‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemples (volume 2)Chapitre 1 sur 28 · RUE DE LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

RUE DE LA MONTAGNE

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DOCTRINE CHRETlËiWE.

Slrotöicmc :partte.

ÖES MOYEIVS DE SALUT.

DE r. A en. j%.€:b: eim g EXKtt ai..

{Gr. Cal. i'^ g.) Pour croire les vérités de la foi, observer les commande^ ments et parvenir ainsi au bonheur éternel, nous avons besoin de la grâce de Dieu. — Explication. Dans la première partie de notre catéciiisme, nous avons appris que nous connaissons Dieu par la foi, dans la seconde, que, par l'observation des commandements, nous le servons, et qu'ainsi nous devons sauver notre âme; mais nous ne pouvons rien de tout cela par nos propres forces; nous ne pouvons ni croire, ni garder les commandements, ni nous sauver par nous-mêmes; nous avons besoin, à cet effet, de la grâce de Dieu. L'homme est de luimême faible et fragile; ses forces sont affaiblies et viciées par le péché originel, de sorte que, par elles seules, il n'est pas en état de faire la moindre bonne œuvre qui puisse le conduire à la véritable sainteté et à fa justice. « Or, tout ce qui est faible, » dit S. Bonaventure, « a besoin d'assistance et de secours; l'aveugle a

CATÉC. i'RATIQUE. T. III. 1

2 I»E I.A (iR\CE.

besoin d'un guide isuiir ne pas tomber en chemin ; le malade a besoin d'aliments pour se forlilier de nouveau; l'arbre, planté sur un terrain pierreux, a besoin de pluie. C'est ainsi qu'à l'homme devenu faible et sans force par le péché originel, il faut un secours étranger; il lui faut la grâce divine, afin de parvenir au but qui lui est assigné. » Il en est ainsi. wSans la grâce de Dieu, nous ne pouvons rien pour notre salut. C'est poun^uoi le divin Sauveur disait: « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » (S. Jean. 15, o.) Ce n'est donc que par la grâce dont Dieu nous fortifie, que nous pouvons marcher dans la voie de ses commandements, comme Dieu lui-même s'en est exprimé dans Ezéchiel : « Je veux vous donner mon esprit et faire en sorte que vous marchiez dans la voie de mes commandements, « (36, 27.) et un peu plus loin, (piand il a dit: « J oterai de leur chair le cœur de pierre, et je leurdonnerai un cœur de chair, afin qu'ils marchent dans la voie de mes préceptes. » (11, 19-20.).

Sainte Catherine de Gènes

ne reconnaissait que trop bien cette faiblesse et cette impuissance où se trouve l'homme quand il est dépourvu de la grâce de Dieu. C'est pourquoi elle s'écriait souvent en gémissant: « 0 mon Dieu, de moi-même je suis impuissante à faire le moindre bien ; je ne suis capable que de commettre le mal. Hélas! Si le Seigneur ne me soutenait sans cesse de sa grâce, que deviendrais-je? » Au milieu des ditierentes fautes qui lui échappaient de temps à autre par faiblesse, elle avait coutume de dire: « Voilà de nouveau un produit de mon jardin! » — Pénétré du sentinjent de cette faiblesse humaine,

Saint Paul

lui-même s'écriait: « Je sais qu'il n'y a rien de bon en moi. Je trouve en moi la volonté de faire le bien, mais je ne trouve point en moi la volonté de l'accomplir. Selon l'homme in-

térieur, je trouve du plaisir dans la loi de Dieu, mais je sens dans mes membres une autre loi qui eombal contre la loi de mon esprit, et qui me tient captif sous la loi du péché, qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis! Uui me délivrera de ce corps de mort?» {Epi t. aux Rom. 7, 18-24.)

Comparaison de S. Macaire.

« Personne n'est en état de passer seul la mer, s'il n'a un navire et des vents favorables. Vouloir la traverser sans ce moyen, ce serait s'y noyer infailliblement. 11 est également im[)Ossible qu'une âme traverse l'océan amer des péchés, (qu'elle observe les commandements de Dieu et se sauve), si elle n'est aidée par l'esprit céleste et puissant de Jésus- Christ (et portée dans le navire de la grâce divine) qui, dans sa course rapide, la fera aborder au port de la sainte cité de Dieu. »

[Gr. Cal. 2«-3« q.) Notion et division de la grâce. — Explication. Dans le langage ordinaire le mot grâce signifie don gratuit, non mérité; lorsque, par exemple, un roi accorde la vie à un coupable condamné à mort, on dit: que celui-ci a été gracié, c'est-à-dire qu'on lui a fait grâce, qu'on lui a donné ce qu'il n'avait pas mérité. C'est ainsi que par la grâce de Dieu on entend, dans un sens plus élendu, tout présent non mérité, tout don de Dieu, tout bienfait que Dieu nous accorde pour l'âme ou pour le corps. De là les grâces de Dieu naturelles et surnaturelles, extérieures et intérieures. Par grâces naturelles et extérieures on entend tous les bienfaits de Dieu dans Vordre delà nature, comme la vie, la santé, la force du corps, la vivacité de l'esprit, les aliments, etc., et par grâces surnaturelles, tous les bienfaits que Dieu accorde à l'homme pour le conduire à sa destinée surnaturelle. Si ces grâces sont hors de nous, nous les désignons sous le nom de grâces

sur iiatur elles extérieures, telles sont, par exemple, la prédication de l'Evangile, les exhortations, etc; mais si elles se rapportent aux facultés intérieures de l'homme, à l'âme, à l'intelligence et à la volonté, en ce cas on les appelle grâces surnaturelles intérieures, et c'est de ces dernières qu'il est seulement question ici. C'est pourquoi il est dit dans le catéchisme que par la grâce divine nous entendons ce secours ou ce don intérieur, surnaturel que Dieu nous accorde, à cause des mérites de Jésus-Christ, pour opérer notre salut éternel. » On la divise 1) en grâce actuelle qu'on appelle aussi grâce de secours ou grâce passagère, parce qu'elle n'opère sur l'âme qu'en passant, et 2) en grâce sanctifiante, qu'on appelle encore habituelle, permanente ou grâce de justification, parce qu'elle demeure dans l'âme, l'embellit, la rend sainte et juste aux yeux de Dieu.

