‹ Catéchisme positiviste: ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 128 sur 136 · VAUCANSON · texte numérisé non relu

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Xénocrate.

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immédiatement à la sommaire explication des principales phases de Tilumanité.

Le Prêtre. Afin de vous en faciliter Tétude, je vous invite, ma flile, à consulter souvent le tableau ci-joint ( Voyez le tableau D, ci-contre), extrait de la qualrième édition du Système général de commémoration publique propre à la transition organique de la République Occidentale.

Vous y serez d'abord frappée de l'absence totale d'indications envers le fétichisme, qui constitue pourtant notre état primordial, subsistant encore chez de nombreuses populations. Mais cette lacune inévitable tient seulement à la nature concrète de ce tableau, incapable d'embrasser une phase historique qui ne fit surgir aucun nom durable. Le fétichisme ne peut être dignement célébré que dans notre culte abstrait, où vous savez combien nous Thonorerons.

Son efficacité mentale consiste surtout à fonder spontanément la méthode subjective, qui, d'abord absolue, dirigea l'ensemble de la préparation humaine, et qui, devenue relative, présidera de plus en plus à notre état normal. La vraie logique, où les sentiments dominent les images et les signes, a donc une origine fétichique. Quand une passion quelconque nous pousse à chercher les causes des phénomènes dont nous ignorons les lois, afin de les modifier après les avoir prévus, nous attribuons directement aux êtres correspondants des affections humaines, au lieu de les assujettir à des volontés extérieures. Le fétichisme est donc plus naturel que le polythéisme.

On jie peut contester son aptitude morale, d'après sa tendance à faire partout prévaloir spontanément le type humain. 11 nous rend profondément sympathiques envers toutes les existences, même les plus inertes, en nous les représentant toujours comme essentiellement analogues à la nôtre. Aussi ce premier état de l'humanité détermine-t-il plus de regrets qu'aucun aulre chez ceux qui s'y trouvent brusquement soustraits ; suivant Texpérience journalière des malheureux Africains transportés au loin par la barbarie occidentale.

Même sous l'aspect social, moins favorable au fétichisme, on lui doit d'importants services, que le culte positif glorifiera dignement. Tant que l'existence reste nomade, il modère, par sa tendance à l'adoration matérielle, les immenses destructions, d'ailleurs nécessaires quoique aveugles, que les peuples chasseurs ou pasteurs exercent alors sur les animaux ou les végétaux, pour préparer le théâtre humain, Mais son principal bienfait consiste à diriger spontanément la première des révolutions sociales, celle qui sert de base à toutes les autres, le passage à l'état sédentaire. Cette grande transformation, dont la difficulté n'^st pas moins méconnue que Timportance, appartient certainement au fétichisme, d'après le profond attachement qu'il nous inspire pour le sol natal.

La principale imperfection de ce régime spontané consiste à ne laisser surgir que très tardivement un sacerdoce quelconque, propre à régler ensuite l'essor humain. Car, ce culte, quoique très développé, n'exige d'abord aucun prêtre, vu sa nature essentiellement pri-

vée, qui permet à chacun d*adorer ,sans intermédiaire 4es êtres presque touiours accessibles. Toutefois, le saccerdoce finit par y surgir, quand les astres, longtemps dédaignés, deviennent les principaux fétiches, dès lors communs à de vastes populations. Leur nature inaccessible étant assez reconnue, elle suscite une classe spéciale, destinée a transmettre les hommages et com^ monter les volontés. Mais, dans cet état final, le fétichisme touche au polythéisme, qui partout provint de l'astrolâtrie ; comme Tindiquent encore les noms des grands dieux, toujours empruntés aux astres les plus propres à perpétuer la synthèse fictive.

La Femme. Quoique ce passage se soit accompli sans effort, il me semble, mon père, constituer la plus difficile des révolutions préliminaires de notre intelligence» €ar nous devons alors substituer brusquement Tinertie à l'activité dans notre conception générale de la matière, pour motiver l'influence divine.

Le Prêtre. Toutefois, ma fille, les agents extérieurs s'introduisent spontanément quand Tesprit humain, atteignant sa seconde enfance, s'élève de la contemplation des êtres à celle des événements, seule base possible des méditations scientifiques. En prolongeant la méthode initiale, les phénomènes, considérés simultanément chez beaucoup de corps, sont alors attribués à des volontés plus générales, nécessairement émanées du dehors. Cette transformation intellectuelle devrait nous devenir familière, d'après les fréquents exemples que nous pouvons en observer, à l'âge correspondant de révolution individuelle.

