DE LA GRACR SANCTIFIANTE OU JUSTIFICATIVE
{Gr. Cal. lO-i^-^ g.)
Définition de la grâce sanctifiante. — Explication. La grâce sanctifiante est un don gratuit, surnaturel que l'Esprit-Saint comniunique à notre âme, et par laquelle de pécheurs que nous étions nous devenons justes, enfants de Dieu et héritiers de son royaume. La grâce sanctifiante est donc 1) un don surnaturel, parce que Dieu communique par elle la vie surnaturelle à l'homme comme par une génération spirituelle, et cette vie surnaturelle habite et demeure en nous aussi longtemps que nous ne l'expuLsons pas par le péché mortel. C'est pourquoi on appelle aussi la grâce sanctifiante grâce habituelle par opposition à la grâce actuelle. 2) La grâce sanctifiante est un don gratuit, parce que c'est une faveur que Dieu accorde librement dans sa miséricordieuse charité, car nous ne pouvons Vacquérir ni par nos forces naturelles, ni même la mériter proprement avec l'aide de la grâce
DE I,A (JUACK. 23
actuelle. Voilà pourquoi S. Paul a dit : « Tous sont justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui vient de Jésus-Christ. » [Epit. aux Rom. 3, 24.) « Il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous avons laites, mais par sa miséricorde, en nous faisant renaître par le baptême et nous renouvelant par le Saint-Esprit, qu'il a répandu abondamment sur nous par Jésus-Christ notre Sauveur, afin qu'étant justifiés par sa grâce, nous soyons héritiers, selon l'espérance, de la vie éternelle. » [Epît. à Tite. 3, 5-7.) « La grâce de Dieu, » dit S. Augustin, « n'est pas accordée comme la récompense méritée, mais elle est accordée sans qu'on l'ait méritée, et c'est pourquoi précisément elle s'appelle grâce. » {De natura et grat.) — 3) La grâce sanctifiante jw5i//îe l'homme, c'està-dire, qu'elle le fait passer de l'état de péché à l'état de justice et de sainteté; d'où vient qu'on l'appelle aussi grâce de la justification.
Comparaison.
Avec la grâce sanctifiante l'aniour de Dieu est répandu dans nos cœurs {Epit aux Rom. o, o.); Dieu vient en nous (5. Jean 15, 25.); nous devenons de nouveau les enfants de Dieu(l Epit. de S. Jean o, t.); et votre âme reçoit la vie surnaturelle. De même que le fer rougi, quoique conservant sa nature, acquiert les propriétés du feu, comme s'il avait été changé en feu, do même l'âme, au moyen de la grâce sanctifiante, devient participante de la nature et de la perfection divine, comme si elle avait été changée en quelque chose de divin. Ce changement s'opère par la grâce sanctifiante parce qu'elle est une effusion de la nature divine et produit en nous une telle transformation intérieure, que ce n'est plus nous mais que c'est l'esprit de Dieu qui vit en nous, lui qui répand dans nos cœurs l'amour divin, ce feu pur, qui dévore en nous tout ce qui déplaît à Dieu, et par lequel nous devenons ses temples vivants et ses enfants bien-aimés. » {Massl.)
(Gr. Cal. 15« q.) Nature de la justification. — Explication. La nalurc de la justification consiste donc en ce que nous sommes délivrés du péché et rendus agréables à Dieu; elle t'ait disparaître en nous le péché et nous rend l'amitié de Dieu ; c'est pourquoi la justification renferme 1) la rémission de tous les péchés au moins graves, et des peines éternelles, 2) la sanctification et le renouvellement de l'homme intérieur, comme S. Paul l'exprime de nouveau par ces paroles : « Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus- Christ, et par l'esprit de notre Dieu, (l Epît. aux Cor. 6, il.)
Ce qui nous donne la justification et nous l'enlève.
