‹ Catéchisme positiviste: ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 70 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

rnaioe. Deux générations se sont à peine écoulées depuis que les vrais penseurs ont pu commencer à concevoir nettement ce lien fondamental, où réside le nœud essentiel de toute la philosophie naturelle. Les cosmologistes devaient, d'abord, par Tavènement de la chimie, pousser l'étude de Tordre matériel jusqu'à ses phénomènes les plus nobles et les plus compliqués. Mais il fallait ensuite que les biologistes descendissent convenablement aux fonctions vitales les plus grossières et les plus simples, seules susceptibles de se rattacher directement à cette base inorganique. Tel fut le principal résultat de l'admirable conception due au vrai fondateur de la philosophie biologique, l'incomparable Bichat. D'après une profonde analyse, les plus nobles fonctions vitales y furent enfin repi^ésentées, même chez l'homme, comme reposant toujours sur les plus grossières, suivant la loi générale de l'ordre réel. L'animalité se subordonne partout à la végétalité, ou la vie de relation a la vie de nutrition.

Ce lumineux principe conduit à reconnaître que les seuls phénomènes vraiment communs à tous les êtres vivants consistent dans cette décomposition et recomposition que leur substance éprouve sans cesse d'après le milieu correspondant. L'ensemble des fonctions vitales repose ainsi sur des actes fortanalogues aux eiïets chimiques, dont ils ne diiTèrent essentiellement que par l'instabilité des combinaisons, d'ailleurs plus complexes. Cette vie simple et fondamentale se manifeste seule chez les végétaux, où nous en trouvons le plus intense développement, puisqu'elle y transforme direc-

tement les matériaux inorganiques en substances organiques; ce que ne font jamais des êtres plus élevés. La définition générale de Tanimalilé consiste, en effet, dans la nature vivante des aliments correspondants : d'où résultent, comme conditions nécessaires, l'aptitude à les discerner et la faculté de les saisir ; par conséquent la sensibilité et la contractilité.

Pour consolider son analyse fondamentale de la vie, le grand Bichat dut bientôt construire une conception analomique qui pût en fournir le complément et le résumé. Le tissu cellulaire, seul universel, constitue le siège propre delà vie végétative; tandis que la vie animale réside dans le tissu nerveux et le tissu musculaire. Alors la pensée générale de la biologie se trouve complète, de manière à rendre partout possible une suffisante harmonie entre l'appréciation statique et l'appréciation dynamique, pour passer convenablement de là fonction à l'organe ou réciproquement.

Suivant le principe logique qui prescrit d'étudier surtout des phénomènes quelconques chez les êtres où ils sont à la fois le plus développés et le mieux dégagés de toute complication supérieure, la théorie des végétaux devient la base normale de la biologie. Elle établit directement les lois générales delà nutrition d'après le cas le plus simple et le plus intense. C'est la seule partie de la biologie qui pût être pleinement séparée de la sociologie, si l'instilulion subjective ne devait pas toujours dominer la culture objective. Là s'opère immédiatement la transition naturelle entre l'existence ma- ' térielle et l'existence vitale.

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La Femme. Je conçois ainsi, mon père, que la continuité encyclopédique puisse s'établir envers la partie inférieure de la hiérarchie théorique. Mais, en partant d'une vitalité aussi grossière que celte simple végétalité, je ne vois pas comment on peut s'élever jusqu'au vrai type humain, quoique je reconnaisse notre propre assujettissement aux lois de la nutrition, autant qu'à celles de la pesanteur.

Le Prêtre. La difficulté que vous éprouvez, ma fille, correspond, en effet, au principal artifice biologique, graduellement élaboré, depuis Âristote jusqu'à Blainville, pour instituer une immense échelle, à la fois objective et subjective, destinée à lier l'homme au végétal. Si ces deux termes extrêmes existaient seuls, supposition nullement contradictoire, notre unité théorique deviendrait impossible ou du moins très imparfaite, d'après la brusque lacune qu'éprouverait ainsi la continuité encyclopédique. Mais l'immense variété des organismes animaux nous permet d'établir entre la plus grossière vitalité et la plus noble une transition aussi graduelle que notre intelligence doive l'exiger.

Toutefois, cette série concrète est nécessairement discontinue, d'après la loi fondamentale qui maintient la perpétuité essentielle de chaque espèce au milieu de ses variations secondaires. Le vieux régime intellectuel entrava beaucoup l'essor de celte grande construction, en y cherchant vainement le résultat absolu des relations objectives. Mais la prépondérance encyclopédique de la méthode subjective dissipe enfin ces débats stériles et sans issue, en subordonnant toujours la formation de

la série animale à sa vraie destination, plutôt logique que scientifique. Ne devant étudier les animaux que pour mieux connailre Thomme en le liant au végétal, nous sommes pleinement autorisés à bannir d'une telle hiérarchie toutes les espèces qui la troubleraient. Un motif analogue nous permet, ou plutôt nous prescrit, d'y introduire convenablement quelques races purement idéales, spécialement imaginées pour améliorer les principales transitions, sans choquer jamais les lois statiques et dynamiques de Tanimalité. Les études plus développées envers certains animaux appartiennent réellement au domaine pratique pour les rares espèces avec lesquelles l'existence humaine se trouve, à divers titres, plus ou moins liée. Toutes les autres spécialités zoologiques ne résulteraient que d'une dégénération théorique, dans une science que sa complication et son immensité exposent davantage aux puérilités académiques, déjà si multipliées en mathématique.

Mais l'ensemble des animaux susceptibles de former une véritable série nous offrira toujours un profond intérêt abstrait, pour éclaircir l'étude générale de toutes nos fonctions inférieures^ en suivant chacune d'elles dans sa simplification et sa complication graduelles* L*humanité ne constituant, au fond, que le principal degré de ranimalitéj les plus hautes notions de la socio» logie, et même de la morale, trouvent nécessairement en biologie leur première ébauche, pour les esprits vraiment philosophiques qui savent les y saisir. Notre plus sublime conception théorique devient ainsi mieux appéciable, quand on considère chaque espèce animale

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