OBDRE HUMAIN, D ABORD SOCIAL, PUIS MORAL
(tiques. La science constitue toujours un simple prolonjcrement de la commune sagesse. Jamais elle ne crée réellement aucune doctrine essentielle. Les théories se bornent à généraliser et à coordonner les aperçus empiriques de la raison universelle, afin de leur procurer une consistance et un développement qu'ils ne pourraient autrement acquérir. Une telle connexité convient davantage aux études morales, qui, quoique ne pouvant être systématisées qu'en dernier lieu, d'après leur complication supérieure, fournirent toujours, en vertu de leur importance prépondérante, le principal aliment des méditations communes, surtout féminines. De cette culture empirique surgirent bientôt des notions précieuses, malgré leur incohérence, qui ne furent jusqu'ici dédaignées par le génie systématique que faute de pouvoir les représenter assez dans ses théories théologiques ou métaphysiques. C'est à l'esprit positif, seul susceptible d'embrasser le point de vue social, qu'il était réservé de les généraliser et de les coordonner, après avoir fondé la dernière science préliminaire. Mais son aptitude à les systématiser lui permettant de les apprécier dignement malgré les préjugés philosophiques, il put d'abord les utiliser assez pour construire enfin la sociologie. Si vous examinez comment la connaissance de la nature humaine est habituellement employée en sociologie, vous reconnaîtrez bientôt qu'on n'y fait vraiment usage que de cette étude spontanée, beaucoup plus réelle que toutes les spéculations morales des philosophes antérieurs. Cette ébauche empirique peut suffire, en effet, aux conceptions sur l'existence collective, avant d'avoir encore subi la systématisation que la science finale doit seule lui procurer. La Femme. Une telle explication, mon père, dissipe
eatièrement la confasioa théorique que m*offraien j accessoirement les deux aspects essentiels de rordr<| humain. Mon ignorance m'ayant préservée des dogmeî classiques sur notre nature, j'ai pu mieux apprécier le«j réalité des n<)tions morales employées parla sociologie^ et reconnaître leur coïncidence avec les résultats spontanés dus à la raison commune.
Le Phètre. Pour fonder directement la science finale' il suffit, ma fille, de systématiser convenablement la décomposition que cette sagesse universelle aperçut bientôt dans Tensemble de Texistence humaine, en y distinguant le sentiment, Tintelligence et Factivité. Appréciable, sous diverses formes, chez les plus anciens poètes, cette analyse fondamentale s'y trouve complétée empiriquement parla division générale de nos penchants en personnels et sociaux. Quoique les théories théologiques, et surtout métaphysiques, fussent spécialement incapables de représenter cette dernière notion, son évidence spontanée surmonta toujours les sophismes philosophiques chez les esprits non cultivés. Tel est le domaine naturel dont la systématisation et le développement constituent la destination essentielle de la science morale. Les autres théories réelles consistent aussi toujours à déterminer surtout les lois générales des phénomènes les plus vulgaires; comme la chimie, par exemple, envers la combustion et la fermentation.
Quoique la science morale ne pût être assez abordée par aucune théologie, il faut dignement remarquer la tentative initiale du vrai fondaeur du catholicisme pour satisfaire aux besoins systématiques émanés du nouvel enseignement religieux. Le grand saint Paul, en construisant sa doctrine générale de la lutte permanente entre la nature et la grâce, ébaucha réellement, à sa