‹ Catéchisme positiviste ou, Sommaire exposition de la religion universelle, en onze entretiens systématiques entre une femme et un Prêtre de l'humanitéChapitre 65 sur 110 · IDÉALISATION SYSTÉMATIQUE DE LA SOCIABILITÉ FINALE · texte numérisé non relu

IDÉALISATION SYSTÉMATIQUE DE LA SOCIABILITÉ FINALE

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Auguste COMTE, C.o, rue Monsieur-le-P-incc.)

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toutes celles du catholicisme et de l'islamisme.

La Femme. Maintenant, mon père, je ne dois pas retarder davantage votre explication directe de l'ensemble du culte public.

Le Prêtre. Vous le trouverez, ma fille, pleinement caractérisé par le tableau que voici ( t'oyez le tableau C, ci-contre.) Le double objet de ce culte, comme des deux précédents, consiste à nous faire mieux comprendre et mieux accomplir l'existence corres pondante. Nous devons donc idéaliser d'abord les liens fondamentaux qui la constituent, puis les préparations essentielles qu'elle exige, et enfin les fonctions normales dont elle se compose. Telles seront les destinations respectives des trois systèmes de fêtes mensuelles qui doivent remplir l'année positive te, dès lors partagée en treize mois de quatre semaines, plus un jour complémentaire consacré à l'ensemble des morts.

Déjà vous connaissez les quatre classes fondamentales, affective, spéculative, patricienne, et p lé béie nue. nécessairement propres à l'ordre normal Quant aux états préparatoires, on ne saurait, sans confusion, les condenser davantage, vu les profondes différences, intellectuelles et sociales, qui doivent toujours distinguer le fétichisme, le polythéisme, et le monothéisme, même dans l'initiation spontanée de chaque positiviste. Envers les liens essentiels, il faut bien

célébrer d'abord le plus universel, et glorifier ensuite chacune des affections privées qui peuvent seules lui procurer une vraie consistance. Or, ces relations élémentaires sont réellement au nombre de cinq : le mariage, la paternité, la filiation, la fraternité, et la domesticité; en les rangeant, d'après notre principe hiérarchique, suivant la généralité croissante et l'intimité décroissante.

Le nombre , en apparence paradoxal , des mois positivistes devient donc sacré quand on apprécie ses motifs religieux. Beaucoup d'expériences ont d'aHleurs prouvé déjà qu'il pourra facilement prévaloir avec la foi correspondante. C'est aussi la religion universelle qui doit seule établir la régularité chronologique résultée de notre exacte décomposition de chaque mois en quatre périodes hebdomadaires. Quels que soient les avantages pratiques d'une telle institution, ils ne suffiraient point pour la fonder, si les besoins du culte ne dissipaient pas l'hésitation toujours inhérente aux motifc matériels.

La Femme. Au premier aspect général du tableau sociolatrique , je n'y vois , mon père , d'autre grave difficulté qu'envers la domesticité, dont l'importance m'y parait exagérée , en l'y plaçant parmi les liens fondamentaux.

Le Prêtre. Une telle objection me rappelle, ma fille," que vous naquîtes septentrionale, quoique

heureusement préservée du protestantisme. Car les occidentaux du Midi conservent mieux, à cet égard, les vrais sentiments humains, si noblement développés au moyen âge.

Loin que la domesticité doive jamais disparaître , elle grandira de plus en plus eu se purifiant davantage de toute servitude primitive. Devenue pleinement volontaire, elle fournit à beaucoup de familles les meilleurs moyens de servir dignement le Grand-Être, en accordant une indispensable assistance à ses vrais serviteurs, théoriques ou pratiques. Cette participation au bien public est , quoique indirecte, plus complète et moins incertaine que celle de la plupart des coopérateurs directs. Elle peut aussi cultiver davantage nos meilleurs sentiments. On s'en forme une notion trop étroite quand on la borne à certaines classes. Dans tous les rangs sociaux , et surtout parmi les prolétaires, chaque citoyen passa par une telle situation , tant que dura son initiation pratique. 11 faut donc idéaliser la domesticité comme le complément des liens de famille et le début des rapports civiques.

La Femme. Mon cœur n'avait besoin , mon père, que de cette rectification systématique pour surmonter les préjugés anarchiques qui me détournaient de fraterniser assez avec les dignes types, surtout féminins, que m'offrit plusieurs fois cette situation mé-

connue. Ce salutaire éclaircissement ne me lai se maintenant à désirer qu'une dernière explication générale, envers l'autre extrémité de notre tableau sociolatrique. Les positions respectives du patriciat et du prolétariat m'y semblent interverties. Que la politique les range ainsi, d'après l'ordre de puissance matérielle; mais la religion, qui classe suivant la dignité morale, me paraît devoir les disposer autrement.

