TROISIÈME PARTIE
juste irresponsabilité s'y trouvera sans cesse apprécié, quand la vie de famille aura convenablement surgi dans le milieu le plus propre à la bien goûter. Alors le prolétariat sentira que le principal office du patriciat consiste à procurer à tous le paisible essor de ces satisfactions domestiques^ où réside surtout notre vraie félicité. Leur moindre développement chez les chefs spirituels ou temporels, toujours préoccupés d'une immense responsabilité, fera généralement regarder comme plus digne de pitié que d'envie une élévation qui n'a d'autre compensation solide qu'une meilleure participation au bien public. Hais cette noble récompense n'est assez goûtée que des âmes d'élite, toujours très rares dans le patriciat, et même au sein du sacerdoce. Il faut donc laisser un juste cours aux satisfactions vulgaires de l'orgueil ou de la vanité, seules capables ordinairement d'exciter assez le zèle qu'exigent le commandement et le conseil.
La Femme. Je voudrais, mon père, connaître avec plus de précision cette attribution fondamentale des libres administrateurs du capital humain pour assurer aux prolétaires un digne essor de l'existence domestique, première garantie normale de l'oindre civil.
Le Prêtre. Bornez-vous, ma fille, à concevoir chacun d'abord comme propriétaire, puis comme salarié. Un prolétaire quelconque doit posséder tous les matériaux d'un usage exclusif et continu, soit à lui-même, soit a sa famille. Cette règle, évidemment réalisable, peut seule assurer l'ordre pratique. Mais nous scmimes loin de son digne accomplissement. Beaucoup d'hom-
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mes estimables sont encore dépourvus de la propriété de leurs meubles les plus usuels; et quelques-uns n'ont pas seulement celle de leurs vêtemeats. Quant au domicile, vous savez que la plupart des prolétaires resr tent plutôt campés que casés dans nos cités anarchiques. Il suffirait pourtant de décomposer en appartements la vente ordinaire des maisons, comme on le voit en quelques villes, pour que chaque famille populaire> après un léger surcroît de loyer pendant quelques années, possédât irrévocablement son logement.
Le culte et le régime privés déterminent assez rétendue normale d'un tel domicile, et caractérisent Fimportance de sa fixité, sans laquelle on peut dire que la première révolution humaine, le passage de la vie nomade à rétat sédentaire, demeure inachevée. Elle doit même réagir sur la stabilité matérielle des relations industrielles, en supprimant spontanément un funeste vagabondage. Tout en consacrant la pleine liberté du concours humain, la religion positive impose à chacun le devoir de ne jamais changer sans de graves motifs ni ses inférieurs ni ses supérieurs. La capricieuse mutation des fournisseurs habituels devient elle-même blâmable, puisqu'elle tend à troubler l'économie générale de leurs opérations, qui suppose une suffisante fixité dans leur clientèle.
Quant au salaire périodique, il doit être normalement composé de deux parties inégales, Tune indépendante du travail effectif et propre à l'office correspondant, l'autre subordonnée aux résultats journaliers. €'est le seul moyen de garantir les ouvriers contre les
chômages qui ne leur sont pas imputables, sans cesser pourtant de permettre aux chefs un juste essor des divers perfectionnements industriels, surtout mécaniques. L'extension des machines, qui relève la dignité morale duJravailleur humain et augmente son efdeaclté matérielle, pourra dès lors s'accomplir librement, à l'abri de tout reproche social. Mais la proportion entre k partie fixe et la partie mobile du salaire des ouvriers doit varier parmi les dilTérentes industries, suivant des lois que le patriciat peut seule déterminer.
La Femme. Malgré la salutaire influence de cet ordre normal, je sens, mon père, que Tinstinct destructeur, sollicitant les autres penchants égoïstes, suscitera toujours des conflits quelconques chez les occidentaux régénérés. Je dois donc vous demander quelle sera Tintervention du sacerdoce dans ces inévitables débats.
Le Prêtre. Il s*eflbrcera d'abord, ma ûlle, de les prévenir autant que possible, d'après un sage emploi de sa discipline spirituelle. Elle diiïère surtout de la règle temporelle en ce qu'elle excite les bons penchants plutôt que de combattre les mauvais. Sa marche est donc plus positive que négative, corrigeant davantage par comparaison que par compression, en récompensant les uns au lieu de punir les autres ; quoiqu'elle sache sévir au besoin, comme je vous l'expliquai déjà.
L'ensemble de ces moyens préviendra souvent, ou réparera bientôt, les conflits civiques résultés de l'activité pratique, sous le jeu naturel des passions égoïstes. Toute la religion positive tend à faire sentir que, la société reposant toujours sur un libre concours, il
n*existe de traasactions durables et de modificalions légitimes que celles qui résultent d*un assentiment vo< lontaire des divers coopérateurs. La plus grande des révolutions sociales, l'abolition graduelle de Tesclavage occidental, s'accomplit, au moyen âge, sans une senle insurrection.
Toutefois, comme notre imperfection cérébrale ne permettra point au sacerdoce de faire toujours respec* ter assez les volontés humaines, il devra finalement s'attacher à modérer les conflits qu'il ne pourra pas empêcher. Sa règle générale, conforme à la nature de la civilisation moderne, consiste à flétrir radicalement comme également anarchique et rétrograde, tout procédé militaire des supérieurs ou des inférieurs. Dans Tassociation industrielle, les luttes matérielles, quand on ne peut les éviter, doivent reposer sur la richesse, concentrée ou dispersée, et jamais sur la violence personnelle, qu'il faut réserver contre les malfaiteurs proprement dits. Car on ne doit réprimer par la force que les actions unanimement réprouvées, même de leurs propres auteurs.
L'instinct destructeur peut toujours admettre une telle transformation, presque complète maintenant envers les infractions chroniques, même collectives, et qu'il reste seulement à systématiser en l'étendant aux perturbations aiguës. Déjà les persécutions habituelles, qui jadis attentaient à la vie, respectent même la liberté, pour se borner à la fortune, de manière à devenir plus évitables et mieux réparables ; comme, chez les criminels, les vols ont remplacé les meurtres. On peut donc