S. Fulgence, S. Bernard.

En parlant de ces différentes espèces de grâces, S. Fulgence dit: « La grâce prévient l'impie, afin qu'il devienne juste; elle suit le juste pour qu'il ne devienne pas impie. Elle précède l'aveugle comme une lumière et lui montre ce qu'il ne pouvait trouver autrement: elle suit celui qui voit pour qu'il garde la lumière dont il est en possession, et elleva audevant de celui qui est tombé, afin qu'il se relève, puis elle le suit afin qu'il ne tombe plus. » — « Nous avons besoin, » dit S. Bernard, « d'une triple bénédiction, d'une bénédiction qui prévient, qui assiste et qui achève. La première bénédiction est celle de la miséricorde, la seconde celle de la grâce, la troisième celle de la gloire. La miséricorde parait avec la conversion, la grâce accompagne et assiste l'homme dans sa conduite, la gloire couronne et achève la fin. Or, si Dieu n'accorde pas cette triple bénédiction, nous ne pouvons produire des fruits de salut; car nous sommes incapables et de commencer le bien, si la miséricorde ne nous prévient, et de le pratiquer, si la grâce ne nous assiste, et d'en atteindre

la perfection, avant que la gloire ne nous ait remplis. La première grâce on pourrait l'appeler bénc^diction de la douceur, la seconde, celle qui nous assiste, bénédiction de la force, et la troisième, qui achève, bénédiction de l'abondance. »

La grâce sanctifante et la grâce acluelle. [Comparaison.)

l.i' docteur Massl dans son Cours a'mslructions essaie d'expliquer la différence qui existe entre la grâce sanctifiante et la grâce actuelle par la comparaison suivante. « La grâce sanctifiante, » dit-il, « c'est la translation de l'homme de son état de péché, de culpabilité, de châtiment, de colère de Dieu et de réprobation, 5 l'état de sainteté, d'innocence, de complaisance aux yeux de Dieu. C'est un réveil de la mort du péché {Eph. d1, 45.), et notre justification devant Dieu, par les mérites de Jésus-Christ, qui nous sont appliqués. Cet état est un état permanent, dans lequel nous sommes les enfants de Dieu et les héritiers de la vie éternelle ; dans cet état, nous nous trouvons en possession de la plus haute dignité et des grâces les plus riches. Mais autre chose cependant est d'être en possession d'une dignité élevée, de richesses inestimables, d'un héritage précieux, et autre chose est de conserver cette dignité, ces richesses, cet héritage, de n'en rien perdre et de les augmenter encore. Qui ne voit qu'il y a là une grande différence. Une comparaison vous l'expliquera mieux : Un enfant tout jeune a été mis par son père en possession d'un riche héritage, il est heureux et jouit d'une grande considération à cause de sa fortune; cependant si tout était abandonné au gré de cet enfant, celui-ci, à cause de son impuissance et de sa faiblesse à se défendre contre les flatteurs qui voudraient exploiter sa fortune, contre les voleurs et d'autres fripons, n'est-il pas exposé à perdre toutes ses richesses, sa considération et son bonheur, à être privé de tout son héritage et à devenir très-malheureux? Cet enfant a donc besoin d'un tuteur qui lui apprenne à bien user de ses richesses, qui le rende attentif aux dangers dont son héritage est menacé, qui le protège contre ses ennemis, enfin

*» 1>E LA GnACE.

(jui le rende apte à conserver et îi augmenter ses biens. 11 en est de même de la grâce sanctifiante et de la grâce actuelle. La grâce sanctifiante nous élève à la plus haute dignité, à la sainteté, à l'innocence et à la justice devant Dieu, elle nous communique les plus grandes richesses, le droit à l'héritage des cieux; tandis que la grrffce actuelle nous soutient, nous r'>nT^^Mnique des conseils et de la prévoyance, nous donne de la force et de l'énergie pour conserver les richesses, la dignité, le bonheur de la grâce sanctifiante, pour les garder intacts, pour en bien user et les augmenter. Quand il s'agit du bon usage de la grâce sanctifiante que nous avons reçue, nous sommes toujours des enfants mineurs qui ont besoin de conseil et d'assistance, afin que nous ne perdions pas notre héritage éternel. Par le péché originel nous avons reçu en effet des blessures mortelles; outre qu'il nous a fait perdre l'éternelle félicité, il affaiblit notre connaissance du bien et la volonté de le pratiquer. Il est vrai qu'au moyen de la grâce sanctifiante, Dieu retire la sentence de damnation, et nous déclare de nouveau ses héritiers; mais la corruption générale du cœur nous reste comme une occasion de combats méritoires. Le penchant à la sensualité nous aveugle, et cet aveuglement nous emporte si loin que nous ne pratiquons pas le bien que nous connaissons (1 Epit. aux Corinth. 2, 44 — aux Rom. 7, 19.); or, si nous ne voulons pas perdre de nouveau, soit par ignorance, soit par faiblesse de la volonté pour le bien, l'héritage céleste, nous avons besoin de secours, et ce secours Dieu nous l'accorde par la grâce actuelle, qu'on peut appeller aussi pour cela grâce d'assistance. Elle est un don intérieur, surnaturel, venant de Dieu, pariaquelle iléclaire notre intelligence et for liße notre volonté pour choisir et pratiquer constamment lehien.?>.ku%\xsi'm exprime la différence qu'il y a entre la grâce sanctifiante et la grâce actuelle, de la manière suivante : « Dieu ne nous guérit pas seulement en effaçant les péchés que nous avons commis, mais encore en nous donnant les forces nécessaires pour ne plus pécher. » [De natura et grat. c. 26, n, 29.) — La grâce actuelle nous est donc nécessaire pour arriver à la grâce sanctifiante et pour la conserver.

