‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 86 sur 101 · oir Introduction^ p. xii · texte numérisé non relu

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des lois invariables, dont la connaissance, de moins en moins empirique et de plus en plus étendue, a fini par renouveler Fentendement humain.

La Femme. J'avais besoin, mon père, d'une telle explication pour comprendre la destination philosophique du régime initial, quoique j'en eusse assez senti déjà Taptitude poétique. Mais sa nécessité morale ne me semble exiger aucun éclaircissement. Quiconque a bien observé les enfants, ou même apprécié les sauvages à travers les récits des voyageurs, doit regarder ce soutien extérieur comme indispensable à notre faiblesse primitive. Le régime fictif est encore plus propre à développer notre tendresse, à laquelle l'état positif ne peut fournir une équivalente alimentation que lorsqu'il atteint sa pleine maturité. Ainsi convenable à notre triple nature individuelle \ la religion initiale doit également s'appliquer à notre existence sociale, qui ne pouvait d'abord trouver aucune source d'opinions communes ni d'autorités directrices.

Le Prêtre. Pour compléter cette théorie fondamentale de l'évolution humaine, il ne me reste, ma fille, qu'à vous indiquer la loi qui règle notre marche temporelle. Elle offre, comme la marche spirituelle, et d'après des motifs analogues, la succession nécessaire des trois états distincts : le premier purement provisoire, le second simplement transitoire, et le troisième

1. La religion initiale convient à notre intelligence, en lui fournissant des explications et en développant notre imagination ; elle convient à notre sensibilité en lui représentant des sentiments dans les choses, taudis que l'esprit positif dépouille le monde de tout sentiment capable d'exciter notre sympathie, jusqu'au moment où, constituant la sociologie, il nous révèle l'Humanité. Enfin, quoique contraire au développement de l'activité elle convient à sa faiblesse primitive.

seul définitif, suivant les divers modes de notre activité. L'existence humaine commence, en effet, par être essentiellement militaire, pour devenir enfin complètement industrielle, en passant par une situation intermédiaire où la conquête se transforme en défense. Tels sont, évidemment, les caractères respectifs de la civilisation ancienne, de la sociabilité moderne, et de la transition propre au moyen âge.

Cette marche de l'activité résulte, comme celle de rintelligence, de l'impossibilité de toute autre issue primitive. L'état social ne peut, sans doute, se consolider et se développer que par le travail. Mais, d'un autre côté, l'essor du travail suppose autant la préexistence de la société que celui de l'observation exigé l'impulsion théorique. Le dénouement d'une telle perplexité s'opère donc encore d'après une évolution spontanée, qui dispense de toute préparation compliquée. Or, l'activité guerrière remplit seule cette condition, vu la prépondérance naturelle de Tinstinct destructeur sur l'instinct constructeur. Ne comportant d'efficacité que par un exercice collectif, elle est éminemment propre à susciter des associations consistantes et durables, où la sympathie devient très intense quoique fort restreinte, d'après une profonde solidarité. Enfin, elle seule peut déterminer la formation des grands Etats suivant une incorporation graduelle, qui comprime la turbulence militaire partout ailleurs que chez le peuple dominant, où son caractère s'élève par une noble destination. Il n'existe pas d'autre moyen général de surmonter la répugnance qu'inspire d'abord à l'homme tout travail régulier.

Quand cette domination guerrière acquiert assez d'extension, le régime primitif tend à se transformer

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spontanément, parce que la défense devient plus importante que la conquête. On passe alors au mode intermédiaire, pendant lequel la prépondérance militaire prépare l'existence industrielle, qui bientôt reste seule susceptible d'un essor continu.

La Femme. L'évolution de l'activité me semble, mon f père, plus facile à saisir que celle deTintelligence. Mais je suis surprise que leur combinaison vous paraisse I suffisante pour fonder la théorie historique. Il est vrai I qu'elles se correspondent spontanément; car la syn- ! thèse fictive convient à la guerre comme la religion positive au travail : on sent même que l'esprit métaphysique dut prévaloir pendant que l'activité militaire fut essentiellement défensive ^ Néanmoins, cette conception dynamique de l'Humanité ne me semble point assez conforme à la notion statique de notre nature, où le sentiment domine à la fois l'intelligence et l'activité. Après la double loi de l'évolution spirituelle, et celle qui règle l'essor temporel, j'attendais une équivalente appréciation envers la vie effective, sans laquelle je ne comprends pas davantage le mouvement que l'existence.

Le Prêtre. Vous oubliez, ma fille, que la principale

i. A. Comte affirme une affinité entre les trois états intellectuels, théologique, métaphysique, positif, et les trois modes de Tactivité, conquête, défense, travail.

Le théologisme et le militarisme conquérant se ressemblent par le caractère absolu de l'un et égoïste de l'autre. 11 y a tendance des opinions non démontrables et des autorités non discutables à s'allier en la personne des prêtres et des chefs militaires. La religion positive et l'activité industrielle sont parentes en ce qu'elles sont fondées l'une et l'autre sur la connaissance des lois neturelles et qu'elles subordonnent l'individu à l'ensemble. La métaphysique et la défense se ressemblent par leur caractère négatif et transitoire.

région du cerveau n'a point, comme les deux autres des communications directes avec le dehors, qui iw peut donc modifier le sentiment que par Tentremise de rintelligenceou de Tactivité. Il est vrai que les organes affectifs sont immédiatement liés aux viscères végétatifs. Mais rinfluence morale de ceux-ci, d'ailleurs soumise à des lois peu connues, ne devient considérable que dansTexistence personnelle. Elle reste négligeable envers Tétat social, d'après la neutralisation spontanée qu'elle y subit entre les divers cas, simultanés ou successifs.

Nos opinions et nos situations constituent donc les seules sources normales des variations qu'éprouvent nos sentiments, aux différentes phases de l'évolution humaine, surtout collective. Mais la marche générale de ces changements indirects est d'ailleurs conformée celle des mutations directes dont ils dépendent. Car, si l'on peut résumer l'évolution spéculative et l'évolution active en les regardant comme tendant à nous rendre plus synthétiques et plus synergiques, on reconnaît également que notre évolution affective consiste surtout à devenir plus sympathiques ^ Notre existence étant principalement caractérisée par l'unité, notre essor doit essentiellement développer l'harmonie humaine. Ainsi, toute l'histoire de l'Humanité se condense nécessairement dans celle de la religion. La loi

1. Le sentiment, en temps qu'il dépend de ce qu'il y a de particulier dans l'organisme individuel, échappe à toute loi dévolu" tien. A peine peut-on espérer qu'il y ait quelque progrès dans le sens de l'altruisme par suite de l'hérédité des modifications acquises. ïl n'en est pas de même en temps que le sentiment dépend de l'évolution de l'intelligence et de celle de l'activité. Il passe par les trois états suivants : civique dans l'antiquité, collectif au moyen âge, enfin universel avec la religion positive. (Voir Pol. Pos., 111, 67.)

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