‹ Catéchisme positiviste ou, Sommaire exposition de la religion universelle, en onze entretiens systématiques entre une femme et un Prêtre de l'humanitéChapitre 69 sur 110 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

La Femme. D'après l'ensemble de cette explication, je conçois, mon père, la séparation fondamentale entre le sacerdoce et le gouvernement comme résultée surtout de la division nécessaire entre la théorie et la pratique. Mais l'appréciation précédente ne se rapporte essentiellement qu'au progrès, c'est-à-dire à l'activité. Or, pour établir solidement un principe aussi capital , il faudrait encore , ce me semble, le rattacher directement à l'ordre proprement dit, c'est-à-dire à la conservation. Si, dans l'harmonie sociale , le prolétariat doit naturellement être surtout progressiste , mon sexe , d'après sa situation passive, y fonctionne principalement comme conservateur.

Le Prêtre, Pour vous satisfaire convenablement, il suffit, ma fille, de considérer statiquement le régime humain. Étudiez-y l'existence au lieu du mouvement, et vous parviendrez bientôt à la division des deux pouvoirs, comme base universelle de l'ordre social; en partant du seul principe de la coopération , sur lequel Aristote fonda la vraie théorie de l'association civique résultée du concours des familles. Car chaque serviteur de l'Humanité doit toujours être apprécié sous deux aspects distincts quoique simultanés, d'abord envers son office spécial, puis quant à l'harmonie générale. Le premier devoir de tout organe social consiste, sans

doute , à bien remplir sa propre fonction. Mais le bon ordre exige aussi que chacun assiste, autant que possible, l'accomplissement des autres offices quelconques Un tel attribut devient même le principal caractère de l'organisme collectif, d'après la nature intelligente et libre de tous ses agents.

Or, il existe spontanément une opposition de plus en plus prononcée entre ces deux offices , l'un spécial, l'autre général, de chaque fonctionnaire humain. Car, le premier se particularisant davantage à mesure que la coopération se développe , il suscite des dispositions intellectuelles, et môme des tendances morales, qui détournent de plus en plus d'une appréciation d'ensemble, devenue aussi de plus en plus difficile. Tel est le vrai point de vue élémentaire de la théorie générale du gouvernement, d'abord temporel , puis spirituel.

Aucune fonction , même vitale, et surtout sociale, ne pouvant bien s'accomplir que d'après un organe propre, le moindre concours humain exige donc une force spécialement destinée à y ramener aux vues et aux sentiments d'ensemble des agents qui tendeut toujours à s'en écarter. Elle doit sans cesse contenir leurs divergences et développer leurs convergences. D'une autre part, cette puissance indispensable surgit naturellement des inégalités que suscite toujours l'essor humain.

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