Le Prêtre. Vous oubliez, ma fille, que, dans la religion positive , le cuite et le régime doivent tou jours se correspondre exactement. Mais j'excuse aisément votre méprise , d'après le noble motif qui l'inspire. J'ai moi même pensé quelquefois comme vous, quand j'attachais trop d'importance à l'extrême imperfection du patriciat actuel, si souvent indigne de sa haute destination sociale. La vraie supériorité cérébrale , soit intellectuelle , soit surtout morale , se trouve aujourd'hui plus répandue proportionnellement chez les classes préservées d'une éducation et d'une autorité dégradantes. Toutefois , quoique cette exception incontestable doive étrt» soigneusement appréciée en instituant la transition occidentale, il faut savoir l'écarter systématiquement quand on construit le culte abstrait de l'Humanité , destiné principalement a l'état normal. En contemplant trop le présent . et pas assez l'avenir.

on serait certainement conduit à rejeter le sacerdoce lui-même au-dessous du prolétariat; car son imperfection actuelle surpasse beaucoup celle du patriciat, soit qu'on l'apprécie chez les débris théologiques ou parmi les rudiments métaphysiques et scientifiques.

Dans le culte positif, comme dans l'existence normale qu'il idéalise , le digne patricien l'emporte ordinairement sur le digne plébéien , tant en vraie noblesse qu'en puissance réelle. En rangeant les classes humaines suivant leur aptitude à représenter le Grand-Être, l'importance et la difficulté des services propres au patriciat, comme l'éducation qu'ils exigent et la responsabilité qu'ils imposent , le placent toujours au-dessus du prolétariat. C'est au nom même d'un tel classement que la sagesse sacerdotale, convenablement assistée par la sanction féminine et l'appui populaire , doit rappeler dignement les patriciens , isolés ou réunis , à leurs éternels de voirs sociaux , quand ils viennent à les négliger gravement. Mais ces remontrances exceptionnelles manqueraient leur but principal si le culte normal n'honorait pas suffisamment les ministres nécessaires de notre providence matérielle. En plaçant le prolétariat à l'extrémité inférieure de l'échelle sociale , le culte rappellera que son aptitude caractéristique à contrôler et rectifier tous les pouvoirs humains résulte surtout d'une situation essentiellement passive ,

qui ne développe aucune tendance prononcée.

Notre tableau sacré, comme le régime correspondant , doit donc insérer les deux grandes puissances, spirituelle et temporelle , entre les deux masses , féminine et populaire , qui réagissent sans cesse sur leurs sentiments et leur conduite. Si le patricîat était abaissé, l'harmonie positive se trouverait autant rompue en sociolatrie qu'en sociocratie.

La Femme. L'ensemble du cuite public m'est assez familier déjà pour que vous puissiez, mon père, m'expliquer la décomposition hebdomadaire des treize célébrations mensuelles. Ce développement final , qtû ne laissera jamais notre semaine sans une fête générale , doit profondément concourir au but moral delà grande adoration, ainsi reproduite sous des aspects très-variés , mais toujours convergents.

Le Prêtre, Avant de commencer cette explication, je dois, ma fille, vous indiquer comment l'antique institution de la semaine fut heureusement rattachée au culte de l'humanité pat un jeune positiviste, sous l'inspiration du tableau sociolatrique. Il suffit de consacrer chaque jour de cette période à l'un des liens fondamentaux ; d'où résulte la disposition suivante , que son auteur compléta judicieusement d'après une nomenclature systématique :

Maridi.

Patridi.

Mercredi. , . .

Fiîidi.

Jeudi

La Fraternité

Fratridi.

Vendredi.. . .

La Domesticité

Domitii.

La Femme, ou l f Amour.

Matridi.

Dimanche. . .

HUMANIDI.

Sous cette seule indication, un autre de nos jeunes frères fut bientôt conduit , par son noble cœur, à composer, envers tous les jours de notre semaine , un heureux essai de touchantes prières domestiques, propres à mieux lier le culte public au culte privé.

Pour compléter la régularité de notre culte, il fallait que chaque jour d'une semaine quelconque occupât dans l'année un rang invariable. On obtient cette fixité en s'abstenantde toute dénomination hebdomadaire , d'abord envers le jour complémentaire qui termine toute année positiviste , puis quant au jour additionnel qui le suit si Tannée est bissextile, selon la règle usitée en Occident. Chacune de ces deux journées exceptionnelles se trouve, en effet, désignée suffisamment par la fête correspondante. Dès lors, notre calendrier devient perpétuel; ce qui n'importe pas moins au régime qu'au culte.

