PREMIÈRE PARTIE
^\m savent les y saisir. Notre plus sublime conception théorique devient ainsi mieux appréciable , quand on considère chaque espèce animale comme un Grand- Être plus ou moins avorté, d'après l'infériorité de sa propre organisation et l'essor de la prépondérance humaine. Car l'existence collective constitue toujours la tendance nécessaire de la vie de relation qui caractérise l'animalité. Mais ce résultat général ne peut, sur une même planète, se développer assez que chez une seule des espèces sociables.
La Femme. D'après l'ensemble de ces explications, je comprends, mon père, comment la biologie, philosophiquement cultivée, peut enfin combler toutes les graves lacunes encyclopédiques, en instituant une transition graduelle entre l'ordre extérieur et l'ordre humain. Celte immense progression , à la fois des êtres et des phénomènes, toujours conforme au principe hiérarchique du positivisme, se rattache, dans son terme inférieur, à la succession normale des trois modes essentiels de l'existence matérielle. .Te conçois ainsi la pleine réalisation de l'admirable continuité qui d'abord me semblait impossible. Mais , avant de quitter l'ordre vital proprement dit. j'y voudrais connaître, d'une manière plus nette et plus précise, les deux parties essentielles de son domaine, végétalité et animalité.
Ae Prêtre. Ce juste vœu, ma fille, sera convena-
iOO CATÉCHISMJb; POSITIVISTE.
blement satisfait en concevant les trois grandes lois qui régissent chacune d'elles. Il y faut voir autant de faits généraux, subordonnés. entre eux mais complètement distincts, et dont l'ensemble explique toujours, soit les fonctions continues de la vie de nutrition, soit les fonctions intermittentes de la vie de relation.
La première loi de végétalité, base nécessaire de toutes les études vitales, sans excepter le cas humain, consiste dans la rénovation matérielle à laquelle est constamment assujetti tout être vivant. V cette loi fondamentale succède celle du développement et du déclin, aboutissant à la mort, qui , sans offrir en elle-même la suite nécessaire de la vie, en devient partout le résultat constant. Enfin , ce premier système biologique se complète par la loi de la reproduction, où la conservation de l'espèce compense la destruction de l'individu.
La principale propriété de l'ensemble des êtres vivants consiste dans l'aptitude de chacun d'eux à reproduire son semblable, comme lui-même provint toujours d'une source analogue. Non-seulement aucune existence organique n'émane jamais de la nature inorganique. 3Iais, en outre, une espèce quelconque ne saurait résulter d'une autre, ni supérieure ni inférieure , sauf les variations très-limitées , quoique trop peu connues encore, que comporte chacune
PKEMiÈRE PARTIE. 1(W
d elies II existe donc un abîme vraiment infranchissable entre le monde vivant et la nature inerte , et même , ù de moindres degrés, entre les divers modes de vitalité. En confirmant l'impossibilité de toute synthèse purement objective, cette appréciation n'altère aucunement la véritable synthèse subjective . résultée partout d'une ascension assez graduelle vers le type humain.
>Quant aux trois lois d'animalité, la première consiste dans le besoin alternatif d'exercice et de repos propre à toute la vie de relation , sans excepter nos plus nobles attributs. Cette intermittence caractéristique des fonctionas animales se lie naturellement à la belle observation de Bichat sur la symétrie constante des organes correspondants, dont chaque moitié peut être active tandis que l'autre reste passive. La seconde loi, qui, comme dans tous les autres cas. supi)ose la précédente mais sans en résulter, proclamela tendance de toute fonction intermittente ;i devenir habituelle ; c'est-à-dire à se reproduire spontanément après la cessation de l'impulsion primitive. Cette loi de l'habitude trouve son complément naturel dans celle de l'imitation, qui n'en est pas vraiment distincte. Suivant la profonde réflexion de Cabanis, l'aptitude à imiter autrui résulte, en elfet , de r,aptitude à s'imiter soi-même; du moins chez toute espèce douée de sympathie. Enfin . la troisième
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loi (ranimalité, subordonnée à celle de l'habitude, consiste dans le perfectionnement, à la fois statique et dynamique , inhérent à tous les phénomène s de relation. Envers chacun d'eux , l'exercice peut fortifier les fonctions et les organes , que la désuétude prolongée tend toujours à affaiblir. Cette dernière loi, qui repose sur les deux autres sans s'y confondre, résume l'ensemble de la théorie de l'animalité, comme vous l'avez conçu d'abord pour la loi finale de la végétahté.
En combinant ces deux grandes lois, on institue une septième loi vitale, celle de fhérédité, qui mérite scientifiquement une appréciation distincte, quoiqu'elle ne soit logiquement qu'une conséquence nécessaire des précédentes. Toute fonction ou structure animale étant perfectible à certains degrés, l'aptitude de tout être vivant à reproduire son semblable pourra dès lors fixer dans l'espèce les modifications sulTisammeut profondes survenues chez l'individu. De là résulte le perfectionnement, limité mais continu, surtout dynamique et même statique, de chaque race quelconque , par des régénérations successives. Cette haute faculté, qui résume spontanément le double système des lois biologiques, se développe d'autant plus que l'espèce est plus élevée, et dès lors plus modifiable aussi bien que plus active , d'après sa propre complication.