PREMIÈRE PARTIE
forme, ma fille, au véritable esprit de notre culte public, où le présent glorifie le passé pour mieux préparer Tavenir, en s^effaçant spontanément entre ces deux immensités. Loin d'exalter notre orgueil, ces effusions solennelles tendent sans cesse à nous inspirer une sincère humilité. Car elles nous font profondément sentir combien, malgré nos meilleurs efforts collectifs, nous sommes incapables de jamais rendre au Grand-Être plus qu'une minime partie de ce que nous en avons reçu.
La Femme. Avant de m'expliquer l'ensemble de cette adoration publique, je vous prie, mon père, de caractériser assez les temples où elle doit s'accomplir. Quant au sacerdoce qui la dirige, je sens que sa constitution essentielle sera suffisamment indiquée dans l'exposition du régime.
Le Prêtre. Nos temples, ma fille, ne sauraient maintenant être pleinement appréciables. Car, l'architecture étant le plus technique et le moins esthétique de tous les beaux-arts, chaque synthèse nouvelle y pénètre plus tardivement que dans aucun autre. Il faudra que notre religion soit non seulement très développée, mais aussi beaucoup répandue, avant que les besoins publics puissent signaler la vraie nature des édifices qui lui conviennent. Nous devrons donc employer provisoirement les anciens temples, à mesure de leur désuétude ; quoique ce préambule nécessaire doive moins durer pour nous qu'envers le catholicisme, réduit, pendant plusieurs siècles, aux constructions polythéistes.
La seule indication générale qui puisse maintenant
être proclamée à cet égard, coDcerne la situation et la direction, déjà déterminées par la nature du culte positif. Puisque l'Humanité se compose essentiellement des morts, dignes de survivre, ses temples doivent se placer au milieu des tombes d'élite. D'une autre part, le principal attribut de la religion positive consiste dans son universalité nécessaire. Il faut donc que, sur toutes les parties de la planète humaine, les temples du Grand-Être soient dirigés vers la métropole générale, que l'ensemble du passé fixe, pour longtemps, à Paris. Le positivisme utilise ainsi l'heureuse ébauche de l'islamisme envers une précieuse institution, qui, par la commune attitude de tous les vrais croyants, fait mieux ressortir la touchante solidarité de leurs libres hommages.
Voilà tout ce que je dois vous indiquer envers nos édifices sacrés. Quant à leur distribution intérieure, il n'y faut maintenant remarquer que le besoin d'y réserver le principal sanctuaire pour des femmes convenablement choisies; afin que les prêtres de l'Humanité s'y trouvent toujours entourés de ses meilleurs représentants.
La Femme. Cette dernière indication me conduit, mon père, à compléter ma question précédente, en vous demandant quels seront les symboles dé notre Déesse. Leur détermination se rapportant à la peinture et à la sculpture, elle doit devenir mieux appréciable déjà que celle des temples, d'après la marche plus rapide des deux premiers arts de la forme comparés au troisième.