‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 99 sur 101 · hnitation de Jésus-Christ · texte numérisé non relu

hnitation de Jésus-Christ

cipline humaine ne coïncide avec le développement spécial des nouvelles forces, spirituelles et temporelles, propres à Tétat final de l'Occident.

La Femme. La phase initiale du double mouvement moderne étant assez caractérisée, je vous prie, mon père, d'apprécier pareillement sa période systématique.

Le Prêtre. Restées auparavant intactes, les doctrines du régime ancien furent alors, ma fille, directement attaquées par des principes purement négatifs. Cette extension de l'anarchie ne fut pas moins indispensable qu'inévitable, afin de manifester le besoin d'une vraie réorganisation, dissimulé sous l'apparence de vie que conservait un système dont toutes les bases sociales se trouvaient irrévocablement détruites. Mais, pour apprécier assez sa destination, il faut diviser une telle période en deux phases, dont la première, commençant avec le xvi^ siècle, se termine à la rétrogradation de la royauté française, coïncidant avec le triomphe de l'aristocratie anglaise. La seconde conduit, un siècle après, jusqu'à l'avènement direct de la crise révolutionnaire dont l'Occident subit encore, après deux générations, les déplorables vicissitudes.

Cette distinction nécessaire résulte surtout de la systématisation croissante qu'éprouve la doctrine négative, qui d'abord semble compatible avec les conditions fondamentales du régime théologique, tandis qu'elle leur devient ensuite évidemment contraire. On doit caractériser ces deux degrés successifs du mouvement négatif parles qualifications respectives de protestant et déiste. Malgré l'infinie diversité des sectes protestantes,leur commune adliésion à la révélation chrétienne suffit pour les séparer toutes de l'émancipation plus avancée qui caractérise le déisme.

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Dès le début de la seconde phase moderne, la doctrine négative pose directement son principe anarchique, en proclamant l'individualisme absolu, par cela même qu'elle attribue à chacun, sans aucune condition de compétence, la décision des questions quelconques. Alors toute autorité spirituelle se touve radicalement dissoute. Les vivants s'insurgent complètement contre les morts, comme le témoigne une aveugle réprobation envers l'ensemble du moyen âge, mal compensée par une irrationnelle admiration de Tantiquité. Ainsi s'aggrave, sous l'impulsion protestante, la fatale rupture que le catholicisme introduisit dans la continuité humaine.

La Femme. Permettez, mon père, que je vous interrompe un moment pour vous témoigner la profonde répugnance que m'inspira toujours le protestantisme, qui prétendit réformer le monothéisme occidental en le dépouillant de ses meilleures institutions. Il supprime ainsi le dogme du purgatoire, le culte de la Vierge et des Saints, le régime de la confession, et dénature le mystérieux sacrement qui fournissait aux cœurs occidentaux un sublime résumé de toute leur religion. Aussi mon sexe, qui jadis avait tant secondé l'essor catholique, resta-t-il essentiellement passif dans une réformation où sa tendresse repoussée ne trouvait d'autre dédommagement que l'autorisation de commenter des livres inintelligible et dangereux. Le protestantisme aurait profondément altéré l'institution du mariage occidental en rétablissant le divorce, si les mœurs modernes n'eussent toujours repoussé spontanément une telle rétrogradation, là même où elle prévalut officiellement.

Le Prêtre. Vos justes répugnances expliquent spon-

tanément, ma fille, Tintime discordance de TOccident envers une doctrine purement négative, qui bientôt divisa les nations, les cités, et jusqu'aux familles. Il faut pourtant que son succès partiel ait alors satisfait d'importants besoins, intellectuels et sociaux. Malgré son caractère anarchique, le principe protestant seconda d'abord Tessor scientifique et le développement industriel, en stimulant les efforts personnels et brisant des règles oppressives. On lui -doit les deux révolutions préliminaires dirigées, en Hollande, contre la tyrannie extérieure, et, en Angleterre, vers la régénération intérieure. Quoique la seconde, trop prématurée, dût avorter finalement, elle indiqua déjà, sous l'admirable dictature de Cromwell, la tendance nécessaire du mouvement occidental.