Au livre des Machabées, il est dit que le prince Néhémie, lorsqu'il voulut consacrer le nouveau temple de Jérusalem, envoya les prêtres à une citerne, où, après la destruction de la ville, on avait caché le feu qui brûlait sans cesse devant le sanctuaire. Et quoiqu'ils n'y eussent trouvé qu'une eau trouble et fangeuse, Néhémie en fit pourtant prendre et la versa sur l'autel élevé en plein air, ainsi que sur le bois et la victime qu'on y avait déposés. Or, au moment où le soleil, jusqu'alors caché, perça les nuages et que le premier rayon eut frappé le bûcher, une flamme puissante brilla et s'éleva tout-à-coup et à l'instant tout fut consumé. — Cette circonstance qui nous est garantie comme une tradition des Pères, peut être considérée comme une figure expressive de la nature de la justification, en nous montrant ce qu'elle fait disparaître et ce qu'elle nous accorde. L'eau bourbeuse de la citerne est fimage de l'esclavage du péché et de l'éloignement de Dieu; le rayon du soleil descendant des hauteurs des cieux est la puissance de renouvellement du Saint-Esprit; la flamme allumée par ce rayon, est la joie du salut et la force de la vertu. Dès que le rayon de la grâce sanctifiante illumine le cœur humain, aussitôt toute la fange du péché
doit disparaître, la tlamme de la vertu s'allumer, et alors l'amitié de Dieu reposera sur l'homme justifié.
{Gr. Cat. 14«-17« q.) Marche que suit la justification. — Explication. La transition de l'état de péché à l'état de justice et de sainteté s'opère de la manière suivante : d'abord la grâce prévenante éclaire le pécheur et le porte à se tourner vers Dieu. Or, il faut que le pécheur suive alors l'attrait de la grâce, c'est-à-dire, qu'à l'aide de la grâce, il doit se tourner librement vers Dieu et croire tout ce qu'il a révélé, principalement que nous sommes justifiés par Jésus-Christ. Cette foi produit ensuite dans le pécheur une crainte salutaire de la justice de Dieu, mais de manière cependant qu'il espère obtenir ])ardon de la miséricorde divine. Dès ce moment il commence à aimer Dieu, il se repent de ses péchés, prend la résolution de mener une vie nouvelle qui soit agréable à Dieu, et s'il n'est pas baj)tisé, il reçoit le sacrement de Baptême; s'il l'est déjà, le sacrement de Pénitence. Par là il reçoit la grâce sanctifiante, avec elle la rémission des péchés, la sainteté intérieure, et ainsi il devient réellement juste, agréable à Dieu, l'enfant de Dieu et l'héritier du ciel. [Concil. Trid. Sess. 6.)
Une comparaison tirée de la nature.
Pour que le sol, durci par l'hiver, se change au printemps en une terre charmante et fleurie, il faut avant tout qu'il reçoive les rayons d'un chaud soleil. Alors de dur qu'il était il devient mou; les croûtes de glace fondent et s'écoulent en mille petits ruisseaux par les collines et les vallées dans les fleuves; la terre se couvre d'un tapis de tendre verdure, les fleurs élèvent leurs têtes brillantes, d'abord l'humble violette, puis ses autres sœurs et l'œil se repose alors avec satisfaction sur cette nouvelle nature. — Ce passage de l'hiver au printemps n'est-ce pas une belle image de la transition de
CATÉC. PRATIQUE. T. HT. ï
l'état (le péché à l'(Uat de justice et de sainteté? Le pécheur, lui aussi, doit ressentir d'abord le chaud rayon de la grâce; alors son cœur endurci s'amollit, des torrents de larmes de repentir coulent de ses yeux, puis viennent les bonnes pensées et les bons propos. L'humilité, dont la violette est l'emblème, s'élève d'abord, ensuite paraissent les autres fleurs de vertus, et Dieu repose avec complaisance ses regards sur cette âme renouvelée. — Et ce n'est pas seulement en ligure, mais aussi en réalité que cette transition se montre à nous dans des exemples frappants.
Paul le simple et le pécheur converti.
