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par le cœur et complétée par l'esprit, quoique tous deux y participent toujours.
La première phase, qui s'étend jusqu'à la puberté, doit être divisée en deux autres d'égale durée, que sépare la dentition normale. Jusqu'à ce terme, la mère dirige seule une éducation entièrement spontanée ., à la fois physique, intellectuelle, et morale. Quoique le développement corporel y doive prévaloir, le cœur y prend bientôt une part décisive, qui se fera sentir pendant toute l'existence. L'essor des affections domestiques y conduit déjà l'enfant à la première ébauche du culte positif, par l'adoration <le sa mère, qui lui représente nécessairement l'Humanité, dont la prépondérance distincte lui devient pourtant appréciable d'après l'institution du langage. En même temps, l'esprit recueille empiriquement des notions de tous genres, qui fourniront ensuite les matériaux de la vraie systématisation. Si Ion utilise assez ces exercices naturels des sens et des muscles, sans altérer jamais leur spontanéité, la vie spéculative et la vie active se trouveront heureusi-ment ébauchées, en se subordonnant toujours à la vie affective. Mais la mère peut seule combiner dignement ces trois aspects. Elle invitera l'enfant, surtout patricien, à l'accomplissement ha])ituel de quelques opérations matérielles, afin qu'il apprécie mieux la diificulté de conduire le moindre travail
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jusquù sa ilcstiualion usuelle, et qu'il sympathise davanlage avec les classes correspondantes. Ces exercices rendront l'esprit plus précis et plus nel, conime le co'ur plus tendre et plus liunihle.
Depuis la denlilion jusqu'à la puberté, l'éducation domestique commence l\ se systématiser , par I introduction graduelle d'une suite d'études régulières. jNéannioins, elle reste toujours dirigée par la mère, qui peut aisément guider des travaux purement esthétiques, quand elle-même a convenablement reçu l'éducation universelle. Jusqu'alors, on a dû soigneusement interdire toute élude proprement dite, même de lecture et d'écriture, sauf les acquisitions vraiment spontanées. Mais ici naît l'habitude du travail intellectuel, par l'essor réglé des facultés d'expression, dont la culture convient éminemment à cette seconde enfance. Une telle étude , essentiellement exempte de préceptes quelconques, consiste seulement en exercices esthétiques, où les lectures poétiques sont sagement combinées avec le chant et le dessin. Tandis que l'essor moral s'y continue spontanément, le culte s'y développe bientôt, à mesure que l'enfant acquiert de nouveaux moyens pour mieux exprimer ses affections. Il doit, en eifet, résumer l'ensemble de ses exercices par un chant et un portrait consacrés à sa mère. En même temps, il acquiert un sentiment plus complet de l'Humanité,
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en so familiarisant avec les principaux chefs-d'œuvre (le iGus les arts ; pourvu qu'aucun mélange de productions médiocres n'altère à. la fois son goût et sa moralité.
La Femme. Ces deux âges de l'éducation domestique ne me font éprouver, mon père, de dilficuJtés sérieuses qu'envers la religion. Quoiqu'on puisse alors y disposer beaucoup l'enfant par le cœur, on ne saurait tenter de lui rien enseigner dogmatiquement, faute des bases scientifiques, réservées à sa dernière préparation. Ou ne peut cependant éviter qu'il s'en occupe et s'en informe.
Le Prêlre. Rappelez-vous, ma fdle, que chaque évolution individuelle doit spontanément reproduire toutes les phases essentielles de l'initiation collective. Vous concevrez ainsi qu'il faut, à cet égard, laisser lenfaut suivre Ubremenl les lois générales de notre essor intellectuel. Il sera naturejlement félichisle jusqu'i» la deutition, et puis polythéiste jusqu'à la puberté. Ces deux états philosophiques le disposeront, comme l'espèce, à mieux développer dabord l'esprit d'observation, ensuite lesfacultés esthétiques.
Quant aux questions qu'il pourra soumettre à ses parents, s'il s'aperçoit qu'ils pensent autrement que lui^ le caractère profondément rclalif tlu positivisme leur permettra toujours d'y répondre sans hypocrisie. Il leur suffira de lui déclarer loyalement que
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ses opinions actuelles sont celles qui conviennent à son âge , mais en Taverllssant qu'il en changera i)ientôt, suivant la loi qu'eux-mêmes subirent jadis. J<:n lui faisant remarquer qu'il a déjà passé spontanément du fétichisme au polythéisme, il croira sans peine à de nouvelles transformations, qu'on ne doit pas d'ailleurs hâter artificiellement. Son esprit se trouve ainsi détourné de l'absolu , tandis que son cœur sympathise mieux avec les populations qui représentent ces états préliminaires.