§ 1. DE LA r.UACK ACTLELLF..

{Gr. Cut. ¥-iV q.) Définition et nécessité de la grâce actuelle. — Explication. La grâce actuelle ou la grâce de secours consiste en ce que Dieu écla-re notre esprit et incline notre volonté à éviter le mr', ;! vouloir le bi(!; ^1 à l'accomplir. La gr;.ce actuelle produit donc dans notre ;;ine ce que le soleil produit dans la nature. Non-seulement cet astre éclaire la terre et les autres planètes, mais il exerce encore uneforce attractive, desorte qu'elles se meuventautour du soleil comme autour de leur centre. Ces effets, la grâce les produit aussi dans l'âme de l'homme; elle éclaire son esprit et attire sa volonté au bien. C'est pourquoi S. Augustin écrivait {De gratia Christ, cap. 12.) : « La grâce a pour effet, non-seulement de nous faire connaître ce qui doit être pratiqué, mais aussi de nous faire pratiquer ce qui est connu ; non-seulement de nous faire croire ce qui doit être aimé, mais encore de nous faire aimer ce qui doit être cru. » En tant que Ton considère l'influence de la grâce actuelle sur l'esprit, on l'appelle grâce illuminative ; en tant qu'on la considère comme excitant la volonté on l'appelle grâce excitante. Ensuite, selon que la grâce actuelle, dans ses opérations j)assagères, nous prévient pour connaître et vouloir le bien, ou nous accompagne tandis que nous faisons le bien, ou nous suit afin que nous continuions à vouloir et à faire le bien, on rap|)elle ou grâce prévenante, ou grâce concomittante, ou grâce subséquente.

(Voyez ci-dessus l'explication de S. Hernard, page 4.)

Prière de David pour obtenir ta grâce actuelle.

Autrefois le roi David suppliait Dieu de lui accorder la grâce actuelle, c'est-à-dire, cette influence divine sur son esprit et sa volonté, quand il s'ëcriail : « Remplissez- moi

8 DL I.A Gr.ACE.

d'intelligence, afin que que j'étudie votre loi et que je l'accomplisse de tout mon cœur... Inclinez mon cœur vers vos préceptes, etc. (Ps. 148, 34-56,)

Explication. Nous aussi nous avons tous les motifs pour demander instamment cette grâce; en effet elle nous est absolument nécessaire, puisque, sans elle, nous lie } luvons ni commencer, ni continuer, ni achever la moindre chose pour notre saint; « Car c'est Dieu, » dit S. Paul, c( qui opère en vous le vouloir aussi bien que le taire. » [Epît. anx Phil. 2, 13.) « De même, » dit S. Fulgence, « que le corps ne peut rien faire, s'il n'est vivifié l>ar l'âme, de même l'homme ne peut ni vouloir, ni faire le bien (pour son salut), s'il n'est soutenu par la grâce. » S. Irenée écrit: « La grâce de Dieu nous est aussi nécessaire que l'eau à la terre desséchée. Sans la pluie, l'herbe ne peut croître, la fleur s'épanouir, l'arbre s'éîever ou le fruit se développer. C'est ainsi que sans la grâce de Dieu nous ne pouvons ni pratiquer des vertus, ni produire des fruits (pour notre salut). » [Lib. 3 adv. Hœret. cdp. 17.) En tout ceci, il ne faut jamais perdre de vue cette expression: pour notre salut; car l'homme, dans son état naturel, peut aussi, par la seule volonté naturelle, produire de bonnes actions morales; mais celles-ci, ne provenant que de sa volonté naturellement bonne, ne sont pas en état de lui mériter la grâce ou le salut, elles ne peuvent que l'y préparer en quelque sorte. — Cette nécessité de la grâce d'i\'me pour tout ce qui conduit au salut, nous la comprendrons d'autant mieux, quand nous aurons examiné attentivement les deux points suivants:

1) L'éternelle félicité dont la future possession est notre destinée sur la terre, est évidemment un bien de Vordre surnatw'el; et c'est pourquoi on ne peut y parvenir qu'au moyen de forces et de secours surnaturels, c'est-

à-dire au inoven de la erâce, en d'autres mots: la i^ràce de Dieu nous est absolument nécessaire, si nous voulons parvenir au ciel, ou travailler à notre salut; comme S. Paul l'exprime par ces paroles : « Non que nous soyons capables d'avoir de nous-mêmes aucune bonne pensée comme de nous, mais notre science vient de Dieu. » (2 Epît. aux Cor, 3, 5.)

Qu'est-ce que V homme par ou sans la grâce?