On raconte de Paul le simple, disciple de S. Antoine abbé, qu'il possédait le don de lire dans tous les cœurs et les consciences de ceux dont il voyait la ligure. Un jour qu'il était assis tranquillement devant la porte d'une église, regardant tous ceux qui y entraient, il commença lout-à-coup à se frapper tristement la poitrine et à fondre en larmes. On lui demanda ce qui le portait à être si affligé, mais on ne put obtenir la moindre réponse. On le pria alors d'entrer dans l'église, mais il continua de rester assis à l'extérieur et de verser des larmes. Les offices divins étaient finis et l'assemblée des fidèles s'écoulait peu-à-peu; Paul se mit à regarder de nouveau toutes les personnes qui sortaient. Puis voilà que soudain il se met à rire, à faire éclater la joie la plus vive ; ses larmes de tristesse se changent en larmes de contentement, et gambadant comme un enfant, il s'écrie : « 0 incompréhensible miséricorde de Dieu! Venez et voyez son magnifique ouvrage, et comment il veut que tous les hommes se sauvent ! » Et en même temps il saisit un homme par la main, l'arrête et le conjure de lui raconter ce qui lui était arrivé. « Quand vous entriez, lui dit-il, je vous voyais triste et abattu ; votre intérieur était sombre et vide, et maintenant vous êtes rempli d'une joie toute céleste. Expliquez-vous en devant tout le monde et ne cachez rien ! » L'étranger ne fit aucune difticullé de proclamer hautement la vérité : « Je suis un grand pécheur, » dit-il, « et je vins ici sans douleur; or
j'entendis citer ces paroles du prophète : Lave/.-vous, purifiez-vous, faites disparaître de devant mes yeux la malice de vos pensées, apprenez à faire le bien ! et si vos péchés étaient rouges comme l'écarlate, vous deviendrez blanc comme la neige, (/saïe. 1, 17-18.) En entendant ces paroles je fus profondément ému , je reconnus et je détestai mes fautes, je me rendis au tribunal de la pénitence et je confessai sincèrement toutes mes iniquités; or depuis que Dieu a prononcé sur moi, par la bouche du prêtre, la sentence de l'absolution, mon visage s'est épanoui d'allégresse, et je puis de nouveau contempler avec bonheur le ciel ma sainte patrie; car le Seigneur m'a reçu en grâce. » — Telle est la marche de la justification.
Marche que suit la justificatiun.
Cette marche nous la découvrons dans toutes les conversions. Pour en donner un exemple je citerai la conversion de sainte Eudoxie pénitente et martyre, qui, née à Samarie, au commencement du deuxième siècle, menait une vie criminelle dans une ville de la Cilicie. — Un moine appelé Germain, dans un de ses voyages, s'arrêta à Héliopolis et descendit chez un de ses parents qui était chrétien. Or, après minuit, ce religieux se leva pour réciter matines, et ensuite, afin de dissiper le sommeil, il se mit à lire à haute voix un chapitre sur les peines terribles de l'enfer et les joies inexprimables du ciel. Comme la maison de ce chrétien touchait à celle d'Eudoxie et que sa chambre à coucher n'en était séparée que par une mince cloison, elle fut éveillée par les prières et la lecture du pieux moine, l'écouta avec un cœur plein d'anxiété et le fit appeler de bon matin chez elle, curieuse d'en apprendre encore davantage sur cette foi chrétienne si sévère mais en même temps si sublime. Germain satisfit à ses désirs et insista surtout sur la fin réservée à une vie vertueuse et à une vie coupable. Frappée de ce discours comme d'un coup de foudre, l'infortunée créature se mit à pleurer et à se lamenter amèrement : « Ainsi je suis donc une damnée, et perdue à tout jamais! » s'écriait-elle en san-