La Femme. Un tel éclaircissement me permet, mon père, de passer à l'appréciation de l'éducation systématique. Quoiqu'elle doive être toujours dirigée par le sacerdoce, l'ascendant continu que le positivisme accorde au cœur sur l'esprit m'annonce déj;\ qu'elle ne soustraira jamais l'adolescent à ses relations de famille. Leur réaction journalière lui devient même plus nécessaire lorsque ses préoccupations théoriques vont tendre à le dessécher et l'enorgueillir. .le connais la profonde aversion que vous inspirent nos cloîtres scolastiques, où la corruption se développe encore davantage que la stupidité.
Le Prêtre. C'est, en effet, ma fille, sous la constante surintendance de sa mère que l'adolescent, après avoir reçu le sacrement de l'initiation, va, chaque semaine, dans l'école annexée au temple
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(le rHuinauilé, entendre, du sacerdoce, une on deux leçons de dogme. Le fruit principal de cet enseignement extérieur dépend d'ailleurs du travail intérieur correspondant. Car la véritable intluence didactique dispose à mieux méditer, au lieu d'en dispenser.
Le plan général de cette élude systématique du dogme positif est naturellement indiqué par la hiérarchie encyclopédique qui caractérise lordriuniversel. A ses sept degrés fondamentaux , correspondent autant d'années du noviciat théorique, en réservant le quart de chacune d'elles pour l'examen et le repos. Le nombre des leçons annuelles se trouve ainsi réduit :\ quarante, avec une seule par semaine, ce qui sulfit à l'étude philosophique de chaque science. Seulement l'étendue et la difîicul(<' spéciales de l'initiation mathématique, dont l'importance théorique prévaudra toujours, exigent deux séances hebdomadaires pendant les deux premières années, où l'apprentissage pratique occupe moins. C'est ainsi que, depuis la géométrie jusqu'à ii morale, chaque adolescent doit systématiquement accomplir, en sept ans, l'ascension objective qui demanda tant de siècles à l'essor spontané de l'humanité.
Pendant cette élaboration théorique , un monothéisme graduellement simplifié lui procure, comme
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à l'espèce, uuc transition générale vers le posilivisnie final. L'uniformité normale du sacerdoce occidental rendra de telles études pleinement conciliables avec les précieux voyages de nos prolétaires. Tandis quelles s'accompliront , le prolongement naturel de la culture esthétique secondera rinduence maternelle pour prévenir ou réparer leur dégénéra tion morale. Bornées d'abord à nos langues vivantes , les lectures poétiques des occidentaux embrasseront alors les sources gréco -romaines de notre essor intellectuel et social, mais toujours sans aucun maître spécial.
Après avoir développé son culte intime , et déjà senti le culte domestique, le fulur citoyen commence directement l'adoration systématique du vrai Grand- Être, dont il peut alors apprécier dignement les principaux bienfaits. L'ensemble de ces préparations conduit le jeune positiviste à mériter le sacrement de l'admission , quand son esprit peut enfin servir la Famille , la Patrie , et l'Humanité , sans que son cœur cesse de les aimer.
La Femme. Pendant cette dernière initiation, la surintendance maternelle me semble , mon père , devoir être gravement préoccupée des déviations passionnées auxquelles l'adolescent se trouve alors expose. Les discours des médecins m'ont souvent effrayée à cet égard . en me faisant craindre que les
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lois naturelles de notre développement corporel ne rendent ces vices ordinairement inévitables. J'aurais besoin de me rassurer spécialement sur un tel danger, où le trouble moral peut d'ailleurs compromettre l'évolution tbéorique.
Le Prêtre. Vous seriez , ma fille , beaucoup moins affectée de ces déclamations doctorales . si vous sentiez assez la profonde incompétence de leurs auteurs. Malgré leur prétention d'étudier lliomme, les médecins, théoriques ou pratiques, sont loin de pouvoir connaître sa nature, surtout parmi les modernes. Car, ils s'y bonient essentiellement à ce que nous avons de commun avec les autres animaux; en sorte qu'ils mériteraient plutôt le titre de vétérinaires , si la culture empirique ne compensait un peu, chez les meilleurs d'entre eux , les vices de l'instruction théorique. Puisque l'homme est le plus indivisible des êtres vivants, quiconque n'étudie point en lui l'âme et le corps, simultanément ne peut s'en former que des notions fausses ou superficielles.
