TROISIÈME PARTIE
que qui terminé lé plus beau des poèmes convient davantage au nouveau culte qu*à Tancien :
Donna, se' tanto grande e tanto vaU Che quai vuol grazia e a te non ricorre Sua disinnza vuol volar senz' aïi.
La tua benignità non pur soccorre A cbi di manda, ma moite flate Liberamente al dimandar precorre.
In te misericordia, in te pletate, In te magniûcenza, in te s'aduna Quantunque in creatura è di bontate.
Plus qu'aucune autre classe, le sacerdoce de THumanité doit utiliser une telle assistance. Ses luttes sociales ne pourront qu'y mieux développer le courage, la persévérance, et même la prudence. Mais elles tendront souvent à troubler sa pureté morale par des séductions ambitieuses, d'autant plus redoutables qu*elles sembleront émaner d'un saint zèle. Nos prêtres éprouveront donc un fréquent besoin de retremper leur vraie dignité dans un noble commerce, d'abord subjectif, puis même objectif, avec le sexe aimant.
Quant aux dispositions résultées de l'existence domestique, elle suscitera surtout le meilleur apprentissage de cette règle fondamentale que chacun doit s'imposer librement, comme base personnelle du régime public: Vivre au ffruTid jour. four CBiChevlùnTsXyxvpiiuàes morales, nos métaphysiciens firent prévaloir la honteuse législation qui nous interdit encore de scruter la vie privée des hommes publics. Mais le positivisme, systématisant dignement l'instinct universel, invoquera tour
jours la scrupuleuse appréciation de l'existence personnelle et domestique connue la meilleure garantie de la conduite sociale. Nul ne devant aspirer qu*a Testimede ceux qui lui en inspirent, chacun ne doit pas indis^ linctement à tous un compte habituel de ses actions quelconques. Mais, quelque restreint que puisse devenir, en certains cas, le nombre de nos juges, il suffit qu'il en existe toujours pour que la loi de vivre au grand jour ne perde jamais son efficacité morale, en nous poussant constamment à ne rien faire qui ne soit avouable. Une telle disposition prescrit aussitôt le respect continu de la vérité et le scrupuleux accomplissement des promesses quelconques. Ce double devoir général, dignement introduit au moyen âge, résume toute la morale publique. Il vous fait sentir la profonde réalité de cette admirable décision où Dante, représentant, à son insu, l'impulsion chevaleresque, assigne aux traîtres le plus horrible enfer. Au milieu même de l'anarchie moderne, le meilleur chantre de la chevalerie proclamait dignement la principale maxime de nos héroïques ancêtres :
La fede unqua non deve esser corrotta, data a un solo, o data insieme a mille ;
Senza giorare, o segno altro più espresso, Basti una volta cbe s'abbia promesso.
Ces pressentiments croissants des mœurs sociocratiques sont irrévocablement systématisés parla religion positive, qui représente le mensonge et. la trahison comme directement incompatibles avec toute coopération humaine.
THOISIÈME PAÏITIE. 303
La Femme. Je dois, mon père, vous demander enfln si le r^ime public ne comporte pas une division générale anal(^ue à celle du régime privé, d*après Tinégale extension des liens correspondants. Ni le cœur, ni même l'esprit, ne peuvent dignement monter de la Fainille à THumanité sans Tentremise de la Patrie. Dès lors, la vie publique me semble offrir nécessairement deux degrés bien distincts, en y considérant d'abord les relations civiques, puis les rapports universels.
Le Prêtre. En effet, ma fille, cette distinction détermine le plan général du présent entretien. Mais^ avant de rappliquer, il faut lui procurer assez de précision et de consistance, en restreignant la sainte notion de Patrie, devenue trop vague, et par suite presque slé^ rite, chez les modernes, d'après l'exorbitante extension des États occidentaux. En complétant l'indication ébauchée dans l'étude du dogme, vous devez ici concevoir les futures républiques comme beaucoup plus circonscrites que ne l'annoncent aujourd'hui les préjugés révolutionnaires. La dissolution graduelle du système colonial depuis Tindépendance américaine n'est, au fond, que le début d'une irrévocable dislocation de toutes les dominations trop vastes qui surgirent depuis la rupture du lien catholique.
Dans l'ordre final, les États occidenlaux n'auront pas une étendue normale supérieure à celle que nous offrent maintenant la Toscane, la Belgique, la Hollande, et bientôt la Sicile, la Sardaigne, etc. Une population d'un à trois millions d'habitants, au taux ordinaire de 3oixante par kilomètre carré, constitue, en effet, l'exten-
sion convenable aux États vraiment libres. Car on ne doit qualifier ainsi que ceux dont toutes les parties sont réunies, sans aucune violence, par le sentiment spon-^ tané d'une active solidarité. La prolongation de la paix occidentale, en dissipant les craintes sérieuses d'invasion extérieure et même de coalition rétrograde, fera bientôt sentir partout le besoin de dissoudre paisiblement des agrégations factices désormais dépourvues' de vrais motifs. Avant la fin du xix® siècle, la République française se trouvera librement décomposée en dix-sept républiques indépendantes, formées chacune de cinq départements actuels. La prochaine séparation de Plriande doit ensuite conduire à rompre les liens ar-^ tiflciels qui réunissent aujourd'hui TÉcosse, et même lé pays de Galles, à l'Angleterre proprement dite. Une semblable décomposition s'opérant dans tous les États trop vastes, le Portugal et Tlrlande, si nulle division n'y surgit, formeront, au début du siècle suivant, les plus grandes républiques de l'Occident. C'est a des patries ainsi restreintes qu'il faut appliquer ici l'appréciation normale du régime public. Alors le sentiment national devient un véritable intermédiaire entre raifection do-» mestique et l'amour universel.
La Femme. D'après cette précieuse simplification de la politique positive, j'espère ne trouver, mon père, aucune grave difficulté dans votre explication directe de noire régime public.
Le Prêtre. Il consiste tout entier, ma fille, à réaliser dignement cette double maxime : Dévouement des forts aux/ai6l€s;vénérationdes/ai6lespourles/brts.kucnn6