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glotant. « Alors ie moine lai demanda quelle était sa foi, et sa profession? Elle répondit : » Je suis de la foi des Samaritains, mais j'ai vécu, sans frein ni loi, me livrant à tous les penchants de la nature corrompue; oh! je vous en conjure, voyez s'il n'y a plus moyen pour moi d'échapper aux châtiments de l'enfer? » Et Germain lui répliqua : « Si vous vous convertissez de tout votre cœur à Dieu, il vous sera propice et vous pardonnera vos péchés par les mérites de Jésus- Christ, son adorable fils, qu'il a sacrifié pour le salut des pécheurs. » — « Et que dois-je faire? » — « Pour votre conversion et votre salut, il est nécessaire que vous receviez le baptême et que vous fassiez pénitence; cessez donc de pécher, faites venir un prêtre, apprenez de lui le chemin de la pénitence et de la sainteté; et si vous croyez, si vous suivez fidèlement les préceptes de votre foi, vous obtiendrez la grâce du baptême pour la rémission des péchés. » Aussitôt Eudoxie fit appeler un prêtre ; mais quel ne fut pas l'étonnement de celui-ci en voyant devant lui, cette pécheresse si connue! entretemps elle tombe à ses pieds, le supplie en pleurant de la préparer au baptême après l'avoir instruite et dirigée, avouant qu'elle était une grande pécheresse, mais qu'elle avait entendu que la miséricorde de Dieu, en vue de Jésus- Christ, était plus grande que ses péchés. Le prêtre demeure surpris, loue Dieu de son infinie miséricorde et des eftets merveilleux de sa grâce, puis s'adressant à la pénitente : « Une âme repentente, dit-il considère d'un côté la sainteté de Dieu et d'un autre côté les péchés dont elle s'est rendue coupable; combien Dieu est juste, et combien elle est digne de la damnation; combien Dieu est bon et elle ingrate; combien Dieu est grand dans sa majesté et elle misérable et faible dans sa nature, et c'est ainsi que l'orgueil et la sensualité seront changés en humilité et en mortification, l'oubli de Dieu en amour de Dieu et en soumission à sa volonté souveraine; voilà comment une âme repentante se sanctifie et ressent les effets de la grâce divine. Eudoxie! Commencez votre pénitence en déposant vos habits moindains et fastueux pour adopter les livrées de la modestie et de la simplicité ;
DE L.\ GRACE. 2f»
fuyez la compagnie des hommes pour vous retirer dans la solitude; pendant huit jours livrez vous au jeûne et à la prière, en méditant sur les péchés de votre vie passée et sur l'infinie bonté et la justice de Dieu. » — Eudoxie accepta cette pénitence avec un cœur vraiment contrit, et lorsque S. Germain vint In revoir huit jours nprès, il la trouva complètement chn; jj.'-t' pour l'âme et j.ijur le corps. Bi lilùt après, elle eut le boniicur de recevoir le ^aint Baptême et invita tout le monde à remercier avec elle le bon Dieu qui avait été si miséricordieux à son égard. Pour achever de rompre tous les liens qui l'enchaînaient encore au monde et effacer les suites de ses péchés, elle congédia tous ses esclaves et ses serviteurs, après les avoir richement récompensés et engagés à faire pénitence et à craindre toujours le Seigneur. « Imitez-moi, leur dit-elle, je vous ai donné l'exemple du vice, je veux désormais vous donner l'exemple de la pénitence et de la vertu. » Elle fit ensuite distribuer ses biens aux pauvres, se livra aux plus austères mortifications et à la prière, devenant ainsi un modèle de vertu pour tous ceux à qui elle avait servi de scandale. Lorsque plus tard, sous le règne de l'empereur Trajan, éclata la persécution contre les chrétiens, la mort glorieuse du martyre vint couronner sa vie pénitente en 414. Le gouverneur Vincent pour ne pas susciter des troubles que sa mort aurait pu occasionner, parce qu'elle était connue dans tout le pays par sa sainteté et ses miracles, lui fit trancher la tête en secret. {Schuster, T. II. i^^ part.) [Gr. Cat. 18" q.) Perte et diminution de la grâce sanctifiante. — Explication. Au reste, la grâce sanctifiante ne demeure dans l'âme justifiée qu'aussi longtemps qu'elle ne commet pas de péché mortel; « car, » dit Ezechiel, « l'âme qui commet le péché, mourra. » (18, 20.) Chaque péché mortel est comme un glaive qui coupe lelienparlequell'homme est uni à Dieu; et c'est ainsi que la grâce sanctifiante se perd par chac\ue péché mortel; par \e péché véniel, cette même grâce, quoiqu'elle ne soit pas diminuée on affai-
30 ßE lA GRACE.
blie dans son essence, l'est ce|jendant dans ses manifestations extérieures, et il dispose à sa perte totale (i).