Quoiqu'il en soit, c'est principalement du polythéisme que dépend Tensemble delà préparation humaine, surtout sociale, et même mentale. D'abord, il complète seul la philosophie initiale, en l'étendant a nos plus hautes fonctions, qui suscitent bientôt l'occupation favorite des dieux. Car, le fétichisme, essentiellement relatif au monde matériel, ne pouvait distinctement embrasser notre existence intellectuelle et morale, d'où procédaient, au contraire, toutes ses explications physiques. Mais, en introduisant des êtres surnaturels, on peut les adapter à cette nouvelle destination, qui ne tarde point à prévaloir. En même temps, le polythéisme suscite nécessairement un sacerdoce proprement dit, ou plutôt consolide et développe celui que l'astrolâtrie avait fondé.

Au milieu des variétés que présente le régime correspondant, on remarque deux institutions connexes, qui sont communes à tous ses modes : la confusion radicale des deux puissances spirituelle et temporelle; l'esclavage de la population laborieuse.

Tous les motifs, même intellectuels, et surtout sociaux, concourent spontanément à l'explication de la première. D'abord, on ne peut se borner à conseiller quand on parle au nom d'une autorité sans limites, dont toutes les inspirations deviennent naturellement des commandements absolus. En second lieu, notre régime préliminaire devait surtout développer les diverses forces humaines, en réservant à l'ordre final leur sage régularisation d'après l'ensemble d'un tel appren-. tissage. Tous les pouvoirs devaient donc s'y trouver

profondément combinés, afin de surmonter assez Tindiscipline naturelle de Thomme primitif. La division des deux puissances humaines eût radicalement entravé la destination active de ce régime, en s*opposant à Tessor des conquêtes. Enfin, Tintime discordance entre les conceptions théoriques et les notions pratiques exigeait alors que ces deux ordres do pensées occupassent également chaque cerveau, pour que leurs vices respectifs pussent s*y neutraliser assez. D'une autre part, celte indispensable concentration s'accomplit spontanément; comme le témoigne Timpuissance de concevoir alors une vraie séparation entre le conseil et le commandement, même chez les philosophes les mieux disposés.

Une semblable remarque convient à Tesclavage antique, toujoursjugé nécessaire à Tordre social, jusqu'aux temps voisinsd'uneirrévocable émancipation. L'esclave, comme le rappelle encore Télymologie latine, fut d'abord un prisonnier de guerre, épargné pour le travail, au lieu d'être détruit ou dévoré. D'après la nature conciliante du polythéisme, il pouvait conserver son propre culte, en le subordonnant à la religion du vainqueur, devenu son chef spirituel et temporel. Cette condition sociale, à laquelle personne n'était entièrement soustrait, vu les vicissitudes de la guerre, se trouvait alors assez naturelle pour être souvent acceptée indépendamment de sa source militaire, qui pourtant prévalut toujours.

L'institution de l'esclavage forma doublement la base de la civilisation ancienne, d'abord comme indispensable à l'essor des conquêtes, puis afin d'habituer Thomme au travail, ainsi devenu le seul moyen d'amé-

lioration personnelle, après avoir été le gage de la vie. Sous tous ces aspects, on ne peut aucunement la comparer à réphémère monstruosité que suscita la colonisation moderne.

La Femme. Après cet aperçu général du régime polythéique, j'aurais besoin, mon père, de connaître sommairement ses principaux modes.

Le Prêtre. Le plus fondamental consiste, ma fille, dans la théocratie proprement dite. Ce polythéisme conservateur constitue le seul ordre vraiment complet que comporte Tensemble de la préparation humaine, dont toutes les autres phases n'offrent que des modifications dissolvantes de ce régime primitif, unique source de leur consistance partielle.

Il repose sur deux institutions connexes, Thérédité des professions quelconques, et Tuniverselle prépondérance de la caste sacerdotale. La première fournit le seul moyen de conserver les progrès accomplis, et de permettre lentement des modifications secondaires; tant que l'éducation s'opéra plutôt par imitation que par enseignement, faute de séparation entre la théorie et la pratique. Mais ce régime nécessaire décomposerait la population en castes profondément indépendantes, si l'uniforme prépondérance du sacerdoce n'y venait constituer l'État, en fournissant à toutes un lien vénéré, qui comporte spontanément une vaste extension.

