‹ Catéchisme positiviste: ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 93 sur 136 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

aspects distiacts quoique simultanés, d'abord envers son office spécial, puis quant à l'harmonie générale. Le premier devoir de tout organe social consiste, sans doute, à bien remplir sa propre fonction. Mais le bon ordre exige aussi que chacun assiste, autant que possible, Taccomplissement des autres offices quelconques. Un tel attribut devient même le principal caractère de rorganisme collectif, d'après la nature intelligente et libre de tous ses agents.

Or, il existe spontanément une opposition de plus en plus prononcée entre ces deux offices, l'un spécial, l'autre général, de chaque fonctionnaire humain. Car, le premier se particularisant davantage à mesure que la coopération se développe, il suscite des dispositions intellectuelles, et même des tendances morales, qui détournent de plus en plus d'une appréciation d'ensemble, devenue aussi de plus en plus difficile. Tel est le vrai point de vue élémentaire de la théorie générale du gouvernement, d'abord temporel, puis spirituel.

Aucune fonction, môme vitale, et surtout sociale, ne pouvant bien s'accomplir que d'après un organe propre, le moindre concours humain exige donc une force spécialement destinée à y ramener aux vues et aux sentiments d'ensemble des agents qui tendent toujours à s'en écarter. Elle doit sans cesse contenir leurs diver* gences et développer leurs convergences. D'une autre part, cette puissance indispensable surgit naturellement des inégalités que suscite toujours l'essor humain.

Malgré l'intime sympathie qui constitue la simple association domestique^ même réduite au couple fon^

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damental, elle n'est jamais exempte d'une telle nécessité. C'est là qu'on peut le mieux apprécier ce grand axiome : Il n'existe point de société sans gouvernement.

Dans l'ordre civique, chaque concours de familles pour un but déterminé fait bientôt surgir un chef pratique dont l'autorité se trouve spontanément Jimitée par l'ensemble des opérations qu'il peut réellement diriger, soit d'après sa propre aptitude, soit surtout en vertu de ses capitaux. C'est là que réside le véritable pouvoir temporel, également capable de pousser et de retenir suivant les besoins. Toute puissance plus vaste émane nécessairement d'une source spirituelle. Les différents chefs pratiques tendent pourtant à se coordonner entre eux d'après une hiérarchie résultée des relations naturelles de leurs divers travaux. Ce concours spontané institue donc une sorte de gouvernement plus général, mais toujours réduit à sa puissance matérielle, plus propre à résister qu'à diriger. Ses différents membres sont ordinairement incapables de saisir l'ensemble correspondant, malgré la compétence de chacun d'eux envers l'un des systèmes partiels.

La simple solidarité sufTirait donc, quand elle s'étend un peu, pour indiquer l'insuffisance du pouvoir pratique, et le besoin d'une autorité théorique, qui, s'interdisant toute action spéciale, fasse constamment prévaloir l'harmonie générale. Mais la continuité, d'où dépend de plus en plus l'ordre humain, rend cette nécessité pleinement irrécusable. Ces pouvoirs empiriques, en aspirant à diriger le présent, ne connaissent ni le passé qui le domine ni l'avenir qu'il prépare.

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Aussi leur intervention resle-t-elle aveugle et souvent perturbatrice, quand ils ne la subordonnent point aux conseils théoriques. En même temps, Tinfluenco sacerdotale leur devient indispensable, comme seule capable de consacrer assez leur ascendant matériel^ exposé presque toujours à d'envieuses contestations. Chaque consécration consiste à représenter le pouvoir correspondant comme le ministre d'une puissance supérieure généralement respectée; Dieu sous le régime provisoire, rHumanitc dans Tordre définitif. Or, cela suppose toujours, mais surtout envers cet état final, que le présent se rattache dignement au passé et à Tavenir. Le sacerdoce, qui peut seul instituer cette double liaison, devient ainsi le consécrateur nécessaire de tous les pouvoirs humains, sans avoir lui-même besoin d'aucune consécration étrangère, puisqu'il est l'organe direct de la suprême autorité.

Voilà d'où procède ce second axiome: Aucune société ne peut se conserver et se développer sans un sacerdoce quelconque. Pareillement indispensable à tous pour l'éducation et le conseil, ce pouvoir théorique est seul capable de consacrer les gouvernants et de protéger les gouvernés. Il constitue le modérateur normal de la vie publique, comme la femme celui de la vie privée ; quoique ces deux existences exigent d'ailleurs le concours continu de l'influence morale avec la puissance intellectuelle. Vous pouvez résumer l'ensemble des attributions sociales du sacerdoce en le qualifiant de Juge, suivant l'expression biblique. Car, son triple office de conseiller, consécrateur, et régulateur s'ac-

complil toujours en jugeant, e'esl-à-dire d'après une appréciation respectée.

La Femme. Le catholicisme m'avait heureusement préparée, mon père, à bien concevoir ce principe fondamental, malgré le crédit obtenu par les sophismes protestants et déistes, dirigés, avec un aveugle acharnement, contre la principale construction du moyen âge. Mais je ne comprends pas suffisamment pourquoi le positivisme, en consolidant et développant cette grande ébauche, conserve des expressions qui semblent d'abord ne se rapporter qu'à son origine théologique, quoiqu'elles admettent un sens purement naturel. Outre lejuste respect qui dut inspirer celte nomenclature historique, je présume qu'elle repose aussi sur des motifs dogmatiques, quoique je ne les démêle pas.

Le Prêtre, ils résultent surtout, ma fille, du détout d'homogénéité que présentent ces deux expressions, dont le contraste rappelle ainsi les deux principaux caractères de la grande division sociale, au lieu de n'en indiquer qu'un seul. En qualifiant de spirituel le pouvoir théorique, on fait assez sentir que l'autre est purement matériel. Par là se trouve indirectement signalée leur meilleure comparaison sociale, consistant à les regarder comme disciplinant l'un les volontés et l'autre les actes. Réciproquement, qualifier de temporel le pouvoir pratique, c'est rappeler suffisamment l'éternité qui caractérise le pouvoir théorique. Dès lors, on définit assez leurs domaines respectifs; d'une part le présent, de l'autre le passé et l'avenir ; l'un institue spécialement la solidarité, l'autre la continuité ; à l'un

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