Un compagnon du séraphique S. François d'Assise découvrit dans une vision la place destinée à cet illustre patriarche, place au-dessous des séraphins dans le ciel. Quelques moments après, il demanda au saint ce qu'il pensait de luimême, et l'humble serviteur de Dieu répondit: « 3Ion cher frère! je ne crois pas que la terre porte un plus grand pécheur que moi. » — « Comment donc, Père bien-ainié, » dit le compagnon, « pouvez- vous dire quelque chose de semblable sur votre compte sans blesser la vérité, puisqu'il y a des voleurs, des fornicateurs, des assassins et d'autres criminels qui, sans comparaison, ont commis des fautes bien plus graves que vous? »Alors François lui répondit par ces paroles remarquables: «Ce que je sais très-bien, c'est que si ces personnes dont vous me parlez, eussent reçu de Dieu d'aussi grandes grâces que moi, il n'y a pas de doute qu'elles n'y eussent mieux coopéré que je ne l'ai fait et s'en seraient montrés plus reconnaissantes envers Dieu. Aussi je crois certainement que si Dieu retirait un moment sa main protectrice de dessus moi, je m'enfoncerais dans les crimes les plus honteux et je deviendrais le plus méchant des hommes. » (Le messager de Jericho).

Heßexions de S. Chrysostôme sur la nécessité de la grâce.

Pour nous montrer combien la grâce de Dieu ou l'assistance divine est nécessaire à notre salut, S. Chrysostôme s'explique comme suit: «Si grandes que soient notre sagesse etnotre force, l'assistancedivinevient-elle à nous manquer, il

nous est impossible de résister à la moindre des tentations.

10 i»: f.\ cf.Ace.

Mais pourquoi parler d'un être faible el misérable tel que je suis? Fût-on un Paul, un Pierre, un Jacques, un Jean, si le secours divin venait à manquer, on serait aisément vaincu, on tomberait infailliblement. Pour confirmer ce que je viens de dire, je neveux que vous rappeler les paroles adressées par Jésus-Christ à S. Pierre: « Voilà que Satan a désiré vous passer au crible comme le froment. Et moi, j'ai prié pour vous, afinque votre foi ne défaille pas. » (S. Luc, 22, 31, 32.)

11 veut dire par là que s'il n'avait soutenu Pierre, la foi de cet apôtreeùt fait naufrage. Or, si S. Pierre, qui aimait avec lant d'ardeur Jésus-Christ, et exposa mille fois sa vie pour lui après qu'il fut ressuscité, si le prince des apôtres, que le divin Maître lui-même proclama bienheureux et nomma un rocher à cause de sa foi si ferme, eût chancelé et renoncé à -sa foi sans le secours surnaturel que le Fils de Dieu lui accorda, qui pourrait se flatleralorsdc demeurer ferme sans l'assislance divine? »

Comparaisons.

« La grâce de Dieu nous est aussi nécessaire que l'encre à la plume. Car vous ne pouvez inscrire une seule vertu dans votre âme, si l'œuvre de la grâce divine vous manque. > (.S. Thom. dWq. in H Apoc.)

« De même que l'œil ne peut voir sans lumière, de même l'homme ne peut rien faire de bien ([)our le salut) sans la grâce. » [S. Augustin.)

« Le corps sans âme est mort et n'est capable de rien; ainsi l'âme, sans la grâce, est morte pour le royaume des cieux ; elle est incapable de faire quoique ce soit en vue de Dieu. » {Idem.)

La grâce de Dieu nous est aussi nécessaire que la médecine aux malades. Comme le corps d'un malade a besoin d'une médecine pour être guéri, ainsi l'âme malade (le pécheur) a besoin de la grâce divine pour être guérie aussi et parvenir au salut. » {Idem) (i).

(1} Voyez l'exemple et la l'ompuui-oi) cilé» après !a 1'<" ijuestioii.

Dt l.A OI'.ACE. 1 I

2) C'est la grâce seule qui nous unit à Jésus-Christ et nous rend participants de ses mérites infinis qui sont la source de tout salut; la grâce est semblable à la sève qui nous arrive p-ar le cep divin, par Jésus-Christ, et nous unit à lui comme autant de branches, afin que nous puissions porter des fruits pour la vie éternelle. C'est pourquoi le divin Sauveur a dit: « Comme la branche de la vigne ne peut porter de fruit par elle-même, si elle ne demeure unie à la vigne, ainsi vous, si vous ne demeurez en moi... Car sans moi, vous ne pouvez rien faire. » (S. Jea7i. lo, 4-5.) S. Jérôme, expliquant ce texte, ajoute:« De même que la branche souffre et se dessèche, si elle est retranchée du cep, de même toute la force de l'homme souffre et disparaît, si elle est privée de la grâce de Dieu. » {Lib. III, dial. adv. Pelag. cap. 2.) Par conséquent la grâce de Dieu est absolument nécessaire, si nous voulons demeurer unis à Jésus-Christ et participer à ses mérites; car, sans la grâce, l'homme ressemble à un arbre arraché de terre; sans la grâce, l'homme est en dehors de toute union avec Dieu; il est, pour ainsi dire, entièrement séparé du champ céleste; toutes ses actions sont et demeurent des actions purement terrestres, n'ayant aucun rapport avec le ciel, aucune valeur pour le salut. Mgr Schwab! expose cette vérité de la manière suivante dans une parabole d'une naïve simplicité.

L'arbre de mai.

