‹ Catéchisme positiviste: ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 85 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

vite. Mais, outre ces liaisons cérébrales, des nerfs spéciaux la lient profondément aux principaux organes de la vie de nutrition, d'après la subordination nécessaire de Tensemble des instincts personnels à Texistence végétative. Si cette correspondance générale peut être assez spécifiée, comme il y a lieu de l'espérer, elle fournira de puissants moyens pour perfectionner mutuellement le physique et le moral de Thomme.

La Femme. Cette conception positive de la nature humaine me semble, mon père, très conforme à Texpérience universelle, surtout en ce qu'elle fonde directement notre unité sur la subordination continue de l'esprit au cœur. Vous m'aviez expliqué déjà que des deux modes propres à cette prépondérance afTective, le régime altruiste peut seul procurer à l'homme, même individuel, une unité complète et durable, quoique plus difficile à constituer que Tunité égoïste. Mais une telle théorie de l'harmonie humaine m'ofite encore une grave difficulté, pour la concilier avec la première loi d'animalité, qui proclame Tintermittence de toute la vie de relation, sans y pouvoir excepter les fonctions cérébrales. Car, la véritable unité ne saurait être discontinue. L'intelligence et l'activité peuvent et doivent se reposer périodiquement, comme les sens et les muscles correspondants. Au contraire, rafl*ection ne comporte aucune suspension. Pourrait-on jamais cesser d'aimer en soi et hors de soi?

Le Prêtre. La liaison directe entre la vie affective et la vie végétative doit vous conduire, ma fille, à regarder la première comme aussi continue que la seconde.

Pour concilier cette continuité nécessaire avec Tinter-» mittence commune à toute la vie de relation, il suffit de considérer la duplicité cérébrale. Tous les organes du cerveau sont, comme les sens et les muscles, composés de deux moitiés symétriques, séparées ou conliguës, dont chacune peut fonctionner pendant le repos de l'autre. Une telle alternance permet au sentiment de n'éprouver aucune interruption malgré Tintermittence cérébrale. Quelquefois Tintelligence fonctionne ainsi pendant le sommeil, sinon par l'appareil contemplatif, directement lié aux sens, du moins par l'appareil médi-* tatif, qui n*en dépend pas immédiatement. De là résultent les rêves, étals passagers d'aliénation mentale, où, comme dans la folie, les impulsions subjectives prévalent involontairement. Cette persistance accidentelle des fonctions intellectuelles pendant le sommeil permet de comprendre, par analogie, la persistance normale des fonctions affectives. Mais, elle en fournit, de plus, le témoignage indirect. Car, les rêves portent toujours l'empreinte des instincts dominants. Puisque le cœur dirige l'esprit pendant la veille malgré les impressions extérieures, il doit le dominer davantage quand cellesci sont suspendues. On peut donc espérer que la théorie cérébrale conduira finalement à bien interpréter les songes, et même à les modifier, suivant le vœu prématuré de toute l'antiquité.

La Femme. Je ne pourrais, mon père, concevoir assez la théorie positive de la nature humaine, si, après m'avoir expliqué les relations générales entre le cœur, l'esprit et le caractère, vous ne me faisiez pas connaître la

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Le Prêtre. Elle résulte, ma fille, du tableau cérébral que voici {Voyez le tableau Cj ci-contre). Il doit vous devenir aussi familier que notre tableau encyclopédique. Mais, quoiqu'il soit plus étendu, vous y trouverez moins d'embarras. Quiconque a suffisamment vécu, surtout dans votre sexe, doit bientôt sentir la réalité d'une telle analyse, qui, par sa nature, ne peut reposer que sur des observations à la portée de tous. Si des contemplations spéciales et difficiles étaient indispensables pour la vérifier, elle serait nécessairement vicieuse. Les grands efforts qu'exigea là construction de ce tableau ne sauraient aucunement affecter son usage, surtout chez les esprits préservés de notre éducation classique. Car ces difficultés tinrent moins à la nature du problème qu'aux fausses théories qui dominaient à cet égard. Quoique ce soit le plus ancien domaine de notre intelligence, c'est le dernier auquel devait s'étendre la concordance graduelle entre la raison théorique et la raison pratique. Mais cet accord fondamental s'y trouve enfin établi ainsi ; de manière à y reproduire, mieux qu'ailleurs, les progrès qu'il suscite toujours.

Cette classification cérébrale vous offre partout une nouvelle application du principe universel de la généralité décroissante, sur lequel vous avez déjà vu reposer là hiérarchie encyclopédique. Vous le remarquez surtout envers les instincts, qui sont à la fois plus nombreux et mieux tranchés. Leur décroissement de généralité à mesure qu'ils deviennent plus nobles et moins

énergiques se vérifie pleinement dans l'ensemble de la série animale. Les derniers degrés ne présentent que Tinstincl fondamental de la conservation individuelle, jusqu'à rentière séparation des sexes. Alors s'ajoutent successivement tous les autres instincts, d*abord personnels, puis sociaux, dans Tordre quindique le tableau cérébral, à mesure qu'on monte vers l'homme. Cette comparaison zoologique suffirait donc pour démontrer une telle analyse, dont elle a même souvent secondé l'élaboration, toujours dirigée cependant par l'inspiration sociologique. La plus haute partie de la série animale, comprenant les mammifères et les oiseaux, présente certainement une réunion complète de toutes nos fonctions supérieures, avec de simples différences de degré. Voyez comment le plus grand des poètes pressentit celte similitude fondamentale, en plaçait, au milieu des sublimités de son paradis, cet admirable tableau de Texistence morale d'un oiseau :

Corne Vaugello inlra Tamate fronde Posato al nido de' suoi dolci naU, La notte che le cose ci nasconde,

Clie per veder gU aspetti desiati, E per trovar lo cibo onde 11 pasca, In cbe i gravi labor gli son aggrati,

Prévienne '1 tenopo in su l'aperta frasca, E con ardente affetto il sole aspetta Fiso gnardando pur che Talba nasca.

Dans cette charmante description, un animal très éloigné de l'homme présente le même concours normal que parmi nous entre le sentiment, Tintelligence et l'activité. Une telle fraternité est encore plus pré-

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