‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 62 sur 101 · Voir note, p · texte numérisé non relu

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La Femme. Contrairement à ma précédente remarque, je suis surprise, mon père, de voir le langage figurer distinctement au tableau cérébral, au lieu d'être regardé comme un produit de Tensemble des fonctions intellectuelles.

Le Prêtre. Votre erreur tient, ma fille, à ce que I vous confondez l'aptitude spéciale à créer des signes I artificiels avec les résultats que détermine sa digne subordination aux autres forces mentales. Malgré Tin-i suffisance ordinaire de ses analyses intellectuelles, ! Gall n'hésita jamais à pourvoir le langage d'un organe distinct, sur Texistence duquel l'observation des ani-| maux, des hommes, et des peuples, ne pouvait lui laisser aucun doute. I

Quand il est livré à lui-même, sans aucune disciplind cérébrale, comme on le voit souvent dans les maladiesji et quelquefois en santé, son activité directe ne produit qu'un pur verbiage, que la raison tranforme seule em un vrai discours. En d'autres cas, au contraire, Tato-j nie exceptionnelle de cet organe empêche la transmiM sion des pensées les mieux élaborées. Au reste, il né faut pas confondre, chez les animaux, la fonction propre du langage avec ses instruments vocaux, qui n'y correspondent pas toujours. Chaque espèce supérieure a sa langu'e naturelle, entendue chez toute la race, et même parmi les espèces assez voisines : maifij les moyens physiques de communication restent sou*i vent très imparfaits. Quant au langage actuel des na-j tions civilisées, il constitue, en effet, un résultat trèi complexe de Tensemble du développement humaiflj Toutefois, sa première source réside également daiii l'organe cérébral qui dispose à créer, par des moyens quelconques, des signes artificiels, sans se préoccupteij

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lirectement des communications mentales ou morales ^u'on peut opérer ainsi.

La Femme. Pour compléter cette importante appréciation, je vous prie, mon père, de m'indiquer Tusage général que je dois faire du tableau cérébral quand je 'aurai suffisamment étudié.

Le Prêtre. Il ne peut, ma fille, vous devenir propre l^ue d'après une application continuelle. Les femmes ^'exercent habituellement à démêler, dans nos actions ît nos discours, les sentiments et les pensées qui les nspirent véritablement. Regardez surtout le tableau cérébral comme un moyen général de perfectionner peaucoup cet office féminin. Vous reconnaîtrez souvent |ue Tâme humaine n'est point impénétrable. Le cerveau 3eut ainsi devenir un livre inaltérable, que vous lirez nalgré tous les artifices de la dissimulation. En complétant ces observations individuelles par la compaaison des nations assez distinctes, et même des mimaux aisément appréciables, vous aurez achevé |rotre initiation à la théorie positive de la nature mmaine.

Mais, pour éviter ou corriger des méprises trop aciles, il faut ioujours considérer que la plupart des 'ésultats observables, tant intellectuels que moraux, )roviennent du concours de plusieurs fonctions céré- )rales. Chacune de celles-ci peut être rarement observée seule. Ainsi, votre exploration exigera le plus souvent une analyse^ dont notre tableau vous fournira sans fesse les éléments, que vous combinerez jusqu'à ce [ue cette synthèse représente assez le cas corresponlant. Par exemple, l'envie résulte d'une combinaison ?ntre l'instinct destructeur et l'un quelconque des six utres instincts égoïstes, sous un secret sentiment de

rinfériorité personnelle, tant mentale que morale. Il existe donc six espèces d'envie suivant que son second élément consiste dans la cupidité, ou la luxure, etc.