Les jeunes gens d'un village plantèrent un jour un arbrede mai, et, à cet efl'et, ils avaient choisi dans la forêt voisine un magnifique bouleau. L'arbre s'élevait au-dessus de toutes les maisons de l'endroit ; il fut orné d'une multitude de banderoles de soie aux couleurs les plus variées, au milieu desquelles on suspendit du clinquant et des centaines de petites sonnettes. Quand le vent soufflait, toutes ces paillettes bril-

12 DE l.A GRACE.

lautes et ces banderoles s'agitaient et volaient avec un mélodieux bruissement, tandis que les sonnettes retentissaient au loin comme un carillon dont les airs variaient sans cesse. La jeunesse du village se rangea en groupes joyeux et se mit à danser la ronde autour de l'arbre si gentiment paré. — Mais après qu'il fut resté exposé pendant huit jours aux ardeurs du soleil, sa beauté disparut tout d'un coup; son feuillage, naguères si vert, se dessécha et tomba, ses branches arides se penchèrent sans vigueur et s'inclinèrent comme autant de membres morts vers le sol. — Alors le petit Théophile, fils de l'instituteur, arriva tout désolé chez lui et dit à son père : « Hélas! d'où vient donc que notre mai, si beau il y a quelques jours, soit devenu tout d'un coup si laid et si affreux? C'est bien triste, à cause de l'or, des rubans et des clochettes qui sont attachés à ce bois aride et desséché. » — « Mon tils! répondit le père, l'arbre a été séparé de ses racines, et voilà pourquoi il n'est plus en état d'attirer à lui la sève de la terre, ni de profiter de la rosée et de la pluie du ciel; chaque rayon du soleil, qui autrefois lui procurait tant de bien, ne fait qu'avancer sa ruine. » — « Voilà, mon enfant, ce qui arrive à lout homme quand l'âme se sépare de Dieu. Car Dieu est l'unique racine à laquelle nous devions rester attachés, et qui doive demeurer au dedans de nous, si nous voulons que notre vie, pendant qu'elle se passe, soit agréable au ciel et à la terre; car sans Dieu, sans la grâce, nous ne pouvons ni vouloir le bien, ni le pratiquer. Or quand l'homme par une conduite impie s'est séparé de Dieu, il est mûr pour sa perte, et comme impie, il a perdu la beauté et la dignité humaines, quand même il serait vêtu d'or et de soie, quand même des discours harmonieux et charmants comme le son des cloches argentines retentiraient dans sa bouche.

(Gr. Cat. "« g.)

Dieu accorde sa grâce à tous les hommes. — Explication.

Puisque la grâce divine nous est si nécessaire pour

observer les commandements et pour travailler à notre

salut, Dieu distribue à tous les hommes la grâce suffi-

DE I.A GUACi:. ïî

«aille afin qu'ils puissent observer les lois qui leur sont imposées et sauver ainsi leur âme. « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à la connaissance de la vérité, » dit l'apôtre, S. Paul. (1 Epît. à Tim. 2, 4.) Or, puisqu'il veut que tous soient sauvés, il donne conséquemment aussi à tous sa grâce pour qu'ils se sauvent.« Oui, »ajoute S. Chrysostôme,« Dieu nous accorde réellement son assistance, y et voilà pourquoi S. Paul a dit :« Dieu est fidèle; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces, mais, dans les tentations, il vous fera profiter afin que vous puissiez persévérer; » (4 Epît. aux Cor. 10, 13.) c'est-à-dire, que Dieu ne souffre pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces, au contraire, il nous assiste, nous soutient, nous fortifie, pourvu que de notre côté nous fassions notre devoir et que nous ne manquions pas de bonne volonté, de confiance en lui, de résignation et de patience. S. Ephrem dit très-bien' à ce sujet : « Le trésor do la grâce divine ressemble à une source abondante qui donne de l'eau en quantité suffisante à tous ceux qui veulent y puiser. Elle n'éloigne personne si l'on a le goût d'en prendre. » Le saint Concile de Trente s'accorde entièrement avec ces principes quand il dit : « Dieu ne commande point l'impossible, mais, en commandant, il avertit et de faire ce que l'on peut, et de demander ce que l'on ne peut pas; et il aide afin qu'on le puisse. » {Sess. 6. Cap. n) Ce que S. Augustin a dit, est donc bien vrai : « Dieu n'abandonne jamais l'homme, à moins que l'homme ne l'ait abandonné lui-même auparavant, » et S. Bernard : « Nous nous plaignons de ce que la grâce nous manque; mais la grâce n'aurait-elle pas j)lus de droit de se plaindre que nous lui manquons? »

Dieu accorde sa grâce à tous les hommes. Lorsque S. F^aul fut assailli par des violentes attaques

Il Di; LA ÜUACU.

de concupiscence charnellf, il pria Dieu de vouloir le déUvrer de l'aiguillon de la chair. Mais l'Apôtre reçut cette réponse : a Paul! ma grâce te süßt! » Ne voyons-nous pas par cet exemple, combien Dieu est disposé à nous accorder la grâce ?

Comparaisons.

« La grâce ne fait défaut à personne; au contraire, Dieu la distribue, autant que possible, à tous les hommes, précisément comme le soleil qui brille, même pour les aveugles. Comme le soleil répand sa lumière sur tous, et n'en prive que ceux qui s'aveuglent volontairement, ainsi Dieu communique à tous sa grâce pour l'observation des commandements. » (5. Thorn. in Epist, ad Hebr. 12, 1. o.)

« Dieu veut toujours trouver entrée dans nos cœurs par sa grâce. Il vient frapper à la porte de nos cœurs. Il veut donc toujours y entrer; s'il n'y entre pas, c'est uniquement de notre faute. » (5. Ambros. in Ps. 118.)

« La grâce de Dieu descend sur nous comme les rayons du soleil. » (S. Bonaventure. Lib. V, comp. Theolog. Verit. c. 2.)

« La grâce est prête à chercher ceux qui la reçoivent volontairement. » {S. Chrys. sup. Genes, Hom. 9.)

