PREMIÈRE PARTIE
assistées de convictions inébranlables." Ce mot convaincre suffirait, d'après son origine, pour rappeler l'aptitude des croyances profondes à consolider le dedans en le liant au dehors.
L'insuffisance théorique qui vous effraye ici repose enfin sur la confusion ordinaire entre l'instruction et l'intelligence. Votre admiration familière pour l'incomparable Molière ne vous a point préservée, à cet égard, de l'erreur vulgaire, soigneusement entretenue par nos Trissotins de toutes robes. On devrait pourtant rougir d'être aujourd'hui moins avancé qu'au moyen âge , où tous savaient apprécier le profond mérite intellectuel de personnages fort illettrés. N'avez-vous pas quelquefois trouvé, chez de tels esprits, plus de véritable aptitude que chez la plupart des docteurs? Aujourd'hui plus que jamais, l'instruction n'est vraiment indispensable que pour construire et développer la science, dont l'ensemble doit toujours être institué de manière à devenir directement accessible à toutes les saines intelligences. Sans cela, nos meilleures doctrines dégénéreraient bientôt en mystifications dangereuses : cette déviation propre aux théoriciens quelconques ne peut s'y contenir assez que d'après une digne surveillance du public des deux sexes.
La Femme. Encouragée par votre préambule , je vous prie, mon père, de commencer l'exposition sys-
tématique du dogme positif par une explication plus directe et plus complète de son principe universel. J'ai déjà compris que votre conception du vrai Grand- Être résume nécessairement l'ensemble" de Tordre réel, non- seulement humain, mais aussi extérieur. C'est pourquoi j'éprouve le besoin d'une déterminalion plus nette et plus précise envers cette unité fondamentale du positivisme.
Le Prêtre. Pour y parvenir, vous devez, ma fille , définir d'abord l'Humanité comme Yensembte des êtres humains, passés, futurs, et présents. Ce mot ensemble vous indique assez qu'il n'y faut pas comprendre tous les hommes, mais ceux-là seuls qui sont réellement assimilables, d'après une vraie coopération à l'existence commune. Quoique tous naissent nécessairement enfants de l'Humanité, tous ne deviennent passes serviteurs, et beaucoup restent à l'état parasite qui ne fut excusable que pendant leur éducation Les temps anarchiques font surtout pulluler, et trop souvent fleurir, ces tristes fardeaux du véritable Grand-Être. Plus d'un vous a rappelé l'énergique flétrissure d'Artoste après Horace :
Venuto al mondo sol per far letamc ;
et, mieux encore, l'admirable réprobation de Dante:
Che visser senza infamia e senza lodo.