‹ Catéchisme positiviste: ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 17 sur 136 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Conservez donc avec soin toutes les relations extérieures qui furent habituelles à l'être adoré. Employez-les même à mieux ranimer son image. Vous trouverez, à cet égard, dans le Système de politique positive, une importante remarque. « Nos souvenirs intimes deviena nent à la fois plus nets et plus fixes, quand on dé- « termine assez le milieu inerte avant d'y placer la vi- « vante image. » Je vous conseille même, en général, de décomposer cette détermination extérieure dans ses trois parties essentielles, en procédant toujours du dehors au dedans, suivant notre principe hiérarchique. Cette règle de culte consiste à préciser d'abord le lieu, puis le siège ou l'attitude, et enfin le costume, propres à chaque cas spécial. Quoique le cœur puisse d'abord s'impatienter d'un tel retard, il en reconnaît bientôt l'intime efficacité, quand il voit l'image chérie acquérir ainsi graduellement une force et une netteté qui semblaient d'abord impossibles.

Ces opérations essentiellement esthétiques se conçoivent mieux en les rapprochant des opérations scientifiques, d'après l'identité nécessaire de leurs lois principales. Au fond, la science, qui nous indique d'avance un avenir souvent lointain, tente un effort encore plus hardi que celui de l'art qui veut évoquer un souvenir chéri. Nos éclatants succès dans le premier cas, où l'esprit est pourtant secondé beaucoup moins par le cœur, nous autorisent a espérer des résultats plus satisfaisants envers l'autre, qui seul nous offre toujours la certitude d'une solution quelconque. Elle repose, à la vérité, tout entière sur la connaissance des lois céré-

i)i CATÉCHISME POSITIVISTE.

braies, qui sont encore si confusément appréciées. Au contraire, nos prévisions astronomiques dépendent surtout des lois extérieures les plus simples et les mieux connues. Mais, quoique cette distinction sulllse pour expliquer la présente disparité des deux succès, elle nous la montre comme purement provisoire.

Quand les lois supérieures seront assez connues, le sacerdoce positif y puisera des résultats plus précieux, et même plus réguliers, que ceux de la meilleurs astronomie. Car les prévisions de celle-ci deviennent incertaines, et souvent impossibles, aussitôt que les cas planétaires s'y compliquent beaucoup, comme on le voit presque toujours envers les comètes. Sans être justement taxée d*une présomption chimérique, la providence humaine peut et doit aspirer à régler davantage l'ordre qu'elle modifie le mieux, que ne saurait rêtre, envers la plupart des événements, celui qui n'est gouverné que par une aveugle fatalité. La complication supérieure des phénomènes cédera finalement, pour ces cas sublimes, à la sagesse prépondérante de Tagent modificateur, quand Tordre humain sera suffisamment connu.

Là Femme. Je sens, mon père, que la subordination du subjectif à l'objectif constitue à la fois l'obligation constante et la principale ressource du culte positif. Vous m'avez fait assez comprendre que, loin de nous soustraire a ce joug nécessaire, nous devons l'accepter volontairement, même quand il nous est permis de le négliger. Car celte pleine soumission facilite beaucoup notre vie subjective, tout en économisant mieux l'cjn-

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semble de nos forces les plus précieuses. Mais je ne vois plus en quoi consiste dès lors notre propre activité dans cette existence intérieure, qui pourtant doit, ce me semble, devenir, à sa manière, encore moins passive que l'existence extérieure.

Le Prêtre. Elle consiste, ma fille, à idéaliser presque toujours par soustraction, et rarement par addition, même quand on y pratique tous les ménagements convenables. L'idéalité doit améliorer la réalité, sous peine d'insuffisance morale : c*est la compensation normale de sa netteté et de sa vivacité beaucoup moindres. Mais il faut qu'elle s'y subordonne toujours, sans quoi la représentation ne serait plus assez fidèle, et le culte deviendrait mystique ; tandis qu'il resterait empirique si la réalité s'y trouvait servilement respectée. Notre règle évite également ces deux déviations opposées. Elle est naturellement indiquée par notre tendance à oublier les défauts des morts pour ne nous rappeler que leurs qualités.

Ainsi conçue, n'y voyez qu'une déduction spéciale du dogme de l'Humanité. Car si notre Déesse ne s'incorpore que les morts vraiment dignes, elle écarte aussi de chacun d'eux les imperfections qui ternirent toujours leur vie objective. Dante avait, à sa manière, pressenti cette loi, quand il construisit sa belle fiction où^ pour se préparer à la béatitude, on s'abreuve d'abord au fleuve de Toubli^ et ensuite dans l'Eunoë, qui rend seulement le souvenir du bien. N'ajoutez donc à vos types extérieurs que des perfectionnements très secondaires, qui ne puissent jamais altérer leur vrai caractère, même physique,

et surtout moral. Mais développez beaucoup, quoique toujours sagement, votre disposition spontanée à les purger de leurs divers défauts.

La Femme. Ainsi, mon père, la vraie théorie de la vie subjective conduit finalement notre culte à laisser l'ordre extérieur tel qu'il est, afin de mieux concentrer sur Tordre humain nos principaux efforts d'intime perfectionnement. La noble existence qui nous perpétue dans autrui devient alors le digne prolongement de celle qui nous mérita cette immortalité ; le progrès moral de l'individu et de l'espèce constitue toujours la principale destination des deux vies. Nos morts sont affranchis des nécessités matérielles et vitales, dont ils ne nous laissent le souvenir que pour nous les mieux représenter tels que nous les connûmes. Mais ils ne cessent pas d'aimer, et même de penser, en nous et par nous. Le doux échange de sentiments et d'idées que nous entretenions avec eux, pendant leur objectivité, devient à la fois plus intime et plus continu quand ils sont dégagés de l'existence corporelle. Quoique la vie de chacun d'eux se trouve dès lors mêlée profondément avec la nôtre, son originalité morale et mentale n'en est aucunement altérée, lorsque son caractère fut vraiment distinct. On peut même dire que les principales différences deviennent plus prononcées, à mesure que ce commerce intime se développe mieux.

Cette conception positive de la vie future est certainement plus noble que celle des théologistes quelconques, en même temps que seule vraie. Pendant que j'étais catholique, ma plus grande ferveur ne m'empêcha ja*

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