{Gr. Cat. 8-9. q.)

Nous devons coopérer à la grâce et ne pas y résister. - - Explication. Ce n'est done pas du côté de Dieu que la grâce nous manquera, |)ourvu que nous ne manquions pas de notre côté à y coopérer fidèlement et que nous n'y résistions pas. Conséqueaiment pour que la grâce serve à notre salut, nous devons 1) y coopérer fidèlement et 2} ne pas y résister.

1) JSous devons coopérer fidèlement à la grâce de Dieu, c'est pourquoi l'Apôtre écrivait aux Corinthiens (2 Epît. 6, 1.) : « Nous vous exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu! » Et dans l'Apocalypse (3, 20.) Dieu dit lui-même : « Je suis à la porte, et je frap|)e : Si quelqu'un entend ma voix, et m'ouvre la porte, j'entre-

DK l,A Ciî.ACE 15

rai chez lui, et je souperai chez lui, et lui avec moi. » — « Dieu vous tend la main, »dit S.Chrysostôme, « tendezlui la vôtre. » {Hom. 58. in Gen.) Nous devons donc ouvrir au Seigneur la porte de notre cœur et lui tendre la main pour coopérer fidèlement, c'est ainsi seulement que sa grâce nous sera salutaire. « Notre soutien c'est Dieu, » dits. Augustin, « mais celui-là seul peut être soutenu, qui demande quelque chose librement ; car Dieu n'opère pas notre salut au-dedans de nous, comme si nous étions des pierres insensibles ou des objets créés sans raison et sans un/f volonté libre. « [De pecc. et remiss. II, 5.) Une image frappante des grâces célestes auxquelles nous devons coopérer, c'est la manne. Elle tombait du ciel, comme la grâce nous vient aussi du ciel; mais pour obtenir la manne il fallait observer plusieurs choses; il fallait la recueillir hors du camp, car elle ne tombait pas dans le camp ; il fallait la moudre et la préparer soigneusement |)our s'en nourrir. Il en est de même de la grâce; nous devons y coopérer fidèlement alors seulement elle sert à notre salut. C'est ce que de nombreux exemples nous prouvent amplement.

Exemples lires de la Bible.

Di.vid coopéra à la grâce, quand, à la parole du prophète Nathan, il avoua son péché et fit pénitence; alors Dieu lui pardonna ses crimes. — Les Ninivites coopérèrent à la grâce, quand, aux menaces de Jonas, ils firent pénitence en se couvrant de cendres et d'un sac; et le Seigneur leur pardonna, Madeleine, Zachée et le bon Larron coopérèrent à la grâce, quand ils se convertirent; et ils trouvèrent miséricorde et pardon. De même S. Paul coopéra fidèlement à la grâce et c'est pourquoi il peut dire de lui-même : « J'ai travaillé plus que les autres ; non pas moi néanmoins, mais la grâce de Dieu avec moi. » (1 EpU aux Cor. 13, tO.)

4^ DE LA GRACK.

Coopérez â la grâce.

Louis, landgrave de Thuringe, pour étouffer les remords de sa conscience, en était venu à ce faux raisonnement, que Dieu avait tellement fixé d'avance la destinée de chaque homme que ceux-ci étaient dans l'impossibilité d'y rien changer,— et il s'était mis dans l'esprit qu'il était du nombre de ceux qui seraient damnés. Or, ce prince, étant tombé dange reusement malade fit appeler son médecin qui connaissait l'aveuglement d'espritdulandgraveetlui dit: « Prince, si Dieu a prévu que vous mourrez de cette maladie, il est inutile de recourir aux remèdes de l'art; s'il a prévu que vous n'ep mourrez pas, vous guérirez infailliblement, sans qu'il soit besoin de vous prescrire le moindre médicament. » — « Comment! » reprit le malade étonné ; « Eh ! ne voyez-vous pas que si vous ne me secourez au plutôt, la violence du mal m'emportera, et qu'il est de la prudence de ne rien négliger dans de semblables rencontres? » — Alors le sage médecin, se servant de cette occasion, lui fit cette belle réponse : « Prince, si vous croyez qu'il est de la prudence d'employer tous les remèdes imaginables pour vous conserver la vie, pourquoi ne croyez-vous pas que vous pourrez sauver votre âme par la pénitence et une vie plus réglée? Car si vous ne recourez pas à ces remèdes vous vous perdrez infailliblement. » Le landgrave frappé de ces réflexions si simples, dit au médecin : « Soyez désormais aussi le médecin de mon âme; car Dieu m'a guéri par votre bouche de la plus dangereuse des erreurs. » — Déjà chez les anciens Romains, cette vérité était en quelque sorte rendue palpable, quoique sous une forme païenne. Ainsi l'âne d'un paysan s'était embourbé dans un marécage, et notre homme se mit à invoquer Hercule, tandis qu'il restait immobile à côté de l'animal, sans remuer la main, ni faire le moindre effort, s'imaginant que le dieu Hercule se mêlerait seul de tirer l'âne du bourbier. Mais l'oracle lui répondit : « Mets toi-même la main à l'œuvre, et aide l'animal à sortir de là, alors Hercule l'aidera aussi. » (Briinner, livre d' Homélies . T. 1.)

DE LA GRACE. il

Comparaisons.

« La terre sans pluie ne produit rien, et la pluie sans terre ne peut donner des fruits; de même la grâce ne peut rien sans la volonté, et la volonté ne peut rien sans la grâce. » (5. Chnjsostomus in Matth. c. 19.)

