‹ Catéchisme positiviste, ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 83 sur 115 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Lb Femme. Je suis heureuse , mon père , de voir ainsi consacré systématiquement une disposition que je me reprochai quelquefois comme due à l'exagération de mes sentiments. Avant d'être positiviste, je disais souvent : « Quels plaisirs peuvent l'emporter sur ceux du dévouement? » Maintenant je saurai défendre ce saint principe contre les railleries des égoïstes, et peut-être exciter en eux des émotions qui les empêcheront d'en donter.

Le Prêtre. Vous avez, m.a fille, spontanémeut pressenti le principal caractère du positivisme. Il consiste à résumer enfin, dans une même formule, la loi du devoir et celle du bonheur, jusqu'alors proclamées inconciliables par toutes les doctrines, quoique l'instinct public aspircàt toujours à les combiner. Leur concordance nécessaire résulte directement de l'existence naturelle des inclinations bienveillantes, scientifiquement démontrée, au siècle dernier, d'après l'ensemble des animaux, où les parts respectives du cœur et de l'esprit sont mieux appréciables.

Outre que notre harmonie morale repose exclusivement sur l'altruisme, il peut seul nous procurer aussi la plus grande intensité de vie. Ces êtres dégradés, qui n'aspirent aujourd'hui qu'i\ vivre, seraient tentés de renoncer à leur brutal égoïsme s'ils avalent une fois goûté suffisamment ce que vous apnelez si

bien les phiisirs du dévouement. Ils comprendraient alors que vivre pour autrui fournit le seul moyen de développer librement toute l'existence humaine ; en retendant simullanémcot au présent le plus vaste , au plus antique passe , et même au plus lointain avenir. Les instincts sympathiques comportent seuls un essor inaltérable , parce que chaque individu s'y trouve secondé par tous les autres, qui compriment, au contraire , ses tendances personnelles.

Voilà comment le bonheur coïncidera nécessairement avec le devoir. Sans doute , la belle définition de la vertu, par un moraliste du dix-huitième siècle, comme un effort sur soi-même en faveur des autres, ne cessera jamais d'être applicable. Notre imparfaite nature aura toujours, en effet, besoin d'un véritable effort pour subordonner h la sociabilité cette personnalité qu'excitent continuellement nos conditions d'existence. Mais, quand ce triomphe est enfin obtenu , il tend spontanément , outre la puissance de l'habitude , à se consolider et se développer d'après le charme incomparable inhérent aux émotions et aux actes sympathiques.

On sent alors que le vrai bonheur résulte surtout d'une digne soumission, seule base durable d'une noble et vaste activité- Loin de déplorer l'ensemble des fatalités qui nous dominent, on s'efforce de corroborer l'ordre correspondant eu s'iraposaut des

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