Troisième partie
prie donc, sans insister davantage sur la morale personnelle, de passer maintenant à la seconde partie du régime privé, en caractérisant la régénération positive de l'existence domestique.
Le Prêtre. Elle consiste essentiellement, ma fille, dans la constitution altruiste du mariage humain, institué jusqu'ici d'après un principe purement égoïste, comme satisfaction légitime des appétits sexuels, tendant à la reproduction de l'espèce. Cette brutale appréciation dut prévaloir systématiquement, tant que les doctrines dominantes méconnurent les penchants bienveillants. Mais l'instinct public ne cessa jamais de réclamer contre elle, et suscila toujours des impulsions empiriques de plus en plus puissantes, d'où résultèrent les perfectionnements successifs de l'institution conjugale. Le positivisme vient seul établir enfin, sous cet aspect fondamental, une digne concordance entre la théorie et la pratique, en s'appuyant sur la principale découverte de la science moderne, quant à l'existence naturelle des instincts altruistes.
Cette grande notion, dont la portée est si peu comprise encore, conduit aussitôt à régénérer le mariage humain, en le concevant désormais comme destiné surtout au perfectionnement mutuel des deux sexes, abstraction faite de toute sensualité. Elle démontre directement la double prééminence affective de la femme, d'après la moindre intensité des penchants personnels, surtout les plus grossiers, et l'énergie supérieure des inclinations sympathiques. De là résulte la théorie positive du mariage, où votre sexe améliore le mien, en
disciplinant l'impulsion charnelle sans laquelle l'infériorilé morale de Thomme ne lui permettrait presque jamais une suffisante tendresse. Mais cette relation fondamentale se trouve heureusement secondée par tous les autres contrastes cérébraux des deux sexes. La supériorité masculine est incontestable en tout ce qui concerne le caractère proprement dit, principale source du commandement. Quant à l'intelligence, elle offre, d'un côlé, plus de force et d'étendue ; de l'autre, plus de justesse et de pénétration. Tout concourt donc à prouver l'efficacité mutuelle de cette intime union, qui constitue la plus parfaite amitié, embellie par une incomparable possession réciproque. Hors d'un tel lien, les rivalités, actuelles ou possibles, empêchent toujours la plénitude de confiance qui ne peut exister que d'un sexe à l'autre.
Les appétits sexuels n'ont ici d'autre destination que de produire ou d'entretenir, surtout chez l'homme, les impulsions propres à développer la tendresse. Mais il faut pour cela que leurs satisfactions restent très modérées. Autrement leur nature profondément égoïste tend, au contraire, à stimuler la personnalité, presque autant que le font les excès nutritifs, et souvent même avec plus de gravité, parce que la femme s'y trouve odieusement sacrifiée aux brutalités de l'homme. Quand mon sexe devient assez pur, comme l'est ordinairement le vôtre, pour que la tendresse y surgisse assez sans cette grossière excitation, la principale efficacité du mariage se développe beaucoup mieux.
Tel sera le cas normal de la chaste union consacrée