« Dieu qui nous a créés sans nous, no veut pas nous sauver sans nous. » {S. Augustin.)

a La grâce est comme la pluie; creusez une fosse, faites-y découler la pluie; le gouffre en sera rempli, mais les hauteurs deviendront arides. » {Idem de verb. apost. serm. 2.)

2) // ne nous est pas permis de résister à la grâce. La grâce divine ne force, ne violente pas la volonté humaine, mais elle lui laisse sa complète liberté ; c'est pourquoi nous avons le pouvoir de résister à la grâce, mais malheur à nous, si nous le faisons! En ce cas la grâce ne sert pas à notre salut, mais plutôt à notre perte ; par là nous blessons profondément notre âme. C'est pourquoi S. Chrysostôme nous adresse ces mots : « Ne repoussez pas du pied l'aiguillon, si vous ne voulez pas en être blessé! » [Honi. 2 i7i Gen.) Et le Psalmiste nous donne cet avis : « Si vous entendez aujourd'hui la voix de Dieu, n'endurcissez pas vos cœurs. » {Ps. 94, 8.) Ne fermons donc pas la porte de notre cœur à la grâce, ne repoussons pas la main que Dieu nous tend ! Hélas ! quel' crime ne serait-ce pas de résister à sa grâce?

La résistance à la grâce.

Le jeune homme auquel le divin Sauveur dit un jour : « Si vous voulez être parfait, vendez tout ce que vous avez et suivez-moi, » et qui au lieu de suivre Jésus-Christ, s'éloigna tristement, résista à la grâce. — Judas y résista également, quand il promit de livrer son divin Maître. Il y résista quand il le trahit et refusa de lui demander pardon alors que Jésus lui disait : « Mon ami! est-ce ainsi que par un baiser vous trahissez le fils de l'homme? » 11 résista surtout à la grâce

qui parlait encore à son cœur par la voix du remords, quand il se pendit de désespoir. — C'est ainsi que Jérusalem encore opposa de la résistance à la grâce. Cette malheureuse ville avait possédé si souvent le divin Sauveur dans ses murs; elle avait vu ses miracles, entendu sa doctrine salutaire, etc., et néanmoins elle refusa de croire en lui, le persécuta, le poursuivit de sa haine et le fil iuourir. C'est pourquoi le divin Sauveur s'écria avec tristesse : « Jérusaleni, Jérusalem, combien de fois n'ai-je pas voulu rassembler tes enfants, comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes! Et tu n'as pas voulu ! » [S. Malth. 25, 57.)

Comparaisons.

« La grâce est pour notre cœur, ce que l'ange était pour la piscine du temple de Jérusalem, sur laquelle il descendit. La grâce descend aussi à certains moments, quand Dieu le trouve bon. Si nous profitons de suite et avec fidélité des mouvements qu'elle produit dans notre cœur, notre âme peut se sanctifier, mais si nous ne profitons pas de celte grâce, qui sait si elle reviendra? » (S. Cyrille.)

a Considérez l'eau ! Quand le soleil y brille, elle n'oppose pas d'obstacles à ses rayons, mais elle s'en laisse pénétrer entièrement, de manière qu'il n'y a pas de goutte qui ne soit éclairée de sa lumière. Votre cœur doit ressembler à cette eau. Il ne faut pas qu'il s'oppose jamais aux rayons de la grâce divine mais qu'il soit partout et toujours ouvert à son influence. Oh! que vous devriez être estimé heureux, si vous ressembliez toujours en ce sens à l'eau, s'il n'y avait plus de goutte de sang en vous, qui ne fût imprégnée de la grâce divine, consacrée à Dieu et â son service! » {Le prédic. et le catéchiste.)

Pratique. 1) Ame chrétienne! quand il s'agit de la doctrine si importante de la grâce, retenez avant tout les quatre points que nous venons de traiter : a) que la grâce de Dieu est absolument nécessaire à tous pour le salut : b) que Dieu nous accorde à tous la grâce suflB-

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sanle.c) que nous devons y coopérer fidèlement, et cT) qu'il ne nous est pas permis d'y résister. — 2) Demande donc instamment dans tes prières journalières la grâce de Dieu; l'avez-vous toujours fait jusqu'ici? Hélas, non! Ecoutez ce que nous dit S. Bonaventure : a Si une continuelle sécheresse a\ait duré toute une année, ne vous hâteriez-vous pa^^ de demander avtc ardeur une pluie bienfaisante? Et voyez, cette aridité, cette sécheresse dure déjà depuis peut-être vingt et trente ans dans votre cœur, et vous ne désirez pas la pluie de la grâce du Saint-Esprit? « 0 homme quelle est votre folie! Demandez donc avec ferveur la grâce de Dieu ; car quoique Dieu nous accorde à tous la grâce suffisante, il veut néanmoins que nous lui demandions des grâces en grand nombre.

Exemple tiré de V Ecriture.

Quoique Dieu vienne au devant de l'homme par sa grâce, par ses faveurs et sa miséricorde divines, il veut néanmoins que nous l'invitions, que nous le priions. C'est une épreuve de notre amour. C'est ainsi que le divin Sauveur se joignit avec amitié aux deux disciples qui se rendaient à Emmaiis; mais il était d'avis d'aller plus loin. Cependant quand il vit qu'ils le priaient instamment de demeurer avec eux, il y consentit. C'est ainsi que Dieu parfois nous donne sa grâce sans que nous l'ayons demandée ; mais parfois aussi il semble qu'il veuille nous la retirer, comme s'il était d'intention de s'éloigner de nous. Alors nous devons l'inviter à demeurer et le prier avec ardeur.

Une comparaison de S. Polycarpe.

