‹ Catéchisme positiviste, ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 82 sur 115 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

On trouverait des pressentiments analogues dans les plus anciennes compositions. Ainsi, le positivisme, en réduisant toute la morale humaine à vivre pour autrui, se borne réellement à systématiser l'instinct universel, après avoir élevé l'esprit théorique jusqu'au point de vue social, inaccessible aux synthèses théologiques ou métaphysiques.

L'ensemble de l'éducation positive, tant intellectuelle qu'affective , nous rendra profondément familière notre entière dépendance envers l'Humanité , de manière à nous faire dignement sentir notre destination nécessaire à son service continu. Dans l'âge préparatoire , incapable d'une utile activité , chacun avoue sa propre impuissance envers ses principaux besoins, dont il reconnaît que la satisfaction habituelle lui vient d'ailleurs. Il s'en croit d'abord redevable à sa seule famille , qui le nourrit , le soigne , l'instruit, etc. 31ais il ne tarde point à distinguer une plus haute providence , dont sa mère n'est envers lui que le ministre spécial et le meilleur représentant. La seule institution du langage suffirait pour la lui révéler. Car une telle conslrucUon surpasse tout pouvoir individuel, et résulte uniquement du concours accumulé de toutes les générations humaines, malgré la diversité des idiomes. D'ailleurs, l'homme le moins doté se sent continuellement redevable à l'Humanité d'une foule d'autres trésors

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matériels, intellectuels, sociaux, et môme moraux. Quand ce sentiment est assez net et vif dans l'âge préparatoire, il peut ensuite résister aux sophismes passionnés que suscite la vie réelle , théorique ou pratique. Nos eflorts habituels tendent alors à nous faire méconnaître la vraie providence , en exagérant notre valeur personnelle. Mais la réflexion peut tou jours dissiper cette ingrate illusion , chez ceux qui furent convenablement élevés Car il leur suflit de remarquer que le succès même de leurs travaux quelconques dépend surtout de l'immense coopération qu'oublie leur aveugle orgueil. L'homme le plus habile et le mieux actif ne peut jamais rendre qu'une minime portion de ce qu'il reçoit. Il continue , comme dans sou enfance , à être nourri , protégé , développé, etc., par l'Humanité. Seulement, ses ministres ont changé , de manière à ne plus être distinctement appréciables. Au lieu de tout recevoir d'elle par l'entremise de ses parents, elle lui transmet alors ses bienfaits d'après une multitude d'agents indirects, dont il ne connaîtra jamais la plupart. Vivre pour autrui devient donc , chez chacun de nous , le devoir continu qui résulte rigoureusement de ce fait irrécusable : vivre par autrui. Tel est , sans aucune exaltation sympathique , le résultat nécessaire d'une exacte appréciation de la réalité, philosophiquement saisie dans son ensemble.

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