Comparaison .
Comme la fumée chasse les abeilles, comme l'air fétide f;:;t fuir les colombes, ainsi le déplorable, l'atîreux péché éloigne de nous les anges, les gardiens de notre vie et fait fuir de notre cœur le Saint-Esprit et sa grâce. [S. Basile).
{Gr. Cat. 19«-21« q.) fruits de la grâce sanctifiante; bonnes œuvres. ■ — Explication. Quand l'homme se trouve en état de grâce sanctifiante, \es fruits qu'elle produit se montrent bientôt; or, ces fruits sont les bonnes œuvres méritoires, c'est-àdire des actes vertueux que nous prati([uons, par et dans î'amour de Dieu et en vue de Dieu, conséquemment selon les préceptes divins, actes par lesquels nous obtenons ainsi la vie éternelle. C'est pourquoi S. Isidore dit: « Les hommes pieux et justes sont des arbres fertiles et les fruits qu'ils portent, ce sont les bonnes œuvres. » [Cdip. 3, in Gen.) Le divin Sauveur avait exprimé la même chose en disant : « Tout bon arbre produit de bons fruits. » (S. Matth. 7,17.) Et comment en pourrait-il être autrement? Le juste est comme une branche vivante unie à la vigne qui est Jésus-Christ; ne faut-il pas qu'il produise ainsi des fruits et de bons fruits? — Cependant îon se demandera: l'homme ne peut-il donc rien faire de bon quand il est en état de péché mortel? A cela nous répondons avec notre catéchisme: « Sans doute il peut faire du bien, mais sans mérites pour le ciel ; « il peut s'orner extérieurement de bonnes œuvres, mais elles ressemblent à ces fruits artificiels que l'on suspend à des
(I) Compair?. ce qui est dit des obstacles i> lamoiir de Dieu, T. 2, p. 20.
DE LA GRACE. 3i
arbustes; ils n'y sont attachés qu'extérieurement, mais ils ne sont pas produits par la sève libre et saine qui monte de l'intérieur. « Comme la branche de la vigne ne peut porter de fruit par elle-même, » dit Jésus-Christ, « si elle ne demeure unie à la vigne; ainsi vous, si vous ne demeurez en moi..., car sans moi vous ne pouvez rien faire. » {S.Jea.i. 15, io.) Donc, s;iiis Jésus-Christ i;ous ne pouvons rien faire qui conduise au salut, rien de méritoire. C'est pourquoi S. Augustin disait : « De bonnes œuvres sans foi (sans union avec Jésus-Christ) sont à mes yeux comme des coureurs mais qui courent hors de la lice. « Quoiqu'il en soit, ces bonnes œuvres sont pourtant très-utiles pour obtenir de la miséricorde divine le don de la conversion et quehjuefois aussi pour détourner des châtiments temporels. Nous en voyons de nombreux exemples dans l'Ecriture-Sainte et dans la vie ordinaire.
Exemples tirés de l'Ecriture.
