‹ Catéchisme positiviste ou, Sommaire exposition de la religion universelle, en onze entretiens systématiques entre une femme et un Prêtre de l'humanitéChapitre 1 sur 110 · I JBRAIRES DES CORPS DES PONTS ET CHAUSSÉES ET DES MINES · texte numérisé non relu

I JBRAIRES DES CORPS DES PONTS ET CHAUSSÉES ET DES MINES

quai des Augustins, n° 69.

Oetobre ISft»

Souanie-quairiéme année de la grande révolution.

OCT 3 \m

PRÉFACE

« Au nom du passé et de l'avenir, les serviteurs » théoriques et les serviteurs pratiques de THumamté » viennent prendre dignement la direction générale » des affaires terrestres, pour construire enfin la vraie » providence , morale , intellectuelle , et matérielle ; »en excluant irrévocablement de la suprématie po- » litique tous les divers esclaves de Dieu , catho- » liques, protestants, ou déistes, comme étant à la » fols arriérés et perturbateurs. » Telle fut la proclamation décisive par laquelle, au Palais-Cardhial , je terminai, le Dimanche 19 octobre 4851 , après un résumé de cinq heures, mon troisième Cours philosophique sur F histoire générale de V Humanité. Depuis cette mémorable clôture, la publication du tome deuxième de mon Système de politique positive vient de constater directement combien une semblable destination sociale convient à la philosophie capable

d'inspirer la théorie la plus systématique de Tordre humain.

Nous venons donc ouvertement délivrer l'Occident d'une démocratie anarchique et d'une aristocratie rétrograde , pour constituer, autant que possible , une vraie sociocratie , qui fasse sagement concourir à la commune régénération toutes les forces humaines, toujours appliquées chacune suivant sa nature. En effet, nous, sociocrates, ne sommes pas davantage démocrates qu'aristocrates. A nos yeux , la respectable masse de ces deux partis opposés représente empiriquement > d'une part la solidarité , de l'autre la continuité , entre lesquelles le positivisme établit profondément une subordination nécessaire , remplaçant enfin leur déplorable antagonisme. Mais, quoique notre politique s'élève également au-dessus de ces deux tendances incomplètes et incohérentes, nous sommes loin d'appliquer aiyourd'hui la même réprobation aux deux partis correspondants. Depuis trente ans que dure ma carrière philosophique et sociale , j'ai senti toujours un profond mépris pour ce qu'on nomma, sous nos divers régimes, Y opposition, et une secrète affinité . pour les constructeurs quelconques. Ceux même qui voulaient construire avec des matériaux évidemment usés me semblèrent constamment préférables aux purs démolisseurs, en un siècle où la reconstruction

PRÉFACE. VU

générale devient partout le principal besoin, malgré l'état arriéré de nos conservateurs officiels, nos simples révolutionnaires me paraissent encore plus éloignés du véritable esprit de notre temps. Ils prolongent aveuglément, au milieu du dix-neuvième siècle , la direction négative qui ne pouvait convenir atfau dix -huitième , sans racheter cette stagnation par les généreux sentiments de rénovation universelle qui caractérisèrent leurs prédécesseurs.

Aussi, quoique les inclinations populaires leur restent spontanément favorables, le pouvoir passet-il toujours à leurs adversaires, qui du moins ont reconnu l'impuissance organique des doctrines métaphysiques , et cherchent ailleurs des principes de reconstruction. Cher la plupart de ceux-ci, la rétrogradation n'est , au fond , qu'un pis aller provisoire contre une imminente anarchie, sans aucune véritable conviction théologique. Quoique tous les hommes d'État semblent maintenant appartenir à cette école, on peut assurer qu'elle leur fournit seulement les formules indispensables à la coordination de leurs vues empiriques , en attendant la liaison plus réelle et plus stahte émanée d'une nouvelle doctrine universelle.

Tel est certainement le seul chef temporel vraiment éminent dont notre siècle puisse jusqu'ici s'honorer, le noble tear qui , tout en faisant avancer

Mil

son immense empire autant que le comporte sa situation actuelle , le préserve , avec une énergique sagesse, d'une vaine fermentation. Son judicieux empirisme a compris que l'Occident était seul investi de la glorieuse et difficile mission de fonder la régénération humaine, que l'Orient doit ensuite s'approprier paisiblement à mesure qu'elle surgira. Il me paraît même avoir senti que cette immense élaboration se trouvait spécialement réservée au grand centre occidental, dont la spontanéité nécessairement désordonnée doit seule être toujours respectée, comme profondément indispensable à la solution commune. L'agitation habituelle de tout le reste de Y Occident , quoique plus difficile à contenir que celle de l'Orient , est , au fond , presque aussi nuisible au cours naturel de la réorganisation finale , dont elle tend à déplacer vainement le principal foyer, que l'ensemble du passé fixe en France.

Notre situation occidentale exclut tellement le point de vue purement révolutionnaire qu'elle réserve au camp opposé la production des maximes les plus caractéristiques. Malgré la mémorable formule pratique émanée d'un démocrate heureusement illettré, c'est parmi les purs conservateurs que surgit la plus profonde sentence politique du dixneuvième siècle :On ne détruit que ce qu'on remplace. L'auteur de cette admirable maxime, aussi bien ex-

# PRÉFACE. !

primée que bien pensée, n'offre pourtant rien d'éminent sous l'aspect intellectuel. Il n'est vraiment recommandable que d'après une rare combinaison des trois qualités pratiques, l'énergie, la prudence, et la persévérance. Mais le point de vue organique tend aujourd'hui tellement à grandir les conceptions, qu'il suffit , dans une situation favorable , pour inspirer à un esprit superficiel un principe vraiment profond, que le positivisme adopte et développe systématiquement.

