‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 71 sur 101 · Mois. Le Monothéisme f · texte numérisé non relu

Mois. Le Monothéisme f

' métaphysique.

10» Mois. La Femme, ou la ; "J^,^^* P.^v>dence mo- l^-^^.

^^^^ ' fille.

11» Mois. Le Sacerdoce ou v incomplet.

la Providence in- < | préparatoire.

tellectuelle ( complet ( direct. ( secondaire.

( principal.

12e Mois. I^ PatH^^^^^^^ j c'onS^^^^^^ J^iovidence mate- j fa^ji-jcant.

"^^^^ ^ agriculteur.

13« Le Prolétariat, \ ^"^E'.-.f etdernier ou la Providence contemplatif. Mois. générale ( p^g^^^

Paris, le 5 Gutenberç 64 (luodi 0 août 1852). *^

Auguste COMTE (10, rue Monsieur-le-Prince).

tions privées qui peuvent seules lui procurer une vraie consistance. Or, ces relations élémentaires sont réellement au nombre de cinq : le mariage, la paternité, la filiation, la fraternité, et la domesticité; en les rangeant d'après notre principe hiérarchique, suivant la généralité croissante et Tintimité décroissante.

Le nombre, en apparence paradoxal, des mois positivistes devient donc sacré quand on apprécie ses motifs religieux. Beaucoup d'expériences ont d'ailleurs prouvé déjà qu'il pourra facilement prévaloir avec la foi correspondante. C'est aussi la religion universelle qui doit seule établir la régularité chronologique résultée de notre exacte décomposition de chaque mois en quatre périodes hebdomadaires. Quels que soient les avantages pratiques d'une telle institution, ils ne suffiraient point pour la fonder, si les besoins du culte ne dissipaient pas l'hésitation toujours inhérente aux motifs matériels.

La Femme. Au premier aspect général du tableau sociolatrique, je n'y vois, mon père, d'autre grave difficulté qu'envers la domesticité, dont l'importance m'y paraît exagérée, en l'y plaçant parmi les liens fondamentaux.

Le Prêtre. Une telle objection me rappelle, ma fille, que vous naquîtes septentrionale, quoique heureusement préservée du protestantisme. Car les occidentaux du Midi conservent mieux, à cet égard, les vrais sentiments humains, si noblement développés au moyen âge.

Loin que la domesticité doive jamais disparaître, elle grandira de plus en plus en se purifiant davantage de toute servitude primitive. Devenue pleinement volontaire, elle fournit à beaucoup de familles les meilleurs moyens de servir dignement le Grand-Ètre, en accor-

(lanl une indispensable assistance à ses vrais serviteur^^ théoriques ou pratiques. Cette participation au bien public est, quoique indirecte, plus connplète et moins incertaine que celle do la plupart des coopérateurs directs. Elle peut aussi cultiver davantage nos meilleurs sentiments. On s'en forme une notion trop étroite quand on la borne à certaines classes. Dans tous les rangs sociaux, et surtout parmi les prolétaires, chaque citoyen passa par une telle situation, tant que dura son initiation pratique. Il faut donc idéaliser la domesticité comme le complément des liens de famille et le début des rapports civiques.

La Femme. Mon cœur n'avait besoin, mon père, que de cette rectification systématique pour surmonter les préjugés anarchiques qui me détournaient de fraterniser assez avec les dignes types, surtout féminins, que m'offrit plusieurs fois cette situation méconnue. Ce salutaire éclaircissement ne me laisse maintenant à désirer qu'une dernière explication générale, envers l'autre extrémité de notre tableau sociolatrique. Les positions respectives du patriciat et du prolétariat m'y semblent interverties. Que la politique les range ainsi d'après l'ordre de puissance matérielle ; mais la religion, qui classe suivant la dignité morale, me paraît devoir les disposer autrement.

