PREMIÈRE PARTIE
Quoique les lois générales de la transmission héréditaire soient trop peu connues jusquici, une telle considération indique sa liaute elTicacité envers l'amélioration directe de notre propre nature, physique, intellectuelle, et surtout morale. Il est incontestable, en effet, que 1 hérédité vitale convient autant, et même davantage . à nos plus nobles attributs qu'aux plus grossiers. Car les phénomènes deviennent plus modifiables, et dès lors plus perfectibles, à mesure que leur nature est plus élevée et plus spéciale. Les précieux résultats obtenus envers les principales races domestiques ne doivent donner qu'une faible idée des améliorations réservées à l'espèce la plus éminente, quand elle sera systématiquement dirigée, sous sa propre providence.
La Femme. Cette conclusion générale de l'étude de la vitalité achève, mon père, de m'en faire assez comprendre la portée théorique et pratique. Je me sens ainsi préparée à l'étude directe de l'ordre humain, à. laquelle vous réservez notre dernier-entretien sur le dogme positif.
Le Prêtre. Vous pouvez, ma fille, utilement résumer, sous le principal aspect philosophique, l'ensemble de cette conférence, d'après le simple contraste que vous avez dû remarquer, dans notre tableau encyclopédique, entre les deux divisions, liistorique et dogmatique, de la philosophie positive.
lO-'l CATÉGHISMIi POSITIVISTE.
La première, qui convient 'i toute initiation théorique . individuelle ou collective , rapproche la biologie de la cosmologie : l'autre , qui représente notre état final, la combine, au contraire, avec la sociologie. Cette opposition fait nettement ressortir le principal caractère de l'ordre vital, comme lien naturel entre l'ordre extérieur et l'ordre humain.
QUATRIÈME La Femme, Avant d'aborder le meilleur domaine
EMllKTIEN. théorique, je dois, mon père, vous soumettre un
scrupule général résulté des objections métaphysiques
IlllDlii. ilMl\I\, . * ^ ^
(lue j ai souvent entendu faire contre cette extension
(l'itiHUd sociiil , nuis mm il, décisive du dogme positif. Tout assujettissement du
monde moral et social à des lois invariables, comparables à celles de la vitalité et de la matérialité . est maintenant représenté, par certains raisonneurs , comme incompatible avec la liberté de l'homme. Quoique ces objections m'aient toujours paru purement sophistiques, je n'ai jamais su les dissiper chez les esprits, trop nombreux encore , qui laissent entraver ainsi leur marche spontanée vers le positivisme.
Le Prêtre. 11 est aisé , ma fille , de surmonter cet embarras préliminaire , en caractérisant directement la vraie liberté.
Loin d'être aucunement incompatible avec l'ordre réel, elle consiste partout à suivre sans obstacles les lois propres au cas correspondant. Quand un corps
PREMIÈRE PARTlli. 105
tombe, sa iliberté se manifeste en cheminant, selon sa nature, vers le centre de la terre, avec une vitesse proportionnelle au temps, à moins que l'interposition d'un lluide ne niodilie sa spontanéité. De même, dans l'ordre vital, chaque fonction, végétative ou animale, est déclarée libre, si elle s'accomplit conformément aux lois correspondantes , sans aucun empêchement extérieur ou intérieur. Notre existenc(^ intellectuelle et morale comporte toujours une équivalente appréciation qui, directement iucontestaMe envers l'activité, devient dès lors nécessaire pour son moteur alfectif et son guide rationnel.
Si la liberté humaine consistait à ne suivre aucime loi, elle serait encore plus immorale qu'absurde, comme rendant impossible un régime quelconque, individuel ou collectif. Notre intelligence manifeste sa plus grande liberté quand elle devient, suivant sa destination normale, un miroir fidèle de l'ordre extérieur, malgré les impulsions physiques ou morales ijui tendraient ii la troubler. Aucun esprit ne peut refuser son assentiment aux démonstrations qu'il a comprises. Mais, en outre, chacun est incapable de rejeter les opinions assez accréditées autour de lui. même quand il ignore leurs vrais fondements, à moins (|u'd ne soit préoccupé d'une croyance contraire. On peut défier, par exemple, les plus orgueilleux métaphysiciens de nier le mouvement <!;• ia terre, ou des
106 CATÉrHlSME POSITIVISTE.
doctrines encore plus modernes, quoiqu'ils n'en connaissent aucunement les preuves scientifiques. Il en est de même dans l'ordre moral , qui deviendrait contradictoire si chaque âme pouvait, à son gré, haïr quand il faut aimer, ou réciproquement. La volonté comporte une liberté semblable à celle de l'intelligenco, lorsque nos bons penchants acquièrent assez d'ascendant pour rendre Timpulsion afTective conforme à sa vraie destination, en surmontant les moteurs contraires.
Ainsi, la liberté véritable se trouve partout inhérente et subordonnée à l'ordre , tant humain qu'extérieur. Mais, à mesure que les phénomènes se compliquent, ils deviennent plus susceptibles de perturbation, et l'état normal y suppose plus d'efforts, que d'ailleurs y permet une plus grande aptitude aux modifications systématiques. Notre meilleure liberté consiste donc à faire, autant que possible, prévaloir les bons penchants sur les mauvais; et c'est aussi là que notre empire a le plus d'étendue, pourvu que notre intervention s'y conforme toujours aux lois fondamentales de l'ordre universel.
La doctrine métaphysique sur la prétendue liberté morale doit être historiquement regardée comme un résultat passager de l'anarchie moderne. Car, elle est directement destinée à consacrer l'individualisme absolu, vers lequel tendit de plus en plus la révolte