Nabuchodoiiosor, roi de Babylone, avait fait beaucoup de guerres injustes, conquis et dévasté un grand nombre de pays, plongé dans le malheur et la misère des millions d'hommes et soumis presque tout l'Orient à son joug tyrannique; de sorte que dans l'ivresse de son orgueil, il s'imagina être un dieu, tandis que les larmes et les plaintes des peuples subjugués montaient au ciel. Lorsque la mesure fut pleine, Dieu lui fit annoncer les arrêts vengeurs de sa justice par la bouche du prophète Daniel, et Daniel y ajouta : « C'est pourquoi, ô roi, que mon conseil te soit agréable, rachète tes péchés par l'aumône et tes iniquités par la miséricorde envers les pauvres; peut-être que Dieu te pardonnera tes péchés. » (4, 24.) Par là nous voyons que les bonnes œuvres, quoique faites en état de péché, peuvent cependant servira quelque chose. C'est ce qu'éprouva le roi Manassès. Lorsqu'il fut trainé en captivité, « il pria le Seigneur son Dieu, il fit pénitence en présence du Dieu de ses pères. Et le
Seigneur l'exauça et le ramena à Jérusalem clans sou royaume. » (^ Jiv. des Parai. 55, 12-15.) — Achab s'était approprié d'une manière injuste la vigne de Nabotli, et Dieu le menaça, lui et son épouse impie, des plus terribles châtiments. Cependant Achab fit pénitence, il déchira ses vêtements et couvrit son corps d'un cilice, il jeûnaet dormit avec ]c ?nc ot marcha la tête baissée. Et le Seigneur parla à Elle, disant: « N'as-tu pas vu Achab humilié devant moi? Puis donc qu'il s'est humilié à cause de moi, je n'amènerai point sur lui, en ses jours, les maux dont je l'ai menacé; mais sous le règne de son fils, je les ferai tomber sur sa maison. » {5 liv. des Rois, 21, 27.) Ninive devait périr à cause de l'impiété de ses habitants; mais ils firent pénitence et jeûnèrent, et Dieu détourna les châtiments suspendus sur leurs tètes.
Les bonnes œuvres détournent souvent les châtiments de la justice divine.
La main de Dieu avait commencé à s'appesantir sur l'impie et criminelle Fridegonde, épouse de Chilperic, roi des Francs. Dans l'espace de quelc^ues mois, trois enfants lui furent enlevés par la mort à la suite d'une fièvre. Alors elle se prit à réfléchir sérieusement aux forfaits dont elle s'était souillée et dit à son époux : « Jusqu'ici Dieu nous a épargnés, quoique nous l'ayons otîensé si gravement; mais maintenant il nous éprouve de la manière la plus sensible en nous enlevant nos enfants. Tâchons de détourner la verge de sa justice et distribuons en aumônes les trésors que nous avons extorqués par notre dureté. » Chilperic diminua donc les impôts excessifs qui pesaient sur le peuple et répandit parmi les pauvres de larges aumônes. La justice de Dieu fut appaisée par les prières des pauvres, et la reine eut le bonheur de voir naître encore un fils qui régna plus tard sur la France sous le nom de Clotaire IL
(Gr. Cat. 22--25« g.)
Mérite des bonnes œuvres. — Explication. Les bonnes œuvres que nous avons pratiquées en état de grâce, sont
PE lA G P. ACE. ^^
méritoires devant Dieu, comme nous l'avons dit |)lus haut, c'est-à-dire qu'il leur revient de la part de Dieu une récompense, une rémunération, non pas que nous l'ayons précisément méritée, mais parce que Dieu nous l'a promise dans sa grâce et sa miséricorde. C'est pourquoi S. Augustin a dit: « Dieu a réservé à ceux qui pratiquent le bien, la vie éternelle comme une grâce et comme une récompense; comme une grâce promise aux enfants, en vue de Jésus-Christ, dans sa miséricorde; comme une récompense devant être fidèlement accordée, selon les promesses de Dieu, à leurs bonnes œuvres et à leurs mérites. » Dans un autre passage de son livre sur la grâce [degrat.et Lib.arb. cap. 8) il dit encore: « Quand nous faisons le bien pour Dieu, Dieu devient lui-même notre débiteur et nous pouvons lui dire: « Donnez-nous ce (jue vous nous avez promis, puisque nous avons fait ce que vous avez ordonné. >-> — Donc, lorsqu'il s'agit du mérite des bonnes œuvres, nous devons surtout faire attention à ces deux points: 1) à l'objet du mérite ou à ce que nous méritons ])ar les bonnes œuvres quand nous sommes en état de grâce, et 2) à la source des mérites ou à la cause qui rend ces bonnes œuvres méritoires.