Le Prêtre. Vous oubliez, ma fille, que, dans la religion positive, le culte et le régime doivent toujours se correspondre exactement. Mais j'excuse aisément votre méprise, d'après le noble motif qui l'inspire. J'ai moimême pensé quelquefois comme vous, quand j'attachais trop d'importance à l'extrême imperfection du patriciat actuel, si souvent indigne de sa haute destination sociale. La vraie supériorité cérébrale, soit intellectuelle,

soit surtout morale, se trouve aujourd'hui plus répandue proportionnellement chez les classes préservées d'une éducation et d'une autorité dégradantes. Toutefois, quoique cette exception incontestable doive être soigneusement appréciée en instituant la transition occidentale, il faut savoir Técarter systématiquement quand on construit le culte abstrait de THumanité, destiné principalement à l'état normal. En contemplant trop le présent, et pas assez l'avenir, on serait certainement conduit à rejeter le sacerdoce lui-même audessous du prolétariat, car son imperfection actuelle surpasse beaucoup celle du patriciat, soit qu'on l'apprécie chez les débris théologiques ou parmi les rudiments métaphysiques et scientifiques.

Dans le culte positif, comme dans l'existence normale qu'il idéalise, le digne patricien l'emporte ordinairement sur le digneplébéien, tant en vraie noblesse qu'en puissance réelle. En rangeant les classes humaines suivant leur aptitude à représenter le Grand-Être, l'importance et la difficulté des services propres au patriciat, comme l'éducation qu'ils exigent etla responsabilité qu'ils imposent le placent toujours au-dessus du prolétariat. C'est au nom même d'un tel classement que la sagesse sacerdotale, convenablement assistée par la sanction féminine et l'appui populaire, doit rappeler dignement les patriciens, isolés ou réunis, à leurs éternels devoirs sociaux, quand ils viennent à les négliger gravement. Mais ces remontrances exceptionnelles manqueraient leur but principal si le culte normal n'honorait pas suffisamment les ministres nécessaires denotre providence matérielle. En plaçant le prolétariat à l'extrémité inférieure de l'échelle sociale, le culte rappellera que son aptitude caractéristique à contrôler

et rectifier tous les pouvoirs humains résulte surtout i d'une situation essentiellement passive, qui ne déve- I loppe aucune tendance prononcée. Noire tableau sacré, comme le régime correspondant, doit donc insérer lesii deux grandes puissances, spirituelle et temporel!'^ entre les deux masses, féminine et populaire, qui r( gissent sans cesse sur leurs sentiments et leur conduite. Si le patriciat était abaissé, Tharmonie positive se trouverait autant rompue en sociolatrie qu'en sociocratie.

La Femme. L'ensemble du culte public m'est assez^l familier déjà pour que vous puissiez, mon père, m'ex-l pliquer la décomposition hebdomadaire des treize célébrations mensuelles. Ce développement final, qui ne laissera jamais notre semaine sans une fêle générale, ! doit profondément concourir au but moral delà grande adoration, ainsi reproduite sous des aspects très variés, mais toujours convergents.

Le Prêtre. Avant de commencer cette explication, je* dois, ma fille, vous indiquer comment l'antique institution de la semaine fat heureusement rattachée aul culte de l'humauité par un jeune positiviste, sous l'inspiration du tableau sociolatriqùe. Il suffit de consacrer chaque jour de cette période à l'un des biens fondamentaux, d'où résulte la disposition suivante, que son auteur compléta judicieusement d'après une nomenclature systématique :

Lundi Le Mariage Maridi,

Mardi La Paternité Patridi.

Mercredi. ... La Filiation Filidi.

Jeudi La Fraternité Fatridi.

Vendredi ... La Domesticité Bomidi.

Samedi La Femme ou l'Amour. Matridi,

Dimanche. . . L*Humanité HumanidiK

Sous cette seul indication, un autre de nos jeunes frères fut bientôt conduit, par son noble cœur, à composer, envers tous les jours de notre semaine, un heureux essai de touchantes prières domestiques, propres

mieux lier le culte public au culte privé *^.

