‹ Catéchisme positiviste: ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 13 sur 136 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

déjà la terminaison décisive. On ne peut, en effet, méconnaître inaptitude, naturelle et unanime, de notre espèce à vivre subjectivement, quand on y voit, pendant quarante siècles, prévaloir, sous diverses formes, une telle existence. Les esprits émancipés savent aujourd'hui que, durant cette immense épreuve, tous les cerveaux humains furent habituellement dominés par des élres purement imaginaires, quoiqu'on leur attribuât une réalité extérieure. Mais les divers théologistes sont presque autant convaincus à cet égard; puisque chaque foi juge ainsi toutes les autres, dont les partisans réunis lui opposèrent toujours une forte majorité, surtout d'après la dispersion actuelle des croyances surnaturelles. Chacun n'excepte de l'illusion que sa propre fable.

Nous sommes tellement enclins à la vie subjective qu'elle prévaut davantage à mesure qu'on remonte vers l'âge naïf de la pleine spontanéité, individuelle ou collective. La principale force de notre raison consiste, au contraire, a subordonner assez le subjectif à lobjectif, pour que nos opérations intérieures puissent représenter le monde extérieur, autant que l'exigent nos relations, actives et passives, avec son immuable prépondérance. Ce résultat normal ne s'obtient, chez l'individu comme dans l'espèce, qu'au temps de la vraie maturité, dont il devient le meilleur signe. Quoiqu'une telle transformation tende maintenant à changer radicalement le régime de Tenlendement humain, elle ne nous empêchera jamais de développer la vie subjective, au delà vfiême de tou^ les besoins du culte ppsitif. jJae

certaine discipline nous restera toujours nécessaire pour contenir assez notre disposition spontanée à trop substituer le dedans au dehors. Vous ne devez donc concevoir, à cet égard, aucune inquiétude sérieuse; à moins de juger Thomme futur d'après la tendance actuelle des spécialités scienliûques, à éteindre Fimaginalion comme à dessécher le cœur ; ce qui ne constitue que l'un des symptômes naturels de l'anarchie moderne.

La seule différence essentielle enlre la nouvelle subjectivité et l'ancienne, doit consister en ce qu'elle sera pleinement sentie et avouée, sans que personne la confonde jamais avec l'objectivité. Nos contemplations religieuses s'accompliront sciemment au dedans; tandis que nos prédécesseurs s'efforçaient vainement de voir au dehors ce qui n'existait qu'en eux-mêmes; sauf à rejeter sur la vie future la réalisation finale de leurs visions. Ce contraste général se résume aisément d'après une opposition décisive entre les deux manières de concevoir la principale subdivision intellectuelle. Dans l'existence normale, la contemplation, môme intérieure, est plus facile et moins éminente que la méditation; puisque notre intelligence y demeure presque passive. En un mot, nous contemplons pour méditer, parce que nos éludes essentielles concernent toujours le dehors. Au contraire, la méditation devait sembler aux théologistes moins difficile et plus vulgaire que la contemplation, érigée alors en principal effort de notre entendement. Ils ne méditaient qu'afin de pouvoir contempler des êtres qui leur échappaient sans cesse. Un

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