La Femme. Je conçois, mon père, toute l'efficacité morale d'une telle fixité, d'après laquelle chaque jour quelconque de notre année pourrait recevoir,

comme le jour final , une désignation purement sacrée ; ce que le catholicisme n'obtint jamais que par exception.

Ae Prêtre. Ce préambule étant établi, je puis, ma fille, commencer directement l'indication successive des solennités propres aux septièmes jours de toutes nos semaines. Le tableau sociohirique vous montre comment chaque célébration mensuelle se décompose en quatre fêtes hebdomadaires. Je n'ai donc plus qu'à motiver et caractériser une telle décomposition, par quelques éclaircissements sommaires.

Notre premier mois, consacré à l'Humanité, exige, à cet égard , peu d'explications. Après avoir ouvert Tannée positiviste par la plus auguste de toutes nos solennités , cette fête directe du Grand-Être se trouve complétée dans les quatre célébrations hebdomadaires, où sont respectivement appréciés les divers degrés essentiels du lien social. Ils s'y rangent d'après le décroissemenl d'extension et l'accroissement d'intimité des relations collectives. La première fête glorifie le lien religieux, seul susceptible d'universalité; la seconde , la liaison due à d'anciens rapports politiques qui , quoique effacés , laissent subsister une suffisante communauté de langue et de poésie. Dans la troisième , on célèbre directement l'union active résultée d'un même gouvernement librement accepté partout. La quatrième honore la moins étendue,

SKCONDE l'AUTIE. 217

mais la plus complète des relations civiques , celle où la cohabitation familière nous rapproche le mieux de l'intimité domestique.

Pour développer le mois du mariage , sa première solennité glorifie l'union conjugale dans toute sa plénitude, à la fois exclusive et indissoluble, même par la mort. Le sacerdoce y fait profondément sentir, de cœur et d'esprit, le progrès général de cette admirable institution, première base de tout l'ordre humain, en caractérisant chacune de ses phases essentielles , depuis la polygamie primitive jusqu'au mariage positiviste.

Dans la fête suivante , on célèbre la chasteté volontaire que de graves motifs moraux ou physiques peuvent éternellement prescrire à de dignes époux. La principale destination du mariage, pour le perfectionnement mutuel des deux sexes, y devient mieux appréciable; sans que celte union exceptionnelle oblige d'ailleurs à renoncer aux affections d'avenir, toujours possibles d'après une heureuse adoption. On y fera convenablement ressortir sa tendance à régler enfin la procréation humaine , quoique les vices héréditaires ne doivent pas priver des bienfaits du mariage.

La troisième semaine de ce même mois aboutit à la célébration des unions exceptionnelles où une inégalité souvent excusable n'empêche point la princi-

pale efficacité , surtout quand les mœurs finales borneront la discordance aux âges. Enfin , la quatrième fête honore l'union posthume qui résultera fréquemment de la constitution normale du mariage humain, dont les plus intimes douceurs sont consolidées et développées par l'épuration et la fixité propres à l'amour subjectif.

Nos trois mois suivants peuvent être expliqués simultanément , d'après Y uniformité spontanée de leurs subdivisions hebdomadaires. Envers le principal d'entre eux, sa première moitié est consacrée à la paternité complète, d'abord involontaire, puis adoptive, et la seconde à la paternité incomplète que procure, dans toute société régulière, l'autorité spirituelle ou le patronage temporel. De là résultent , en décroissant, les quatre degrés normaux de l'affection paternelle , respectivement glorifiés par les quatre fêtes hebdomadaires du troisième mois positiviste. Or, les mêmes distinctions et gradations se reproduisent nécessairement envers la filiation et la fraternité , ce qui dispense ici de toute explication nouvelle pour le quatrième et le cinquième mois.

Quant au sixième , il honore d'abord la domesticité permanente , qui distinguera toujours une classe très-nombreuse, mais spéciale, puis la situation analogue où tout homme se trouve ordinairement pendant son initiation pratique. Le premier cas exige

nettement une subdivision importante, habituellement manifestée par la résidence; suivant que la domesticité est complète, chez le serviteur proprement dit, ou incomplète, chez le commis, simplement chargé d'un office déterminé. Quand les mœurs normales auront assez concilié le service domestique, surtout féminin , avec ie plein essor des affections de famille, le culte positif fera profondément sentir la supériorité morale de la première situation , où le dévouement devient plus pur et plus vif. La même distinction s'applique , quoique d'une manière moins prononcée, à la domesticité passagère , et s'y trouve pareillement indiquée par le domicile. De là résultent les deux autres fêtes du sixième mois, respectivement consacrées aux pages et aux apprentis, solvant que les maîtres sont riches ou pauvres.

