct public, ne résulte ntaintenant d'aucune exagéra-

TROIISIËME PAHTIfi. t7l

tioQ sentimentale. Elle repose uniquement sur une eiacte appréciation de la réalité, qui, dans Tordre humain, plus synthétique qu'aucun autre, eonceme Tensemble avant les parties.

Quoique chaque fonction huniaine s'accomplisse nécessairement par un organe individuel, sa vraie n^ure est toufours sociale; puisque la participation personnelle s'y suè(Mxlonne constamment au concours indécomposable des contemporains et des prédécesseurs. Tout en nous appartient donc à THumanité ; car tout nous vient d'aile, vie, fortune, talent, instruction, teadflpesse, énerve, etc. Un poëte, qui ne fut jamais soupçonné de tendance subversive, fit proclamer par T^s cette sentence décisive, vraiment digne d'un tel organe : ^ #

So che tutto è di tutli ; e chc ne pure Di nascer meritô chi d'esser nato ' Crede solo per se.

On trcmverait des pressentiments analogues dans les plus anciennes compositions. Ainsi, le positivisme, en réduisant toute la morale humaine à vivre pour autrui^ se borne réellement à systématiser l'instinct universel, après avoir élevé Fesprit théorique jusqu'au point de vue ^cial, inaccessible aux synthèses théologiques ou métaphysiques.

L'ensemble de l'édocatiim positive, tant intellectuelle qu'affective, nous rendra profondément familière notre entière dépendance envers l'Humanité, de manière à nous Élire dignement sentir aotre destination néceç-

saire à son service continu. Dans Tâ^e préparatoire, incapable d'une utile activité, chacun avoue sa propre impuissance envers ses principaux besoins, dont il reconnaît que la satisfaction habituelle lui vient d'ailleurs. 11 s'en croit d'abord redevable à sa seule famille, qui le nourrît, le soigne, l'instruit, etc. Mais il ne tarde point à distinguer une plus haute providence, dont sa mère n'est envers lui que le ministre spécifal et le meilleur représentant. La seule institutiton du langage suffirait pour la lui révéler. Car une telle construction surpasse tout pouvoir individuel, et résulte uniquement du concours accumulé de toutes les générations humaines, malgré la diversité des idiomes. D'ailleurs, l'homme le moins doté se sent continuellement redevable à l'Humanité d'une foule d'auti^fe trésors matériels, intellectuels, sociaux, et même moraux.

Quand ce sentiment est assez net et vif dans l'âge préparatoire, il peut ensuite résister aux sophismes passionnés que suscite la vie réelle, théorique ou pratique. Nos eiîorts habituels tendent alors à nous faire méconnaître la vraie providence, en exagérant notre valeur personnelle. Mais la réflexion peut toujours dissiper cette ingrate illusion, chez ceux qui furent convenablement élevés. Car il leur suffit de remarquer que le succès même de leurs travaux quelconques dépend surtout de l'immense coopération qu'oublie leur aveugle orgueil. L'homme le plus habile et le mieux actif ne peut jamais rendre qu'une minime portion de ce qu'il reçoit. Il continue, comme dans son enfance^ à être nourri, protégé, développé, etc., par l'Humanité. Seu-

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