‹ Catéchisme positiviste ou, Sommaire exposition de la religion universelle, en onze entretiens systématiques entre une femme et un Prêtre de l'humanitéChapitre 77 sur 110 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

emploi sagement prolongé demeure souvent insuffisant. Alors le sacerdoce , ne pouvant rectifier les tendances intérieures , procède indirectement contre elles, en invoquant l'opinion extérieure.

Sans convertir le coupable , il le contient par le jugement d'autrui. On ne peut jamais contester la pleine légitimité de ce moyen indirect, qui repose toujours sur une simple appréciation de chaque conduite. Nui ne saurait empêcher un tel jugement, auquel chacun participe envers les autres, et qui repose sur une doctrine librement admise par tous. Cependant, le coupable, qui ne reconnaît pas sa faute, ou dont la volonté nia pas changé, subit ainsi la pression d'une force vraiment coercitive. Mais il ne peut réclamer contre elle , parce qu'elle reste purement morale. Si les autres s'abstenaient de juger, ce seraient eux qui se trouveraient opprimés , et sans l'avoir aucunement mérité. Toutefois, malgré l'évidente légitimité de ce mode indirect , on ne doit y recourir qu'après avoir épuisé les moyens directs.

Quand il devient indispensable , il comporte successivement trois degrés généraux. Le sacerdoce emploie d'abord la simplè remontrance domestique, devant les proches et les amis convoqués spécialement; puis, le blâme public, proclamé dans le temple de l'Humanité; enfin l'excommunication so-

*2ùU CATÉCHISME POSITIVISTE.

ciale , temporaire ou perpétuelle. Sans excéder sa juste autorité, le pouvoir spirituel peut aller, eu effet, jusqu'à prononcer, au nom du Grand-Être, l'indignité radicale d'un faux serviteur, devenu, dès lors incapable de participer aux devoirs et aux bienfaits de l'association humaine. Mais , si k sacerdoce abusait d'une telle attribution , soit pour satisfaire d'injustes animosités, soit même par un zèle aveugle ou déplacé, il en secail bientôt puni. Cac, toute l'efficacité de ce mode reposant sur la libre sanction du public y la neutralité de celui-ci ferait avorter le coup , qui tendrait dès lors à discréditer ses auteurs. Quand l'opinion générale seconde suffisamment la réprobation sacerdotale , cette discipline spirituelle comporte une efficacité dont le passé ne peut fournir aucune mesure, parce qu'un tel concours ne, put être encore institué pleinement , faute d'éducation positive.

Alors le coupable, quelque riche ou puissant qu'il soit, se verra quelquefois, sans éprouver aucune perte matérielle , graduellement abandonné de sessubordonnés, de ses domestiques, et même de ses plus proches parents. Malgré sa fortune, il pourrait, dans les cas extrêmes, être réduit kse procurer directement sa propre subsistance, parce que personne ne vaudrait le servir. Quoique, libre de s'expatrier, iLne. fuira la réprobation du sacerdoce universel qu!en se

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réfugiant chez les populations encore étrangères à la foi positive , qui s'étendra finalement à> toute la planète humaine. Cet extrême développement de la discipline religieuse doit heureusement rester toujours exceptionnel. Mais son appréciation distincte e*t maintenant indispensable pour nous mieux indiquer l'efficacité d'un tel régime.

* La Femme. Quelle que soit cette puissance morale , je concevrais difficilement , mon père, qu'elle dispensât jamais de tout recours à la compression matérielle , soit sur les biens , soit même sur les personnes

Le Prêtre. En effet , ma fille , la législation proprement dite demeurera toujours nécessaire y pour suppléer à l'insuffisance de la simple morale envers les plus urgents besoins sociaux. La conscience et l'opinion seraient souvent impuissantes contre les infractions journalières, si la force temporelle n'appliquait des répressions physiques aux cas les plus grossiers. Outre ces déviations fréquentes, mais légères, dues surtout à l'inertie des bons instincts, U même garantie convient davantage aux graves aberrations résultées directement de la prépondérance des mauvais penchants. Il existe, eu effet, dans, notre espèce, comme chez les autres, des individualités radicalement vicieuses , qui me comportent ou ne méritent aucune véritable correction. Envers

ces organisations exceptionnelles, la défense sociale ne cessera jamais d'être poussée jusqu'à la destruction solennelle de chaque organe vicieux, quand l'indignité sera suffisamment constatée par des actes décisifs. Une fausse philanthropie peut seule conduire à prodiguer aux scélérats une commisération et une sollicitude qui seraient mieux placées envers tant d'honnêtes victimes de nos imperfections sociales. Mais, sans que la mort juridique, et, à plus forte raison, la confiscation totale ou partielle, puissent jamais cesser entièrement, leur emploi doit devenir de moins en moins fréquent à mesure que l'humanité se développe. L'essor continu du sentiment , de l'intelligence, et de l'activité tend de plus en plus à faire prévaloir la discipline spirituelle sur la répression temporelle, quoique celle-ci reste toujours indispensable.

La Femme. Cet aperçu général du régime humain me semble, mon père, négliger les cas où la prévarication morale proviendrait du sacerdoce même.

Le Prêtre. Alors, ma fille, la discipline spirituelle suit une marche semblable, quoique avec moins de régularité. Car, la morale universelle démontre les devoirs du sacerdoce autant que ceux de toute autre classe , et même elle les fait ressortir davantage , vu leur importance prépondérante. La censure pu-

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