Cette constitution initiale est tellement naturelle qu'elle subsiste encore, chez les plus nombreuses nations d'auiourd'hui, malgré d'immenses perturbations.

Quoique sui^epartoat, tSk^ nç pift prévaloir â ce point que ixBS tes Tieux où l'intelligence et le travail se développèrent avant Tactivité militaire. En effet, celle-ci devient toujours le dissolvant spontané d*un tel régime, en tendant à faire prévaloir les guerriers sur les prêtres. Malgré les immenses efforts de la politique sacerdotale pour détourner Tardeur belliqueuse vers des expéditions lointaines, toujours suivies d'irrévocables colonisations, la théocratie aboutit partout à la domination du patriciat militaire, mais en conservant les mœurs anciennes. Cette dernière aptitude, irrécusable confirmation de la ténacité d'un tel régime, permet aujourd'hui de rétudier directement, quoique très altéré, même à la Chine et dans Tlnde, pour mieux comprendre l'antique Egypte, vénérable mère de toute la civilisation occidentale. On peut alors apprécier, sur une grande échelle, l'office social du sacerdoce, à la fois conseiller, consécrateur, régulateur, et finalement juge. Mais oa y voit aussi combien cette attribution fondamentale se trouvait profondément compromise d'après le commandement et la richesse qui souillèrent nécessairement l'intervention initiale de l'intelligence dans le domaine du sentiment et de l'activité.

Vous devez être surprise qu'un tel régime soit si peu représenté par le tableau que je vous ai proposé. Cela tient surtout, comme pour le fétichisme, à la nature concrète de cette composition historique, plus esthétique que scientifique. Toutefois, envers un régime qui laisse tant de monuments de tous genres, une telle expUcation générale a besoin d'un développement spécial. Il

consiste à remarquer Tun des plus nobles caractères de la vraie théocratie, où le gouvernement humain réside chez des corporations immenses et perpétuelles, sans que les services rendus puissent se rattacher presque jamais à des noms particuliers. Faute d'une telle tendance à l'absorption des individus, les divers collèges sacerdotaux auraient été souvent troublés par les rivalités naturelles des divinités polythéiques. C'est seulement quand la théocratie, suivant une exception heureusement unique, se fonde sur le monothéisme, qu'une extrême concentration y fait ressortir les noms suprêmes. Aussi la nature concrète de notre tableau força-t-elle d'y choisir Moïse comme le type personnel du régime initial, quoiqu'il représente très imparfaitement une constitution essentiellement propre au polythéisme.

La Femme. Cette admiration réfléchie pour la théocratie me fait mieux apprécier, mon père, la profonde injustice des aveugles imputations dont elle est encore l'objet chez la plupart des hommes qui se croient avancés. Il semblerait ainsi que le régime d'où tout émane, et qui dura plus qu'aucun autre, fut toujours oppressif et dégradant; en sorte qu'on ne comprendrait plus d'où purent surgir les progrès accomplis.

Le Prêtre. Toutes ces critiques de la théocratie doivent être regardées, ma fille, comme aussi frivoles que les reproches de saint Augustin envers l'ensemble du polythéisme et les récriminations de Voltaire contre le catholicisme. Aucun régime ne put mériter de telles censures que pendant sa décadence. Il n'eût jamais

surgi ni prévalu si la majeure partie de sa domination n'avait été suffisamment conforme à notre nature, et même assez favorable à nos progrès.

Les tendances oppressives à l'immobilité ne se développent réellement que dans la dernière phase de la théocratie. Elles y résultent de l'inévitable dégradation du caractère sacerdotal par le commandement et la richesse. Mais on a d'ailleurs exagéré beaucoup Timmnabilité théocratique, d'après le contraste émané de la rapidité supérieure qui distingue la marche occidentale. Indépendamment de toute perturbation étrangère, des indices décisifs et multipliés manifestent, depuis longtemps, le mouvement spontané d'une telle civilisation. Par exemple, le bouddhisme, quoique comprimé dans son centre, y produisit bientôt au Tibet de profondes modifications, développées en Chine d'après l'institution des examens.

Quand le positivisme devra pénétrer chez ces immenses populations, le temps sera venu d'étudier avec soin la progression naturelle qui les eût ultérieurement amenées d'elles-mêmes au niveau final de l'Occident, suivant une marche distincte mais équivalente. Car, c'est à ces tendances spontanées qu'il faudra sagement rattacher l'accélération systématique, en écartant toutes les perturbations violentes introduites par le monothéisme, d'abord musulman, puis chrétien. Néanmoins^ en réservant cette importante appréciation, nous devons maintenant concentrer nos études historiques sur les ancêtres immédiats de la civilisation occidentale. On est ainsi conduit à faire prévaloir l'examen des populations

OÙ rétablissement Ihéocralique se trouva prévèùii par^ un essor précoce de raclivitc militaire.

