PREMIÈRE PARTIE
véritablement universelle que puisse nous dévoiler l'étude objective du monde et de l'homme. Ne pouvant aucunement dispenser de lois moins étendues, elle ne saurait suffire pour constituer jamais la stérile unité extérieure que cherchèrent vainement tous les philosophes depuis Thalès jusqu'à Descartes.
Mais , en renonçant à cette frivole stimulation, que remplace beaucoup mieux la destination morale de tous nos efforts théoriques, nous sommes heureux de saisir, entre toutes nos doctrines abstraites, un lien objectif inséparable de leur coordination subjective. La pratique sociale doit surtout utiliser une telle appréciation de l'ensemble des fatalités réelles. Notre dépendance et notre dignité devenant ainsi connexes, nous serons mieux disposés à sentir le prix de la soumission volontaire , dans laquelle consiste la principale condition de notre perfectionnement moral, et même intellectuel.
Remarquez, en effet, pour compléter cette grande loi, que, sous l'aspect pratique, elle présente Tordre réel comme de plus en plus modifiable à mesure qu'il régit des phénomènes plus compliqués. Le perfectionnement suppose toujours l'imperfection, qui partout augmente avec la complication. Mais vous voyez aussi que la providence humaine devient alors plus efficace, en disposant d'agents plus variés. Une telle compensation reste, sans doute, insuffisante ; en sorte
que Tordre le inoins compliqué demeure ordinairement le plus parfait, quoiqu'il soit aveuglément gouverné. Néanmoins, cette loi générale de la modificabilité érige doublement la morale en art principal , soit pour son importance supérieure , soit aussi d'après le champ plus étendu quïl offre à notre sage activité. La pratique et la théorie concourent donc à justifier de plus en plus la prépondérance systématique que le positivisme accorde à la morale.
La Femme. Puisque vous nravez assez expliqué maintenant l'ensemble du dogme positif, je voudrais, mon père, avant de vous quitter aujourd'hui, connaître d'avance l'objet propre des deux autres entretiens que vous m'avez promis sur cette première partie de votre catéchisme. Je ne vois pas, en effet, ce qui me reste encore à savoir envers cette base systématique de la religion universelle, pour passer convenablement à l'étude directe et spéciale du culte et du régime, qui doivent surtout m'occuper.
Le Prêtre. Les notions précédentes sont, ma fille , trop abstraites et trop générales pour vous laisser des traces suffisantes si je ne les complétais par des explications moins universelles et mieux déterminées , dont je ferai d'ailleurs un fréquent usage. Sans vous arrêter spécialement sur chaque phase encyclopédique , comme dans la nouvelle éducation occidentale , je me borne à vous demauder d'apprécier sé-