PREMIÈRE PARTIE. 8t
qui lie naturellement les deux aspects, intellectuel et moral, ou théorique et pratique, propres, soit à l'ensemble du culte positif, soit à chacune de ses parties. Mais, malgré la spontanéité de leur liaison d'après la nature du système religieux auquel tous deux se rapportent, leur sage combinaison suscite réellement la principale difficulté que puisse offrir rinstitution de notre culte. Car le culte se trouve exposé, comme le dogme, et même davantage, à dégénérer en mysticime ou en empirisme, suivant l'excès ou le défaut de généralisation et d'abstraction. Or, ces deux abus contraires produisent moralement des ravages équivalents; puisque l'efficacité sociale des sentiments humains s'altère paiement quand ils deviennent trop subtils ou trop grossiers.
La Femme. Pour mieux apprécier cette difficulté générale, je crois pouvoir, mon père, la réduire à bien instituer la vie subjective, sur laquelle repose nécessairement l'ensemble du culte positif, soit qu'on l'envisage intellectuellement ou moralement. Notre Grand- Être se compose beaucoup plus de morts d'abord, puis de personnes à naître, que de vivants, dont la plupart ne sont même que ses serviteurs, sans pouvoir actuellement devenir ses organes. Il existe très peu d'hommes, et encore moins de femmes, qui soient, à cet égard, pleinement jugeables avant d'avoir achevé leur carrière objective. Pendant la majeure partie de sa vie directe, chacun pourrait ordinairement compenser, et même fort au delà, le bien qu'il fit par le mal qu'il ferait. Ainsi, la population humaine se compose surtout
de deox sortes d'éiémeots subjeetiCs, les uns déterminés, les autres iodétemiiDés, entre lesquels son élément objectif, quoique de plus en plus minime, institue seul une liaison immédiate et complète. Je conçois dès lors que, pour nous représenter le vrai Grand-Être, le culte positif doit beaucoup développer, chez chacun de nous, la vie subjective : ce qui, d'ailleurs, le rendra, ce me semble, éminemment poétique. En même temps, de tels exercices, où la pensée s'opère surtout à l'aide d'images, deviennent très propres à cultiver directement nos meilleurs sentiments.
La condition intellectuelle et le but moral me paraissent donc pleinement conciliables, suivant le principe que vous venez de me fournir. Mais ce moyen nécessaire me semble lui-même susciter une nouvelle difQculté générale. Car je ne conçois guère comment on pourra constituer, et surtout rendre unanime, cet essor journalier, tant privé que public, de la vie subjective, dont la pratique universelle devient pourtant indispensable à notre religion. Sans doute, la régénération totale de l'éducation humaine doit, à cet égard, procurer d'immenses ressources, qu'on peut difficilement mesurer aujourd'hui. Je crains néanmoins qu'elles ne restent toujours insuffisantes pour surmonter une telle difficulté, envers laquelle le passé ne me paraît fournir, au moins directement, aucun motif d'espoir général.
Le Prêtre. Au contraire, ma fille, j'espère dissiper bientôt vos inquiétudes, d'ailleurs très naturelles, d'après une saine appréciation de cette longue initiation, dont la construction même de ce catéchisme constate