Quoi qu'il en soit , la nature rétrograde des doctrines épuisées que dos conservateurs emploient provisoirement doit les rendre essentiellement impropres à diriger la politique réelle au milieu d'une anarchie primitivement due à l'impuissance finale des anciennes croyances. La raison occidentale ne peut plus se laisser conduire par des opinions évidemment indémontrables, et même radicalement chimériques, comme toutes celles qu'inspire une théologie quelconque , restât -elle réduite à son dogme fondamental. Tous reconnaissent aujourd'hui que notre activité pratique doit cesser de se consumer en hostilités mutuelles, pour développer paisiblement notre commune exploitation de la planète humaine. Mais nous pouvons encore moins persister dans cet état d'enfance intellectuelle et morale où

notre conduite ne repose que sur des motifs absurdes

et dégradants. Sans répéter jamais le dix-bufcièuie siècle , le dix-neuvième doit toujours le continuer, en réalisant enfin le noble vœu d'une religion dé- . montrée dirigeant une activité pacifique.

Depuis que la situation écarte toute tendance purement négative , il n'y a de vraiment discréditées , parmi les écoles philosophiques du dernier siècle , que les sectes inconséquentes, dont la prépondérance dut être éphémère. Les démolisseurs incomplets , comme Voltaire et Rousseau , qui croyaient pouvoir renverser l'autel en conservant le trône ou réciproquement, sont irrévocablement déchus, après avoir dominé, suivant leur destinée normale, les deux générations qui préparèrent et accomplirent l'explosion révolutionnaire. Mais, depuis que la reconstruction est à l'ordre du jour, l'attention publique retourne de plus en plus vers la grande et immortelle école de Diderot et Hume, qui caractérisera réellement le dix-huitième siècle, en le liant au précédent par Fontenelle et au suivant par Gondorcet. Également émancipés en religion et en politique, ces puissants penseurs tendaient nécessairement vers une réorganisation totale et directe, quelque cou fuse qu'en dût être alors la notion. Tous se rallieraient aujourd'hui à la seule doctrine qui , fondant l'avenir sur le passé , pose enfin, les bases inébranlables de la régénération occidentale. C'est d'une telle école

PRÉFACE. XI

que je m!hoaorerai toujours de descendre immédiatement, par mon précurseur essentiel, lîéininent Çondorce$. Au contraire , je n'attendis jamais que des entraves , spontanées ou concertées, chez les débris, arriérés, des sectes superficielles et immorales émanées de Voltaire et de Rousseau.

Mais, à cette grande souche historique,, j'ai constamment rattaché ce qu'offrirent de vraiment émirient dos derniers adversaires, soit théologiques, soit métaphysiques. Tandis que liume constitue mon pnincipal précurseur philosophique, liant s'y trouve accessoirement lié ; sa conception fondamentale ne fat vraiment systématisée et développée que par le positivisme. De même, sous l'aspect politique, Condorcet dut être, pour moi, complété par De Maistre, dont je m'appropriai, dès mon début, tous les principes essentiels, qui ne sont plus appréciés maintenant que dans l'école positive. Tels, sont, avec Bichai et Gall comme précurseurs scientifiques, les six pré décesseurs immédiats qui me rattacheront toujours aux. trois pères systématiques de la vraie philosophie moderne, Bacon, Descartes, et Leibnitz. D'après cette noble filiation , le moyen âge, intellectuellement résumé par Saint-Thomas d'Aquiu , Roger Bacon , et Dante , me subordonne directement au prince éternel des véritables penseurs* L'incomparable Aristote.

XIÏ CATÉCHISME POSITIVISTE.

En remontant jusqu'à cette source normale , on sent profondément que , depuis la suffisante extension de la domination romaine, les populations d'élite cherchent vainement la religion universelle. L'expérience a pleinement démontré que ce vœu final ne peut être satisfait par aucune croyance surnaturelle. Deux monothéismes incompatibles aspirèrent également à cette universalité nécessaire , sans laquelle l'humanité ne pourrait suivre sa destinée naturelle. Mais leurs efforts opposés n'aboutirent qu'à se neutraliser mutuellement , de manière à réserver un tel attribut aux doctrines démontrables et discutables. Depuis plus de cinq siècles, l'islamisme renonce à dominer l'Occident, et le catholicisme abandonne à son étemel antagoniste jusqu'à la tombe de son prétendu fondateur. Ces vaines aspirations spirituelles n'ont pu même embrasser tout le territoire de l'ancienne domination temporelle, réparti presque également entre les deux monothéismes inconciliables,

L'Orient et l'Occident doivent donc chercher, hors de toute théologie ou métaphysique, les bases systématiques de leur communion intellectuelle et morale. Cette fusion tant attendue, qui doit ensuite s'étendre graduellement à l'ensemble de notre espèce, ne peut évidemment émaner que du positivisme, c'est-à-dire d'une doctrine toujours caracté-

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