‹ Catéchisme positiviste: ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 95 sur 136 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

commencée par le cœur et complétée par l'esprit,' quoique tous deux y participent toujours.

La première phase, qui s'étend jusqu'à la puberté, doit être divisée en deux autres d'égale durée, que sépare la dentition normale. Jusqu'à ce terme, la mère dirige seule une éducation entièrement spontanée, à la fois physique, intellectuelle, et morale. Quoique le développement corporel y doive prévaloir, le cœur y prend bientôt une pari décisive, qui se fera sentir pendant toute Texistence. L'essor des affections domestiques y conduit déjà l'enfant à la première ébauche du culte positif, par l'adoration de sa mère, qui lui représente nécessairement l'Humanité, dont la prépondérance distincte lui devient pourtant appréciable d'après l'institution du langage. En même temps, l'esprit recueille empiriquement des notions de tous genres, qui fourni t ront ensuite les matériaux de la vraie systématisation. Si l'on utilise assez ces exercices naturels des sens et des muscles, sans altérer jamais leur spontanéité, la vie spéculative et la vie active se trouveront heureusement ébauchées, en se subordonnant toujours à la vie affective. Mais la mère peut seule combiner dignement ces trois aspects. Elle invitera l'enfant, surtout patricien, à Taccomplissement habituel de quelques opérations matérielles, afin qu'il apprécie mieux la difficulté de conduire le moindre travail jusqu'à sa destination usuelle, et qu'il sympathise davantage avec les classes correspondantes. Ces exercices rendront l'esprit plus précis et plus net, comme le cœur plus tendre et plus humble.

Depuis la dentition jusqu'à la puberté, l'éducation domestique commence à se systématiser, par l'introduction graduelle d'une suite d'études régulières. Néanmoins, elle reste toujours dirigée par la mère, qui peut aisément guider des travaux purement esthétiques, quand elle-même a convenablement reçu l'éducation universelle. Jusqu'alors, on a dû soigneusement interdire toute étude proprement dite, même de lecture et d'écriture, sauf les acquisitions vraiment spontanées. Mais ici nait l'habitude du travail intellectuel, par l'essor réglé des facultés d'expression, dont la culture convient éminemment à cette seconde enfance. Une telle étude, essentiellement exempte de préceptes quelconques, consiste seulement en exercices esthétiques, où les lectures poétiques sont sagement combinées ave6 le chant et le dessin. Tandis que l'essor moral s'y continue spontanément, le culte s'y développe bientôt, à mesure que l'enfant acquiert de nouveaux moyens pour mieux exprimer ses affections. Il doit, en effet, résumer Tensemble de ses exercices par un chant et un portrait consacrés à sa mère. En même temps, il acquiert un sentiment plus complet de l'Humanité, en se familiarisant avec les principaux chefs-d'œuvre de tous les arts ; pourvu qu'aucun mélange de productions médiocres n'altère à la fois son goût et sa moralité.

La Femme. Ces deux âges de l'éducation domestique ne me font éprouver, mon père, de difficultés sérieuses qu'envers la religion. Quoiqu'on puisse alors y disposer beaucoup l'enfant par le cœur, on ne saurait tenter de lui rien enseigner dogmatiquement, faute des bases

scienliftques, réservées à sa dernière préparation. On ne peut cependant éviter qu'il s'en occupe et s'en informe.

Le Prêtre. Rappelez-vous, ma fille, que chaque évolution individuelle djoit spontanément reproduire toutes les phases essentielles de Tinitiation collective. Vous concevrez ainsi qu'il faut, à cet égard, laisser Tenfant suivre librement les lois générales de notre essor intellectuel. Il sera naturellement fétichisle jusqu'à la dentition, et puis polythéiste jusqu'à la puberté. Ces deux états philosophiques le disposeront, comme Tespèce, à mieux développer d'abord Tesprit d'observation, ensuite les facultés esthétiques.

Quant aux questions qu'il pourra soumettre à ses parents, s'il s'aperçoit qu'ils pensent autrement que lui, le caractère profondément relatif du positivisme leur permettra toujours d'y répondre sans hypocrisie. Il leuf suffira de lui déclarer loyalement que ses opinions actuelles sont celles qui conviennent à son âge, mais en l'avertissant qu'il en changera bientôt, suivant la loi qu'eux-mêmes subirent jadis. En lui faisant remarquer qu'il a déjà passé spontanément du fétichisme au polythéisme, il croira sans peine à de nouvelles transformations, qu'on ne doit pas d'ailleurs hâter artificiellement. Son esprit se trouve ainsi détourné de l'absolu, tandis que son cœur sympathise mieux avec les populations qui représentent ces états préliminaires.

La Femme. Un tel éclaircissement me permet, mon père, de passer à l'appréciation de l'éducation systématique. Quoiqu'elle doive être toujours dirigée par le

sacerdoce, Tascendant codUqu que le positivisme accorde au cœur sur l*esprit m'auDonce déjà qu'elle ne soustrairajamaisradolescent à ses relations de famille. Leur réaction journalière lui devient même plus nécessaire lorsque ses préoccupations théoriques vont tendre à le dessécher et renorgueillir. Je connais la profonde aversion que vous inspirent nos cloîtres scolastiques, où la corruption se développe encore davantage que la stupidité.

Le Prêtre. C*est, en effet, ma fille, sous la constante surintendance de sa mère que Tadolescenl, après avoir reçu le sacrement de Tinitiation, va, chaque semaine, dans récole annexée au temple de THumanité, entendre, du sacerdoce, une ou deux leçons de dogme. Le fruit principal de cet enseignement extérieur dépend d'ailleurs du travail intérieur correspondant. Car la véritable influence didactique dispose à mieux méditer, au lieu d'en dispenser.

Le plan général de cette étude systématique du dogme positif est naturellement indiqué par la hiérarchie encyclopédique qui caractérise Tordre universel. A ses sept degrés fondamentaux, correspondent autant d'années du noviciat théorique, en réservant le quart de chacune d'elles pour l'examen et le repos. Le nombre des leçons annuelles se trouve ainsi réduit à quarante, avec une seule par semaine, ce qui suffit à l'étude philosophique de chaque science. Seulement l'étendue et la difficulté spéciales de l'initiation mathématique, dont l'importance théorique prévaudra toujours, exigent deux séances] hebdomadaires pendant

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