Alors les besoins, également impérieux, de l'ordre et du progrès devinrent profondément inconciliables, et les occidentaux se partagèrent suivant qu'ils sentaient davantage les uns ou les autres. L'oppression générale était imminente si le protestantisme n'avait pu nulle part prévaloir, parce qu'un clergé rétrograde éveillait partout la sollicitude des anciens pouvoirs contre un mouvement dont la tendance n'était plus équivoque. Mais il faut se féliciter davantage que la majeure partie de l'Occident ait été préservée de l'ascendant protestant. Car, son universalité, qu'on eût généralement regardée comme l'issue normale de la commune révolution, aurait partout dissimulé profondément toutes les conditions essentielles de la régénération humaine, en proclamant l'éternelle confusion des deux pouvoirs. Par cette double appréciation, on se trouve conduit à sympathiser également avec les grandes âmes qui luttèrent dignement dans cette im-

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mense conflit, préambule nécessaire d'une vraie rénovation.

Malgré les entraves résultées de l'agitation protestante, la seconde phase moderne compléta la dictature temporelle émanée de la première. Son essor coïncide avec la formation des grandes nationalités, provisoirement résultées de la rupture du lien occidental propre au moyen âge. Mais cette anomalie politique n'offre réellement une haute efficacité sociale, d'ailleurs nécessairement passagère, qu'envers la population centrale. De plus en plus investie, depuis Charlemagne, de la direction générale du mouvement occidental, la France avait besoin de constituer une puissance très compacte, assez étendue pour imprimer une impulsion décisive et surmonter toute agression rétrograde. Partout ailleurs, une telle concentration ne devint qu'une aveugle et dangereuse imitation de cette politique exceptionnelle.

Dans cette seconde phase, la progression positive développa surtout son caractère scientifique et sa tendance philosophique. La cosmologie prend un essor décisif en établissant la doctrine du mouvement de la Terre, bientôt complétée par la systématisation de la géométrie céleste et la fondation de la mécanique céleste. Alors l'esprit scientifique devient radicalement inconciliable avec tout esprit théologique ou métaphysique. La tendance directe vers une philosophie pleinement positive se caractérise ouvertement, sous la double impulsion de Bacon et Descartes, qui signale déjà la préparation qu'exige une telle synthèse. Pendant ce mouvement décisif, Fart général et les arts spéciaux poursuivent dignement l'évolution que la phase précédente dut au moyen âge. Malgré l'absence

(le direction philosophique et de destination socialf»^ la poésie occidentale produisit, en cinq siècles, plus de vrais chefs-d'œuvre que n'en fournit toute Tantiquité. Quant à Tessor industriel, son extension devient alors l'objet croissant des sollicitudes publiques, quoiqu'elles la subordonnent encore à des intentions guerrières. Mais il manifeste déjà la tendance des entrepreneurs à se séparer des travailleurs, pour s'agrégor à Taristocratie régénérée.

La Femme. Je voudrais, mon père, concevoir maintenant le caractère et la destination de la dernière phase moderne.

Le Prêtre. Elle fut nécessitée, ma fille, par le résultat général de la précédente. Renonçant à toute prépondérance universelle, le protestantisme et le catholicisme divisaient irrévocablement TOccident, comme l'ensemble du monde romain se partagea jadis entre le Coran et la Bible. Dans les cas principaux, cette répartition occidentale coïncide naturellement avec la distinction, dès lors plus prononcée, entre les deux modes, aristocratique et monarchique, propres à la dictature temporelle résultée partout de la phase précédente.

Les deux régimes étaient devenus également hostiles à l'émancipation radicale qui les menaçait pareillement. Progressive tant qu'elle eut à surmonter de fortes résistances, la royauté, surtout française, manifesta ses inclinations rétrogrades aussitôt qu'elle ne craignit plus aucune lutte. Dès la seconde moitié du règne de Louis XIV, elle rallia graduellement tous les débris de l'ordre ancien, pour contenir de concert.un mouvement social qu'elle dut juger purement anarchique. Mais la dictature aristocratique et protestante

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devint alors, surtout en Angleterre, plus dangereusement hostile au mouvement occidental que la dictature monarchique et catholique, parce qu'elle fut mieux secondée par la population. Le protestantisme, qui, tant qu'il dut lutter, favorisa la liberté, s'efforça de comprimer Témancipation aussitôt qu'il prévalut officiellement, suivant la tendance de toute doctrine qui repousse la division des deux pouvoirs humains. Il établit, en Angleterre, un système universel d'hypocrisie, plus habile et plus nuisible que celui qu'il reprochait au jésuitisme, dernier mode du catholicisme expirant. Mais la principale corruption émanée d'un tel régime consista dans le plein développement du système d'égoïsme national que Venise avait pu seulement ébaucher, et qui, trop accueilli par toute la population britannique, tendit à l'isoler de l'Occident.