Le tableau cérébral résume tout ce qu'il y a de vraiment démontré maintenant dans la théorie positive dei la nature humaine. C'est pourquoi le nombre et le sit» des organes intellectuels et moraux s'y trouvent seulsi indiqués, sans rien préciser même sur leur forme ou) leur grandeur. Une étude objective, qui n'est pas en core instituée convenablement, peut seule compléter! cette théorie subjective du cerveau, en déterminant la< constitution propre de chacun d'eux. Mais il ne faut pas attacher trop de prix à ce complément, sans le quel la doctrine cérébrale peut assez accomplir sa priiH cipale destination, comme le prouve ce catéchisme.

La position des organes constitue, en effet, la détep-4 mination la plus importante aussi bien que la plusj difficile. Elle indique aussitôt les influences mutuelleî qui, sans aucune entremise nerveuse, tiennent à simple contiguïté. C'est ainsi qu'on explique aisémeni les relations, autrement inintelligibles, et pourta»^ incontestables, entre l'instinct sexuel et Tinstinct destructeur. L'ordre des organes, surtout affectifs, mesuw leur énergie respective, d'après la loi que vous voyeî inscrite au tableau. Par exemple, entre deux instinçtî consécutifs, on voit ainsi que le penchant à détruir( est naturellement plus fort que le penchant à consj truire. On n'en peut douter en remarquant la pré£é| rence qu'il obtient partout, sans excepter notre espèce quand l'être croit avoir le libre choix des moyens.

Mais le plus noble usage du tableau cérébral com siste à mieux poser le problème humain, rascendaûj de la sociabilité sur la personnalité, comme voujl

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['avez déjà tant senti avant cette explication direcle. Les trois qualités pratiques sont, en elles-mêmes, in- Idifférentes au bien et au mal : elles n'aspirent directement qu'à Faction. Quant aux cinq fonctions intellectuelles, leur vraie destination consiste évidemment à servir les trois penchants sociaux plutôt que les sept affections personnelles : c'est le seul moyen pour que leur propre essor devienne vaste et durable. Toutefois, leur faiblesse intrinsèque les empêche souvent de résister à Fénergie naturelle des impulsions égoïstes; et de là provient la principale difficulté. Si l'esprit ne trahit pas sa sainte mission, la personnalité, d'ailleurs incohérente, se subordonne aisément à une sociabilité qui ne lui refuse jamais les satisfactions convenables. L'harmonie étant ainsi fondée entre le sentiment et rintelligence, l'activité suit spontanément une impulsion qui lui fournit un champ inépuisable. Tout dépend donc finalement d'une combinaison profonde entre es deux organes contigus qui président respectivenent au principal instinct sympathique et à l'esprit îssentiellement synthétique. En représentant chacune les trois régions cérébrales par son organe prépondérant, la formule sacrée du positivisme se trouve natuellement gravée dans un cerveau quelconque, puisju'elle prescrit l'harmonie habituelle de trois organes adjacents.

La Femme. D'après l'ensemble de cet entretien et du précédent, je reconnais, mon père, que le dogme positif suffît maintenant au gouvernement spirituel de 'Humanité, comme notre entretien fondamental me ''avait déjà fait pressentir. Sa nature profondément relative ne lui permet pas l'immobilité propre au carac- -ère absolu du dogme théologique. Mais cette immuta-

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bilité prétendue aboutit réellement à la mort ; tandis que les modifications graduelles du positivisme sont , des symptômes certains d'une vie aussi durable que celle de notre espèce. Sans attendre ses perfectionnements inépuisables, je le sens assez élaboré pourri diriger aujourd hui la réorganisation occidentale.

Le Prètke. Cette conviction finale me permet, mail fille, de procéder maintenant à Texplication, d'abordl générale, puis spéciale, du culte positiviste. Idéalisen le dogme pour idéaliser le régime, telle fut toujours laij destination propre du culte qui, parla, devient susceptible de représenter Tensemble de la religion. Sonn édude vous fera sentir, j'espère, que Taptitude poétiques du positivisme est vraiment au niveau de sa puissanceli philosophique, sans avoir pu produire encore desij résultats aussi décisifs.

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