PREMIÈRE PARTIE. lOO
par la cerlilutle de retrouver en moi-mênie la confirmation d'une doctrine directement émanée de notre nature.
Le Prêlre. Il vous sutDt, en eft'et, ma fille, de vous examiner attentivement pour reconnaître aussitôt la constitution nécessaire de l'ordre social. Car. afin de représenter l'existence générale de l'Humanité, elle doit ofl'rir une combinaison décisive de tous nos attriliuts essentiels. Quoique votre propre existence vouB les montre confusément, elle vous les fait assez sentir pour que vous puissiez mieux saisir leur harmonie fondamentale . quand des organes collectifs permettent à chacun d'eux un essor pleinement caractéristique.
Concevez donc le Grand-Être comme étant, de la même manière que vous, mais à un degré plus prononce, dirigé par le sentim'ent, éclairé par l'inteUigence, et soutenu par l'activité. De là résultent les trois éléments essentiels de l'ordre social, le sexe affectif, la classe contemplative, c'est-à-dire le sacerdoce, et la force pratique. Ils sont ainsi rangés suivant leur dignité décroissante, mais aussi d'après leur indépendance croissante. Le dernier constitue donc la base nécessaire de toute l'économie du Grand- Ktre, selon la loi fondamentale, devenue pour vous familière, qui partout subordonne les plus nobles attributs aux plus grossiers.
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En effet, les besoins continus résultés de notre constitution corporelle imposent à rilumanité une activité matérielle qui domine l'ensemble de son existence. Ne pouvant se développer que par une coopération croissante, cette activité, principal stimulant de notre intelligence, fournit surtout à notre sociabilité sa plus puissante excitation. Elle y subordonne de plus en plus la solidarité à la continuité , où réside le plus décisif comme le plus noble de tous les attributs du Grand-Être. Car, les résultats matériels de la coopération humaine dépendent davantage du concours des générations successives que de celui des familles coexistantes. Loin d'être radicalement défavorable à l'essor intellectuel et moral, cette prépondérance continue de la vie pratique doit donc fournir la meilleure garantie de notre unité, en procuraîit à l'esprit et au cœur une direction déterminée et une destination progressive. Sans cette impulsion universelle, nos meilleures dispositions mentales, et même morales, dégénéreraient bientôt en tendances vagues et incohérentes, qui n'aboutiraient à aucun progrès, privé ou public.
Toutefois, la source, nécessairement personnelle, d'une telle activité doit d'abord lui imprimer un caractère profondément égoïste, que peut seule rendre altruiste la transformation graduelle résultée de l'essor collectif. C'est pourquoi la constitution gêné-
PREMIÈRE PARTlli, I il
raie de l'ordre social ne serait point assez appréciée si l'on n'y décomposait pas la classe active en deux éléments toujours distincts et souvent opposés. Ils doivent spécialement développer, l'un l'impulsion pratique, avec la personnalité que suppose sa principale énergie, l'autre la réaction sociale qui l'ennoblit de plus en plus.
Pour cette décomposition indispensable , il suffit de diviser la force active en concentrée et dispersée, suivant qu'elle résulte de la richesse ou du nombre.
Quoique la première ne puisse être qu'indirecte, elle prévaut ordinairement, et même de plus en plus, comme représentant la continuité, tandis que la seconde correspond à la solidarité. Car, les trésors matériels que l'Humanité confie aux riches proviennent surtout d'une longue accumulation antérieure, malgré le besoin permanent de la rénovation partielle qu'exige leur consommation nécessaire, loute forte impulsion pratique émane donc du patriciat où résident ces puissants réservoirs nutritifs, dont la principale ellicacité sociale résulte de leur concentration personnelle. C'est ainsi que la propriété matérielle est directement consacrée par la religion positive, comme la condition fondamentale de notre activité continue, et dès lors la base indirecte de nos plus éminents progrès.
Le second élément pratique , sans lequel le pre-
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oiier deviendrait illusoire, consiste dans le prolétariat, qui constitue le fond nécessaire de toute population. Ne pouvant acquérir d'influence sociale que par l'union, il tend directement à développer nos meilleurs iitôtincts. Sa propre situation attire sans cesse son attention principale vers les règles morales d'mie économie dont il supporte spécialement les perturbations Naturellement dégagé delà grave responsabilité et des préoccupations d'esprit qu'entraîne habituellement une autorité quelconque, théorique ou pratique, il devient très-propre à rappeler spontanément le sacerdoce et le patriciat h leur destination sociale.
La Femme. Je crois, mon père, que cette réaction continue de la classe active n'est pas moins indispensable pour contenir ou compenser, chez les femmes, l'exagération du sentiment. Étranger à la vie pratique, mon sexe se trouve disposé souvent à méconnaître ou négliger les grossières conditions qu'elle impose. 31ais le sentiment qui le domine peut toujours les lui faire accepter dignement, afin de réaliser le bien auquel il aspire naturellement; quand cette impulsion nécessaire nous conduit à les apprécier assez.
Le Prêtre. Vous avez ainsi , ma fille , achevé spontanément de comprendre le grand (^ice social qui caractérise le prolétariat. «Car, si l'influence affective