Mais ce polythéisme progressif présente deux modes très différents, Tun essentiellement intellectuel, Tautre éminemment social. Le premier a lieu quand les circonstances locales et politiques ne permettent point à Tactivité militaire, quoique très développée, d'instituer un véritable système de conquêtes. Alors sa réaction latente pousse tous les hommes supérieurs vers la culture mentale, devenue aussi le principal objet de Tatterition publique, et dégagée ainsi de la discipline sacerdotale. Quand, au contraire, la guerre peut tendre librement à la domination universelle, Tintelligence se subordonne à Tactivité, et tous les citoyens sont ordinairement absorbés par les sollicitudes sociales, au dedans comme au dehors. Ces deux modes du polythéisme progressif furent également nécessaires, chacun seton sa nature et dans son temps, au grand mouvement occidental qui suivit la rupture spontanée du joug théocratique.

Aucune théocratie n'échappe finalement à l'ascendant social des guerriers sur les prêtres. Celle même de la Judée, malgré sa concentration exceptionnelle, subit aussi cette révolution, quand les rois succédèrent aux juges, six siècles après sa fondation. Mais il importe de distinguer entre les cas où ce changement ne s'accomplit que lorsque les mœurs théocratiques ont acquis une pleine consistance, et ceux où son rapide avènement précède une telle constitution, dès lors essentiellement avortée. Notre évolution occidentale dépendit surtout

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de celte dernière impulsion, qui toutefois n*éiit jamais suffi sans les germes heureusement empruntés aux pures théoci'aties.

Les temps ctiantés par Homère marquent nettement le début d'une telle série. Car il s'était alors écouté deux générations au plus depuis que les guerriers commencèrent à dominer les prêtres chez nos ancêtres helléniques. La théocratie primitive s'y manifeste encore par des oracles nombreux et respectés, quoique dispersés, qui persistèrent en Grèce plus qu'ailleurs.

La Femme. A partir de cette ère occidentale, vous m'avez annoncé, mon père, que l'évolution humaine constitue réellement une immense transition, sans comporter aucun véritable régime. On sent assez rcxactitude d'une telle appréciation, quand oh oppose la courte durée des divers états sociaux qui dès lors se succèdent, soit à la persistance antérieure de la théocratie précédée du fétichisme, soit à l'incomparable avenir de l'ordre positif. Mais je voudrais concevoir maintenant la marche générale de cette transition nécessaire.

Le Prêtre. Une telle préparation, exactement représentée par notre tableau concret, se rapporte, ma fille, comme l'ensemble de la nature humaine, d'abord à l'intelligence, puis à l'activité, pour aboutir enfin au sentiment. La théocratie initiale cultivait simultanément ces trois faces de notre existence, ainsi soumise à des règles complètes, quoique trop peu favorables à nos progrès continus. Mais cette discipline était si bien la seule qui convînt au théologisme qu'on ne put jamais lui rien substituer de durable tant que prévalut la synthèse fie-

tive. Od n'accéléra la marche qu'en brisant une telle harmonie, pour développer successivement chaque partie de l'existence humaine aux dépens des deux autres. Ce caractère profondément incomplet distingue nettement d'abord l'élaboration grecque, puis la préparation romaine, enfin l'initiation catholico-féodale.

L'ordre de ces trois évolutions partielles résulte aussitôt de leur commune destination. Car alors il fallait surtout développer les forces humaines, sans aspirer encore à les discipliner, autrement que d'après leur antagonisme spontané. Tout effort prématuré pour régler l'ensemble de notre existence tendait à rétablir une théocratie toujours imminente, et devenait contraire à l'essor spécial qu'on voulait seconder. Voilà pourquoi le sentiment, principale source de la discipline humaine, dut être longtemps dédaigné, de manière à ne prévaloir que quand le développement théorique et pratique serait assez avancé. Pour le propre essor de nos forces, l'intelligence devait précéder l'activité. Car, la marche active tendant alors à réunir tous les polythéistes progressifs sous une même domination, elle serait devenue incompatible avec la pleine liberté qu'exige l'évolution spéculative, si celle-ci ne s'était pas accomplie préalablement.

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