PREMIÈRE PARTIE
peut elle-même oublier sa vraie destination en se préoccupant trop des besoins qui lui sont propres, ce danger doit se développer davantage chez la puissance spéculative et le pouvoir actif, dont l'attention est habituellement absorbée par des efforts spéciaux. La providence mcrale des femmes, la providence intellectuelle du sacerdoce, et la providence matérielle dii patriciat, ont donc besoin d'être complétées par la providence générale émanée du prolétariat, pour constituer l'admirable ensemble de la providence humaine. Toutes nos forces peuvent ainsi tendre toujours, chacune selon sa nature, à la conservation et au perfectionnement du Grand-Être.
Cette conception générale de notre constitution sociale suffit pour en caractériser les trois éléments nécessaires. Rangés suivant leur aptitude décroissante à représenter naturellement l'Humanité, ils suivent le même ordre dans leur prépondérance successive envers chaque initiation complète. La providence féminine , qui doit toujours dominer notre essor moral . nous dispose d'abord à sentir la continuité et la solidarité , en dirigeant l'éducation spontanée qui s'accomplit au sein de la famille. Ensuite la providence sacerdotale nous fait systématiquement apprécier la nature et la destinée du Grand-Être , en nous révélant graduellement l'ensemble de l'ordre réel. Nous tombons enfin sous
114 CATÈCHlSMi: POSITlMSTi:.
la prépoudérauce directe et perpétuelle de la providence matérielle , qui nous initie à la vie pratique, dont les réactions alTeclives et spéculatives complètent notre préparation.
Une coïncidence spontanée entre la plénitude de notre développement personnel , tant cérébral que corporel , et raclièvenient ordinaire de notre initiation sociale constitue ainsi notre maturité réelle. Alors commence notre seconde vie, essentiellement d'action , succédant à l'ensemble des préparations qui nous rendent propres à bien servir le Grand- Èlre. Celte nouvelle existence objective , quoique ordinairement plus courte que la première, est seule décisive pour procurer à chaque chef de famille l'existence subjective qui l'incorporera convenablement h l'Humanité.
Afin de mieux comprendre la constitution sociale, il faut apprécier séparément ses cieux éléments les plus spéciaux, formant seuls des classes proprement dites , le sacerdoce qui conseille et le patriciat qui commande. Là se conservent et s'accroissent respectivement les trésors spirituels et les trésors matériels de l'Humanité , pour être convenablement distribués, suivant leurs lois naturelles, à tous ses serviteurs.
De la classe théorique émane d'abord l'éducation systématique, et ensuite l'influence consultative sur
PREMIÈRK PARTIE. 115
toute la vie réelle , afin d'y ramener chaque activité partielle à l'iiarmonie générale, qu'elle nous dispose à méconnaître. L'admirable institution du langage humain , quoique toujours résultée d'une coopération universelle , devient le patrimoine spécial du sacerdoce, comme dépôt spontané de la religion, et principal instrument de son exercice. Naturellement impérissables , les biens spirituels peuvent simultanément servir à tous sans s'épuiser jamais ; en sorte que leur conservation n'exige aucune répartition , et constitue une simple annexe de chaque existence sacerdotale. Éminemment synthétique et social, le langage consolide et développe la subordination naturelle de l'ordre humain à l'ordre extérieur. Il augmente aussi notre liaison mutuelle, surtout en instituant une intime connexitc entre la sagesse systématique et la raison commune.
La destination personnelle et l'instabilité naturelle des produits matériels imposent de timt autres lois à leur conservation et à leur usage. Outre la sollicitu ;e collective du patriciat, assistée par une surveillance universelle, ils exigent une possession individuelle, sans laquelle leur concentration normale deviendrait illusoire, ou plutôt impossible. Cette appropriation personnelle , première base de la providence matérielle , ne peut acquérir assez de cousis-
116 CAÏÉGHISMJi POSITIVISTE.
tance qu'en s'appuyant sur le sol, siège naturel et source nécessaire de toute production pratique. Ainsi se forment spontanément , à travers les siècles, les réservoirs nutritifs de l'Humanité, qui doivent partout ranimer sans cesse l'existence matérielle, tandis que leurs gardiens dirigent les travaux qu'exige leur renouvellement continu.
Ce principal oflice des patriciens consiste à remplacer, chez chaque organe social, les matériaux qu'il consomme toujours, comme provisions pour sa subsistance ou instruments pour sa fonction. Le salaire n'a jamais d'autre iniluence normale, à quelque classe qu'il s'applique. En effet, le travail humain , c'est-à-dire la réaction utile de l'homme contre sa destinée, ne peut être que gratuit, parce qu'il ne comporte ni n'exige aucun payement proprement dit. Une véritable équivalence ne saurait exister qu'entre les matériaux du travail , et non entre ses attributs essentiels. Toujours reconnue envers le sexe affectif et la classe contemplative, même envers le pouvoir pratique qui salarie tous les autres , cette gratuité nécessaire de tout oflice humain ne reste douteuse qu'envers le prolétariat , c'est-à-dire chez ceux qui reçoivent le moins. Une telle contradiction indique assez la source historique de cette anomalie, essentiellement due, non à l'infériorité des opérations correspondantes, mais à la