Pour compléter la régularité de notre culte, il fallait que chaque jour d'une semaine quelconque occupât dans Tannée un ransf invariable. On obtient cette fixité en s'abstenant de toute dénomination hebdomadaire, d'abord envers le jour complémentaire qui termine toute année positiviste, puis quant au jour additionnel qui le suit si Tannée est bissextile, selon la règle usitée en Occident. Chacune de ces deux journées exceptionnelles se trouve, en effet, désignée suffisamment par la fête correspondante. Dès lors, notre calendrier devient perpétuel; ce qui n'importe pas moins au régime qu'au culte.

La Femme. Je conçois, mon père, toute l'efficacité morale d'une telle fixité, d'après laquelle chaque jour quelconque de notre année pourrait recevoir, comme

1. S'il avait publié une deuxième édition du catéchisme, Comte aurait changé tout ce passage comme cela résulte du texte suivant de la Politique Positive (iv, 404) :

« [1 faut rejeter le spécieux projet qu'une bienveillance imméritée me disposa trop à recommander envers la consécration des différents jours de la semaine aux divers liens fondamentaux. Outre qu'un tel mode ne saurait convenir à l'état normal, où cet office appartient au mois, il serait inutile pendant la transition, naturellement bornée aux fêles publiques, l'adoration intime et les sacrements domestiques ayant attelut déjà leur état définitif. >

2. Cette série de prières fut composée par Joseph Longchamps : « Essai sur la Prière » (Paris, Paul Ritti, éditeur).

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le jour final, une désignation purennent sacrée ; ce que le catholicisme n'obtint jamais que par exception.

Le Prêthk. Ce préambule étant établi, je puis, ma fille, commencer directement l'indication successive des solennités propres aux septièmes jours de toutes nos semaines. Le tableau sociolatrique vous montre comment chaque célébration mensuelle se décompose en quatre fêtes hebdomaires. Je n'ai donc plus qu'à motiver et caractériser une telle décomposition par quelques éclaircissements sommaires.

Notre premier mois, consacré à l'Humanité, exige, à cet égard, peu d'explications. Après avoir ouvert Fannée positiviste par la plus auguste de toutes nos solennités, cette fête directe duGrand-Elre se trouve complétée dans les quatre célébrations hebdomadaires, où sont respectivement appréciés les divers degrés essentiels du lien social. Ils s'y rangent d'après ledécroissement d'extension et l'accroissement d'intimité des relations collectives. La première fête glorifie le lien religieux, seul susceptible d'universalité; la seconde, la liaison due à d'anciens rapports politiques qui, quoique effacés, laissent subsister une suffisante communauté! de langue et de poésie. Dans la troisième, on célèbre directement Faction active résultée d'un même gouver-j nement librement accepté partout. La quatrième honore la moins étendue, mais la plus complète des relations! civiques, celle où la cohabitation familière nous rapproche le mieux de l'intimité domestique.

Pour développer le mois du mariage, sa première solennité glorifie l'union conjugale dans toute sa plénitude, à la fois exclusive et indissoluble, même par la mort. Le sacerdoce y fait profondément sentir, de cœur et d'esprit, le progrès général de cette admirable

institution, première base de tout Tordre humain, en caractérisant chacune de ses phases essentielles, depuis la polygamie primitive jusqu'au mariage positiviste.

Dans la fête suivante, on célèbre la chasteté volontaire que de graves motifs moraux ou physiques peuvent éternellement prescrire à de dignes époux. La principale destination du mariage pour le perfectionnement mutuel des deux sexes, y devient mieux appréciable, sans que cette union exceptionnelle oblige d'ailleurs à renoncer aux affections d'avenir, toujours possibles d'après une heureuse adoption. On y fera convenablement ressortir sa tendance à régler enfin la procréation humaine, quoique les vices héréditaires ne doivent pas priver des bienfaits du mariage.