Le matériaUsme académique ne saurait donc prévaloir contre des expériences nombreuses et décisives , pleinement expliquées par la vraie théorie de la nature humaine. Cette prétendue fatalité sexuelle se trouva communément surmontée , pendant l'ensemble du moyen âge . chez tous ceux qui subirent assez la discipUne catholique et chevaleresque. Même au mi-
lieu de l'anarchie moderne, beaucoup d'excinpies individuels constatent encore la possibilité de conserver jusqu'au mariage une véritable pureté. lUie existence laborieuse, et surtout l'essor continu des affections domestiques, suffisent ordinairement pour prévenir de tels dangers , qui ne deviennent vraiment insurmontables que dans des cas très-exceptionnels, trop érigés en types par des docteurs étrangers aux luttes morales. Nos jeunes adeptes seront habitués, dès l'enfance , à regarder le triomphe de la sociabilité sur la personnalité comme la principale destination de l'homme. Ils se prépareront à surmonter uu Jour l'instinct sexuel en luttant, de bonne heure, contre l'instinct nutritif, qui d'ailleurs s'y lie naturellement d'après la contiguïté des organes respectifs Vous savez enfin qu'une profonde tendresse constitua toujours le meilleur préservatif du libertinage. Ainsi, la mère achèvera de garantir son fils contre les vices que vous redoutez , en le disposant à placer dignement les affections personnelles qui doivent ensuite fixer sa destinée domestique , au lieu d'attendre qu'elles surgissent brusquement de con tacts fortuits,
La Femme. Cette précieuse explication ne me laisse , mon père , à désirer , envers l'ensemble de l'éducation positive , d'autre éclaircissement essentiel que sur ce qui concerne spécialement mon sexe. Je
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sens déjà que. pour permettre aux mères de diriger rinitiation domestique, elles-mêmes doivent avoir participé dignement à l'instruction encyclopédique , d'où personne ne doit être exclu, sauf de rares exceptions individuelles. Sans celte pleine universalité , la foi positive ne saurait obtenir l'ascendant systématique qu'exige sa destination sociale. D'ailleurs, la mère ne pourrait assez conserver la surintendance morale de l'éducation humaine si sa propre ignorance l'exposait aux dédains mal déguisés d'un (ils souvent gonflé d'orgueil théorique. Mais je doute néanmoins que les femmes doivent suivre les mêmes études que les hommes et sous les mêmes maîtres, quoique avec des leçons séparées.
Le Prêtre. Le grand Molière vous répond d'avance, ma fille , en prescrivant à votre sexe des clartés de tout. Car, notre instruction encyclopédique n'a point, en effet, d'autre but. Elle est entièrement dégagée du caractère spécial qui vous répugne justement dans les études actuelles, aussi peu convenables, d'ordinaire, aux hommes qu'aux femmes. De ce fonds commun , chaque praticien ou théoricien doit ensuite tirer spontanément les développements propres à sa destination, sans avoir ordinairement besoin d'aucun enseignement particulier, à moins quil n'ait mal subi l'initiation universelle
Notre plan général du noviciat systématique ne
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comporte réellement , envers votre sexe, d'autre réduction que celle du doublement hebdomadaire qui distingue ses deux premières années. Dispensées de la vie active, les femmes doivent se borner, en mathématique, à une étude plutôt logi{p.ie que scientifique , à laquelle suffit une seule leçon par semaine , comme dans tout le reste du cours septenuaire. Cette simplification exige seulement plus d'efforts philosophiques chez le professeur.
Quant à la diversité des fonctionnaires , elle tendrait cl discréditer également les maîtres et les élèves. Elle serait d'ailleurs contraire à la nature profondément synthétique qui doit caractériser le sacerdoce positif. Afin de mieux exclure les tendances dispersives, il importe que chaque prêtre enseigne successiveaient les sept degrés encyclopédiques. De là doit résulter, en outre , le précieux avantage social de développer, pendant cette longue initiation , des relations continues avec les mêiaes élèves, qui lui seront ainsi redev;ibles de toute leur instruction théorique. Une telle permanence facilitera beaucoup l'action ultérieure de uofre sacerdoce sui l'ensemble de la vie réelle.
Or, des motifs semblables exigent aussi qu€ les deux sexes puisent aux mêmes sources leur iuitiatiou systématique. Si le Grand -Prêtre de l'Humanité ne change pas trop les résidences sacerdotales , tous les