Un père a coutume de donner à ses fils des présents de deux espèces; d'abord des présents qui leur sont nécessaires pour pouvoir vivre et avancer dans le monde, ensuite d'autres qui ne leur sont pas absolument nécessaires, mais servent à leurs plaisirs et à leurs agréments; les premiers sont accor-

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dés aux fils sans leurs mérites, et les seconds seulement lorsqu'ils sont sages ou qu'ils les demandent au père. Il en est ainsi des faveurs et des bienfaits que Dieu accorde aux hommes; il en accorde quelques-uns sans que nous les ayons demandés ou mérités, et ce sont ordinairement les biens du corps, la santé, la nourriture et la conservation, il en est d'autres que nous devons avoir mérités d'abord on démandés à Dieu, et ceux-ci sont en rèi^le générale les biens spirituels et les grâces qui nous rendent heureux dans ce temps et saints après la mort.

3) Ne fermez pas votre cœur à la voix de la grâce et n'y demeurer^ pas sourd, lorsque le Seigneur veut vous attirer à lui par un événement extérieur, par un cas de mort subite, des maladies, des prospérités ou des adversités. Car la grâce de Dieu vient à nous tantôt comme une étoile qui monte doucement et j)aisiblement au ciel, tantôt comme une flèche qui atteint le cœur à l'improviste, tantôt comme une j^luie rafraîchissante qui amollit le sol aride, tantôt comme un marteau qui brise les rochers. Ne méprisez pas ces avertissements que nous donne le Seigneur; car rien n'est plus dangereux que de ne pas reconnaître le jour où Dieu vient nous visiter. Nous en trouvons un exemple dans

Le triste sort de Jérusalem.

Cette ville avait joui des plus grandes grâces et des faveurs les plus signalées de la part du divin Sauveur; il vécut, il travailla au milieu d'elle, opéra des prodiges à la vue du peuple et y prêcha sa céleste doctrine. Mais Jérusalem ne s'inquiéta guères de ces faveurs et ne profita poini de ces grâces; elle ne reconnut point le jour de sa visite. C'est pourquoi un jour que le Sauveur s'approcha de la ville, il se prit à pleurer sur elle en disant : Ah ! si tu savais en ce jour, ce qui peut t'apporter la paix! mais maintenant tout est caché à tes yeux. Car des jours viendront sur toi, et tes ennemis t'environneront, et ils te presseront de toutes parts.

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Et ils te renverseront par terre, toi et tes fils qui sont en toi, et ils ne laisseront pas pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée. » {S. Luc. 19, 41-44.) — Et en eft'et tous ces malheurs vinrent sur Jérusalem parce qu'elle n'avait pas connu le temps où Jésus l'avait visitée.

Ne résiniez pas à la grâce.

Dans l'Amérique méridionale au pied de la chaîne de montagnes où se dresse le Cotopachi, était logé dans une auberge de Puira un pauvre aventurier espagnol, atteint d'une grave maladie à laquelle il aurait succombé, s'il n'eut trouvé un charitable Samaritain dans la personne d'un marchand de Mexico. A peine fut-il guéri qu'il déroba en secret tout l'argent de son bienfaiteur, l'enterra au pied d'un arbre hors de la ville et s'enfuit. On se mit à sa poursuite et il fut atteint, mais comme on ne trouva rien sur lui, il réussit à dissiper tous les soupçons qui pesaient sur son compte, fut relâché et s'en alla à Frugillo, pour retourner le lendemain au trésor qu'il avait caché. Mais durant la nuit un effroyable tremblement de terre, vient le réveiller de son sommeil ; autour de lui les maisons s'étaient écroulées avec un sinistre fracas, ensevelissant sous leurs ruines des centaines de victimes; enfin la maison qui l'abritait, commença elle-même à chanceler et à se balancer, puis tout-à-coup elle se renversa aussi ; un seul pan de mur, auquel il s'était accroché, resta debout et lui conserva une vie qui probablement était souillée de plus grands forfaits que celle des autres victimes écrasées dans cette heure d'effroi et de destruction. Il se hâta de fuir hors de cette ville à moitié en ruines et s'étendit sous un arbre pour s'y reposer; mais les remords agitaient sa conscience et des rêves effrayants tourmentaient son sommeil; le lendemain matin il se présenta pâle et tremblant à la porte du prochain couvent des Augustins et demanda le prieur Don Antonio de Calancha, auquel il raconta avec un sentiment de terreur son infâme conduite. Déjà un messager était prêt pour se rendre à Piura et indiquer au marchand de Mexico l'endroit où son argent était enfoui, quand le mal-

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heureux, se. repentant de l'aveu qu'il venait de faire, se glissa furtivement du couvent, courut ou vola plutôt à Piura pour y déterrer le brillant trésor, puis il alla mener dans un autre pays une vie débauchée, jusqu'à ce que, poursuivi par les agens de la justice, à cause d'autres crimes, il se noyât dans un fleuve rapide qu'il voulait traverser à cheval. Son dernier cri fut un cri de désespoir où il dit que, pouvant choisir librement entre la miséricorde el la justice, entre la bénédiction et la malédiction, il méprisa même ce moment suprême, lorsqu'il lui était encore possible de faire le pas décisif en arrière; et ce fut ainsi qu'il se perdit parce qu'il ne connut pas le jour où il avait été visité et s'opposa à la grâce divine. (Veith. La montagne sainte 1 vol. 236.)

Hoiiuües, leconiiaitsez qtiel e&l voUe bouheut '. Mêiiie après qu'est passi' pour vous le te.nps Jes grâces, El qu il ue pi isse plus rc\eiiii' sur ses '.races. Dieu \o:is veut riéanitioins oiivri! encor son cœur.

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