La troisième semaine de ce même mois aboutit à la célébration des unions exceptionnelles où une inégalité souvent excusable n'empêche point la principale efficacité, surtout quand les mœurs finales borneront la discordance aux âges. Enfin, la quatrième fête honore l'union posthume qui résultera fréquemment de la constitution normale du mariage humain, dont les plus intimes douceurs sont consolidées et développées par l'épuration et la fixité propres à Tamour subjectif.

Nos trois mois suivants peuvent être expliqués simultanément, d'après l'uniformité spontanée de leurs subdivisions hebdomadaires. Envers le principal d'entre eux, sa première moitié est consacrée à la paternité complète, d'abord involontaire, puis adoptive, et la seconde à la paternité incomplète que procure, dans toute société régulière, l'autorité spirituelle ou le patronage temporel. De là résultent, en décroissant, les quatre degrés normaux de l'affection paternelle, res-

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pectivement glorifiés par les quatre fêtes hebdoma j daires du troisième mois positiviste. Or, les mômes dis tinctions et gradations se reproduisent nécessairemeni envers la filiation et la fraternité, ce qui dispense ic de toute explication nouvelle pour le quatrième et le cinquière mois.

Quant au sixième, il honore d'abord la domesticité permanente, qui distinguera toujours une classe trèsi nombreuse, mais spéciale, puis la situation analogue' où tout homme se trouve ordinairement pendant sor initiation pratique. Le premier cas exige nettemeni une subdivision importante, habituellement manifestée par la résidence ; suivant que la domesticité est complète, chez le serviteur proprement dit, ou incomplète chez le commis simplement chargé d'un office déterminé. Quand les mœurs normales auront assez conci" le service domestique, surtout féminin, avec le pL ; essor des affections de famille, le culte positif fera profondément sentir la supériorité morale de la première situation, où le dévouement devient plus pur et plus vif. La même distinction s'applique, quoique d'une manière moins prononcée, à la domesticité passagère, el s'y trouve pareillement indiquée par le domicile. De lèl résultent les deux autres fêtes du sixième mois, respectivement consacrées aux pages et aux apprentis, suivani que les maîtres sont riches ou pauvres.

La Femme. Tout ce développement spécial des divers, liens fondamentaux ne présente, mon père, aucune! difficulté. Mais je crains que mon insuffisance histo-i| rique ne m'empêche de comprendre assez la seconde| série sociolatrique. Car l'ensemble de la préparationj humaine ne m'est encore que trop imparfaitementi| connu.

Lb Prêtre. Cela suffit, ma fille, pour vous faire ipprécier déjà la succession générale des trois états oréliminaires indiqués au tableau sociolatrique. Mais luant à la décomposition hebdomadaire de chacun d'eux, vous ne pourrez, en eilet, la bien concevoir que d'après l'entretien historique qui terminera ce catéchisme. Je me borne donc à la principale coordination en vous chargeant de la compléter spontanément lorsque vous aurez acquis les notions convenables.

Le synthèse fictive, toujours fondée sur la recherche des causes, comporte deux modes difîérents, suivant que les volontés auxquelles on attribue les événements appartiennent aux corps eux-mêmes ou à des êtres extérieurs habituellement inaccessibles à tous nos sens. Or, le régime direct, plus spontané qu'aucun autre, constitue le fétichisme initial; tandis que l'indirect caractérise le théologisme qui le suit. Mais ce dernier état, moins pur et moins durable que le premier, présente successivement deux constitutions distinctes, selon que les dieux restent multiples ou se condensent en un seul, l^e théologisme, qui n'institue, au fond, qu'une immense transition spontanée du fétichisme au positivisme, émane de l'un dans le polythéisme et conduit à l'autre par le monothéisme. Quand cette succession intellectuelle se trouve complétée par la progression sociale qui lui correspond, l'ensemble de l'initiation humaine est assez caractérisé, comme vous le sentirez bientôt ^

Vous pourrez alors apprécier assez l'aptitude de notre seconde série sociolatrique à glorifier dignement toutes les phases essentielles de cette longue prépara-

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