La Femme. Tout ce développement spécial des divers liens fondamentaux ne me présente, mon père, aucune difficulté. Mais je crains que mon insuffisance historique ne m'empêche de comprendre assez la seconde série sociolatrique. Car l'ensemble de la préparation humaine ne m'est encore connu que d'après la première loi d'évolution

Le Prêtre. Elle suffit, ma fille, pour vous faire apprécier déjà la succession générale des trois états préliminaires indiqués au tableau sociolatrique. Mais quant à la décomposition hebdomadaire de chacun

d'eus , vous ne pourrez , en effet , la bien concevoir que d'après l'entretien historique qui terminera ce catéchisme. Je me borne donc à la principale coordination, en vous chargeant de la compléter spontanément lorsque .vous aurez acquis les notions convenables.

La synthèse fictive, toujours fondée sur la recherche des causes, comporte deux modes différents, suivant que les volontés auxquelles on attribue les événements appartiennent aux corps eux-mêmes ou à des êtres extérieurs, habituellement inaccessibles à tous nos sens. Or, le régime direct, plus spontané qu'aucun autre, constitue le fétichisme initial; tandis que l'indirect caractérise le théologisme qui le suit. Mais ce dernier état, moins pur et moins durable que le premier, présente successivement deux constitutions distinctes, selon que les dieux restent multiples ou se condensent en un seul. Le théologisme, qui n'institue , au fond, qu'une immense transition spontanée du fétichisme au positivisme, émane de l'un dans le polythéisme et conduit à l'autre par le monothéisme. Quand cette succession intellectuelle se trouve complétée par la progression sociale qui lui correspond, l'ensemble de l'initiation humaine est assez caractérisé, comme vous le sentirez bientôt.

Vous pourrez alors apprécier assez l'aptitude de

notre seconde série sociolatrique à glorifier dignement toutes les phases essentielles de cette longue préparation, depuis le premier essor des moindres peuplades jusqu'au double développement de la transition moderne. Cette pleine célébration du passé Immain en douze fêtes hebdomadaires résulte de la condensation historique que comporte, par sa nature, le culte abstrait

La Femme. Nous pouvons ainsi, mon père, commencer la dernière série sociolatrique. Le mois consacré à la providence morale ne m'y présente aucuu embarras, d'après l'évidente distinction qui sépare les types féminins propres à ses quatre fêtes hebdomadaires. Mais la décomposition du mois sacerdotal m'échappe encore. *

Le Prêtre. Concevez-la, ma fille, d'après les divers modes ou degrés du sacerdoce positif, rangés suivant leur plénitude croissante. Ce grand ministère exige un rare concours des qualités morales, tant actives qu'affectives, avec les talents intellectuels, esthétiques et scientifiques. Si donc ceux-ci se trouvent seuls saillants, leurs possesseurs, après une culture convenable, doivent rester, toujours peutêtre, simples pensionnaires du pouvoir spirituel, sans jamais aspirer à s'y incorporer. Dans ces cas heureusement exceptionnels, le plus beau génie, poétique

ou philosophique , ne saurait dispenser de tendresse

et d'énergie un fonctionnaire qui doit être habituellement animé d'intimes sympathies et destiné souvent à des luttes difficiles. Ce sacerdoce incomplet permet de cultiver dignement tous les vrais talents sans compromettre aucun service social.

Quant au sacerdoce complet, il exige d'abord uu degré préparatoire, que l'aspirant ne dépassera point si, malgré sa vocation proclamée, il ne subit pas avec assez de succès le noviciat convenable. Après cette épreuve décisive, il obtient, à trente-cinq ans, le sacerdoce direct et définitif, mais en l'exerçant pendant sept ans au degré secondaire, qui caractérise le vicaire ou suppléant Quand il a dignement accompli toutes les phases de notre enseignement encyclopédique, et même ébauché les autres fonctions sacerdotales, il s'élève, à quarantedeux ans, au principal grade, en devenant irrévocablement un prêtre proprement dit. Telles sont les quatre classes théoriques que célèbrent respectivement les fêtes hebdomadaires du onzième mois.

