TROISIÈME PARTIE
l'ordre extérieur ou l'ordre humain. Telle est la meilleure source élémentaire de la séparation normale entre l'action temporelle et l'action spirituelle. La dignité supérieure de celle-ci résulte alors de la prépondérance naturelle du progrès correspondant. Ainsi , le domaine pratique de la religion consiste à perfectionner l'ordre humain , d'abord physique, puis intellectuel , enfin et surtout moral. Malgré la diversité de ces trois aspects, ils doivent toujours rester inséparables, d'après leur intime connexité, qu'il faut encore plus respecter pour l'action que pour la spéculation. Quant à l'ordre extérieur , son amélioration directe et spéciale ne concerne point la religion : elle constitue le domaine propre de la politique ou de l'industrie. Toutefois, la religion y trouve indirectement une participation importante mais générale, d'après la grande influence que l'état de l'agent humain exerce nécessairement sur les résultats effectifs de son action quelconque. Dans toute opération pratique, le succès exige d'abord que chaque coopérateur soit honnête, intelligent, et courageux. Mais c'est seulement en ce sens que la religion participe toujours à la constitution fondamentale de chaque industrie spéciale.
La Femme. Ainsi, mon père, la morale, considérée comme un art, diffère de tous les autres par son entière généralité. C'est le seul qui doive être
2i2 CATÉCHISME POSITIVISTE.
universellement appris, puisque toutes les existences humaines en ont également un besoin continu. Son étude spontanée appartient donc à tous , en proportion de leur aptitude naturelle et de leurs lumières empiriques. Mais elle ne peut être systématisée que par le sacerdoce, d'après ses relations nécessaires avec l'ensemble des théories réelles. C'est ainsi que la morale me semble constituer le domaine essentiel de la religion, d'abord comme science, puis même comme art.
Le Prêtre. Vous devez, ma fille, compléter une telle appréciation en considérant la participation spéciale du sacerdoce positif à l'ensemble de chaque industrie , en tant que connaissant seul toutes les lois essentielles de l'ordre extérieur. Quoique ces notions théoriques ne puissent jamais dispenser des éludes pratiques, comme le rêve souvent l'orgueil scientifique, elles doivent toujours leur servir de base et même de guide. Ayant d'abord appris du sacerdoce les principales lois des phénomènes à modifier, chaque praticien y rattache ensuite tous les développements spéciaux résultés de ses inductions empiriques. Quand l'essor de ses travaux propres lui fait sentir le besoin de nouvelles notions générales, c'est au sacerdoce qu'il doit encore les demander, au lieu de troubler sa marche industrielle par une vaine culture scientifique.