‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 100 sur 101 · La Convention · texte numérisé non relu

La Convention

blicaine, que formuler vaguement le programme moderne à travers une métaphysique toujours incapable de rien construire.

. Les tendances profondément subversives que manifesta nécessairement le triomphe politique de cette doctrine négative déterminèrent bientôt une réaction rétrograde. Commencée par Téphémère ascendant d'un déisme sanguinaire, elle se développa surtout d'après la résurrection officielle du catholicisme, sous la tyrannie militaire. Mais les tendances fondamentales de la civilisation moderne y repoussèrent également le théologisme et la guerre. La stimulation sans exemple que reçurent alors tous les instincts égoïstes ne dispensa point l'esprit militaire de fonder son orgie finale sur un recrutement forcé, dont Tadoption universelle annonce la prochaine abolition des armées, remplacées par des forces de police. Aucun des artifices rétrogrades introduits ensuite afin d'empêcher une telle issue n'a pu ranimer davantage le cadavre de la guerre que celui du théologisme, même sous prétexte de progrès, et malgré l'absence des convictions publiques qui devaient flétrir cette conduite. Envers le plus immoral de ces expédients, j'ose ici proclamer les vœux solennels que je forme, au nom des vrais positivistes, pour que les Arabes expulsent énergiquement les Français de l'Algérie, si ceux-ci ne savent pas la leur restituer dignement. Je m'honorerai toujours d'avoir, dans mon enfance, ardemment souhaité le succès de riiéroïque défense des Espagnols ^

1. Au Lycée de Montpellier, à l'âge de dix ou onze ans, Comte souhaita publiquement de voir les Espagnols chasser de leur sol les soldats de Napoléon.

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Cette rétrogradation, à laquelle la guerre avait procuré seule une consistance apparente, se trouva radicalement avortée d'après Tirrévocabie avènement de la ipaix occidentale. Mais l'absence prolongée de toute idoctrine organique conduisit alors Tempirisme métaphysique à tenter d'ériger finalement en solution universelle une vaine imitation du régime parlementaire propre à la transition anglaise. Sa domination officielle, pendant une seule génération, n'y servit réellement qu'à réaliser une déplorable suite d'oscillations entre l'anarchie et la rétrogradation, où l'unique mérite de chaque parti consistait à nous préserver de son rival.

Pendant cette longue fluctuation, qui constatait de plus en plus l'égale impuissance de toutes les doctrines en circulation, le désordre spirituel parvint à son comble, d'après le commun affaissement des convictions antérieures, tant révolutionnaires que rétrogrades. Aucune discipline partielle ne saurait être réelle et durable. Or, le seul principe de la discipline universelle, la prépondérance continue du cœur sur l'esprit, se trouvait de plus en plus discrédité depuis la fin du moyen âge, malgré la sainte résistance des femmes, de moins en moins respectées par le délire occidental. C'est pourquoi, même dans l'évolution scientifique, l'ordre provisoire que Bacon et Descartes avaient tenté d'établir, disparut bientôt sous l'essor empirique des spécialités dispersives, qui repoussaient aveuglément toute règle philosophique. Au lieu de réduire chaque phase encyclopédique à ce qu'exigeait l'avènement de la suivante, on s'efforça de la développer indéfiniment, en l'isolant de pbis en plus d'un ensemble de moins en moins aperçu. Cette tendance devint autant rétrograde

qu'anarchique, en menaçant de détruire jusqu'aux prin j cipaux résultats des travaux antérieurs, sous la domi-il nation croissante des médiocrités académiques. Maiïi l'anarchie et la rétrogradation sont encore plus com-|| plètes dans Tart, dont la nature éminemment synthé i tique repoussait davantage Tempirisme analytique ^ Envers la poésie elle-même, la dégradation est devenue; telle que les lettrés ne peuvent rien apprécier au delè du style, au point de placer souvent de vrais chefs- = d'œuvre au-dessous de compositions non moins mé-' diocres qu'immorales.

La Femme. Dans ce douloureux tableau, dont je ne puis contester l'exactitude, je ne vois pas, mon père, d'où put provenir la solution finale expliquée par ce catéchisme.

Le Prêtre. Elle surgit, ma fille, d'un suffisant accomplissement de l'immense prélude objectif qui, commençant à Thaïes et Pythagore, se poursuivit pendant tout le moyen âge, et ne cessa point d'avancer à travers l'anarchie moderne. Au début de l'explosion française, il ne suffisait encore qu'en cosmologie, d'après le récent avènement de la chimie. Mais l'essor décisif de la biologie, fondée par Bichat et complétée par Gall, acheva bientôt de fournir une base scientifique pour la rénovation totale de l'esprit philosophique. L'ensemble du mouvement positif aboutit alors à l'avènement de la sociologie, qu'annonçait déjà la tentative, immortelle, I quoique avortée, où Condorcet essaya de subordonnen!

1. L'art « est plus sympathique et synthétique que la science » {Pol. Pos,, IV, 51). — Mais Tart contemporain « est empirique et ;j « anarchrque, il se réduit de plus en plus aux difficultés tech- | « niques sans aucune tendance morale. » (Ibid., I, 281.)

Sur la vraie destination de l'art, voir Introduction^ p. xxiii.

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systématiquement Tavenir au passé, au milieu des dis- Dositions les plus antihistoriques.

Sous Tuniverselle prépondérance du point de vue uimain, une synthèse subjective put ainsi construire Nifin une philosophie vraiment inébranlable, qui conduisit à fonder la religion finale, aussitôt que Fessor moral eut complété la rénovation mentale. Dès lors, on admira le moyen âge tout en appréciant mieux l'antiquité. La culture du sentiment fut radicalement conciliée avec celle de Tintelligence et de Factivité.

Tous les nobles cœurs et tous les grands esprits, toujours convergents désormais, conçoivent ainsi terminée la longue et difficile initiation que dut subir l'Humanité, sous l'empire constamment décroissant du théologisme et de la guerre. Le mouvement moderne cesse d'être radicalement disparate. Sa progression positive s'y montre enfin capable de satisfaire à toutes les exigences, intellectuelles et sociales, résultées de sa progression négative, non seulement envers l'avenir, mais aussi quant au présent, dont je n'ai pas dû m'occuper ici. Partout, le relatif succède irrévocablement à l'absolu, et l'altruisme tend à dominer l'égoïsme, tandis qu'une marche systématique remplace une évolution spontanée. En un mot, l'Iîumanité se substitue définitivement à Dieu, sans oublier jamais ses services provisoires.

Voilà, ma très chère fille, la dernière explication que je vous devais sur l'avènement décisif de la religion universelle à laquelle aspirent, depuis tant de siècles, l'Occident et l'Orient. Quoiqu'il soit encore profondément entravé, surtout dans son centre, par les préjugés et les passions qui, sous diverses formes, repoussent toute vraie discipline, son efficacité sera bientôt sentie

des femmes et des prolétaires, principalement au Midi. Mais sa meilleure recommandation doit résulter de Taptitude exclusive du sacerdoce positif à rallier partout les âmes honnêtes et sensées, en acceptant dignement l'ensemble de la succession humaine.

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