La Femme. Le suivant, mon père, n'exige aucune explication spéciale. Quoique l'existence pratique me soit peu familière, son caractère nettement tranché me permet de comprendre assez la décomposition normale du patriciat en quatre classes essentielles, suivant la généralité décroissante des fonctions et la multiplicité croissante des fonctionnaires. Peut-être

même que , dans dos temps d'anarchie , les femmes sont plus aptes que les prolétaires, et surtout que Leurs docteurs, à biea apprécier cette hiérarchie naturelle, parce qu'elles se trouvent mieux préser- • vées des passions perturbatrices et des vues sophistiques. Je me félicite donc que les quatre fêtes hebdomadaires de notre douzième mois viennent annuellement honorer, et dès lors moraliser, ces divers modes nécessaires de la puissance matérielle, sur laquelle repose toute l'économie sociale. Mais je ne saisis pas aussi bien la décomposition du mois final.

Le Prêtre. Elle résulte, ma fille, de la généralité spontanée qui caractérise le prolétariat , où tous les grands attributs humains exigent une idéalisation distincte Cette immense masse sociale, souche nécessaire de toutes les classes spéciales, se trouve essentiellement vouée à la vie active, directement célébrée par la première fête hebdomadaire du mois plébéien. Après ce prolétariat actif, il faut distinctement honorer le prolétariat affectif qui raccompagne nécessairement. Cette glorification spéciale des femmes prolétaires peut seule compléter digne ment la célébration générale des types féminins, considérés, au dixième mois, sous l'aspect commun à toutes les classes , mais appréciés ici dans leur essor populaire.

La troisième fête de notre treizième mois doit dignement caractériser le prolétaire contemplatif, surtout esthétique, ou même scientifique, qui, n'ayant pu pénétrer chez un sacerdoce nécessairement circonscrit , se sent néanmoins plus théoricien que praticien. Il faut quelquefois plaindre ces types exceptionnels , et toujours les respecter, afin de les utiliser assez en dirigeant avec sagesse leurs tendances spontanées. C'est principalement d'eux que doit émaner le contrôle général du prolétariat envers les pouvoirs spéciaux , quoique l'impulsion correspondante exige des natures plus actives.

Enfin , la dernière fête de notre mois populaire se rapporte essentiellement à la mendicité , soit passagère , soit même permanente. Le meilleur ordre humain ne pourra jamais prévenir entièrement cette extrême conséquence des imperfections propres à la vie pratique Ainsi, l'idéalisation de notre sociabilité resterait incomplète si le sacerdoce ne la terminait point par une juste appréciation de cette existence exceptionnelle Quand elle est pleinement motivée et dignement exercée, elle peut mériter souvent les sympathies, et quelquefois les éloges, de toutes les âmes honorables. Plus mobile qu'aucune autre, cette classe complémentaire se lie spontanément à tous les rangs sociaux, qui doivent alternativement y puiser et l'ai m enter. Elle devient ainsi

très-propre à développer la réaction générale du prolétariat sur tous les pouvoirs humains. Il y aurait donc autant d'imprévoyance que d'injustice à ne pas la gratifier d'une idéalisation distincte.

La Femme. Quant au jour complémentaire, je comprends, mon père, pourquoi le positivisme transporte à la fin de notre année la célébration collective que le catholicisme introduisit heureusement envers les morts. Cette touchante commémoration , dont l'interposition eût troublé l'économie normale de notre culte public , en complète dignement l'ensemble et en prépare naturellement le retour annuel. Il convenait que la fête propre du Grand-Être se trouvât précédée par la glorification de ses organes quelconques.

Le jour additionnel des années bissextiles ne m'offre pas plus de difficulté. Mon sexe ne pouvant presque jamais mériter directement une apothéose personnelle et publique, le culte abstrait devait, sans dégénérer en célébration concrète, honorer ainsi l'ensemble des femmes dignes de célébration individuelle. On complète l'idéalisation humaine en glorifiant le bon emploi des diverses aptitudes exceptionnelles que comporte la nature féminine, quand son principal caractère n'en reçoit aucune altération.

Le Prêtre. Puisque vous avez , ma fille , achevé

spontanément la suffisante explication de notre culte public , la seconde partie de ce catéchisme se trouve entièrement terminée. Nous devons donc procéder maintenant à l'étude du régime , qui constitue directement le but final de toute l'initiation positive , où le dogme, et même le culte, sont seulement préparatoires. Après avoir apprécié le positivisme comme la vraie religion, d'abord de Tordre, puis de l'amour, il faut enfin y reconnaître aussi la seule religion pleinement convenable à l'ensemble du progrès humain, surtout moral

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