Une telle situation rendit indispensable autant qu'inévitable l'explosion négative qui caractérise le XVIII® siècle, et sans laquelle on ne pouvait élaborer, ni même concevoir, une vraie réorganisation. Les dogmes critiques, surgis d'abord de leur principe fondamental sous les deux révolutions protestantes, étaient déjà suffisamment coordonnés par les successeurs métaphysiques de Bacon et Descartes. Ils furent alors propagés universellement d'après les efforts assidus d'une classe auparavant subalterne, les littérateurs proprement dits, remplaçant ainsi les docteurs dans la direction du mouvement révolutionnaire, où les avocats se substituèrent bientôtauxjuges. Deux générations épuisèrent l'ascendant préalable de ces écoles inconséquentes, qui voulurent détruire l'autel en conservant le trône, ou réciproquement. Mais le xviu® siècle ne sera jamais représenté philosophiquement par de purs

démolisseurs, comme Voltaire et Rousseau, presque! oubliés aujourd'hui. Sa grande école, celle de Diderot et Hume, que Fontenelle prépare et Condorcet complète, n'embrasse Tensemble de la destruction qu'afin de concevoir autant que possible la régénération finale, dont le Grand Frédéric fut le précurseur pratique. Car, dès lors, les esprits sans portée pouvaient seuls espérer de suffire aux besoins de la rénovation moderne par des modifications quelconques du régime ancien.

Pendant cette phase finale, le mouvement positif compléta la cosmologie en fondant la chimie. Cet essor décisif termine les services de l'esprit analytique et du régime académique, dont l'aveugie prépondérance devint aussitôt un obstacle croissant à des travaux qui devaient être essentiellement synthétiques. Dans la progression industrielle, on voit alors la clas»e des banquiers tendre directement vers son ascendant naturel, qui peut seul systématiser l'activité matérielle. En même temps, la guerre se met au service du travail, à l'occasion des luttes coloniales. L'extension décisive des machines achève de caractériser l'industrie moderne. Mais elle développe aussi la déplorable désertion des entrepreneurs envers les conditions sociales propres aux travailleurs, de plus en plus exploités au lieu d'être gouvernés.

On conçoit ainsi le caractère nécessairement orageux de l'immense crise à laquelle aboutit Tensemble des cinq siècles qui nous séparent du moyen âge. 11 résulte d'une fatale discordance entre les deux progressions qui composent le mouvement occidental, où l'essor positif était incapable de satisfaire aux exigences organiques résultées de l'essor négatif. Tandis que celui-ci

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détruisait toutes les vues d'ensemble, celui-là n'y pouvait encore substituer que des conceptions de détail. La présidence de la régénération moderne, lors de sa principale difficulté, se trouvait échue à la classe la plus incapable, celle des purs écrivains, qui n'aspiraient qu'à la pédantocratie métaphysique rêvée par leurs maîtres grecs, pour concentrer chez eux tous les pouvoirs.

La Femme. Quoique cette indication m'explique assez l'ensemble de la crise révolutionnaire, je voudrais, mon père, connaître sommairement sa marche générale, afin de bien apprécier son état actuel, dernier objet de cet entretien final.

Le Prêtre. 11 y faut, ma fille, remarquer d'abord l'abolition nécessaire de la royauté française, où s'était condensé tout le régime décomposé. Les funérailles de Louis XIV permettaient déjà de la prévoir, si dès lors une véritable théorie historique les eût assez interprétées comme annonçant à la fois l'irréparable dégénération du gouvernement et l'antipathie radicale du peuple.

Après quelques années d'hésitation métaphysique, une secousse décisive renversa pour toujours cette institution rétrograde, dernier vestige du régime des castes, suivant la consécration thëocratique que lui conféra la servilité du clergé moderne. Mais la glorieuse assemblée ^ seule populaire en France, qui dut ainsi préluder à la régénération sociale, ne pouvait suppléer aux lacunes intellectuelles du mouvement occidental. Dépourvue de toute doctrine vraiment organique, elle ne put, en dirigeant héroïquement la défense répu-

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