Ad 1. Que méritons-nous par nos bonnes œuvres faites en état de grâce? Par les bonnes œuvres que nous faisons en état de grâce, nous méritons : A) L'augmentation de la grâce sanctifiante; car de même que par l'emploi fidèle et sage des biens de la terre, nous les augmentons et nous les multiplions, de même par la pratique des bonnes œuvres nous augmentons en nous la grâce sanctifiante, et comme, par l'exercice, nos forces corporelles se développent, que les organes de la vue, de l'ouïe, du goût gagnent en finesse et 1' intelligence en lucidité, ainsi, la grâce sanctifiante augmente en nous, par la pratique des
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Lonnes œuvres, pourvu que nous soyons aidés d'un secours surnaturel. C'est pourquoi le divin Sauveur a dit : c( H sera donné à celui qui possède afin qu'il possède en abondance, » (S. Mallh. 2o, 29.) et nous pouvons nous appliquer ces mots : « Que celui qui est juste, devienne encore plus juste! » [Apoc. 22, 11.)
B) Le bonheur éternel est la deuxième récompense et la plus grande qui nous soit donnée à cause des bonnes œuvres laites en état de grâce. S. Paul exprimait cette vérité par les paroles suivantes : « J'ai bien combattu... Il ne me reste qu'à attendre la couronne de justice qui m'est réservée, et que le Seigneur, comme un juste juge, me donnera en ce grand jour; et non-seulement à moi, mais encore à tous ceux (jui désirent son avènement. » C'est dans le même sens que S. Bonaventure disait : « Les bonnes œuvres (faites en état de grâce) sont les portes de la céleste patrie, {in Ps. 20.) — Le Concile de Trente a déclaré aussi très-clairement que par les bonnes œuvres nous méritons l'aiigmentation de la grâce sanctifiante et la vie éternelle. Voici les expressions dont il se sert : c< Si quelqu'un dit de l'homme justifié, que ]tar les bonnes œuvres qu'il fait avec le secours de la grâce divine, et par les mérites de Jésus-Christ, dont il est un membre vivant, il ne mérite pas véritablement Tine augmentation de grâce et la vie éternelle, qu'il soit anathème! » {Sess. 6, can. 32.) — Qui donc ne s'empresserait d'employer tous ses soins pour se mettre en état de grâce sanctifiante, afin de pouvoir i)ratiquer ainsi une foule d'œuvres méritoires du ciel!
S. Calherine de Gènes
s'encourageait souvent et excitait les autres à la pratique des bonnes œuvres, en disant : « Si l'homme pouvait voir avec quelle magnifique libéralité Dieu récompense dans l'autre monde le bien qu'il h'.i dans ceîui-ci, il concentrerait
t)F. LA eu ACE. 3?»
toutes les forces de son Intelligence', de sa'mémoire et de sa volonté sur un seul point, sur la pratique des bonnes œuvres, si pénibles qu'elles pussent lui paraître. »
La caisse d'épargne des bonnes œuvres.
Voici comment un sage anachorète engageait ses frères dans le désert à pratiquer fidèlement et avec une pieuse ardeur les bonnes œuvres : « Chaque fois que vous donnez une aumône par amour pour Dieu, que vous vous refusez un plaisir, que vous faites une mortification, un acte d'humilité et ainsi de suite par amour pour lui; vous déposez une pièce de monnaie dans sa main et il les rassemble pour vous dans la caisse d'épargne du tiel ; un jour qu'il l'ouvrira sous vos yeux, vous y verrez briller des pièces d'or. Que de trésors vous vous serez amassés ! Quelle sera alors votre joie ! — Donc empressez-vous de réunir des trésors, tous les jours et à chaque moment! »
Vendre cher et acheter à bon compte.
S. Augustin raconte au sujet d'un comédien que celui-ci avait un jour promis aux spectateurs de leur dire dans la comédie qui suivrait, ce que chacun d'eux désirait. L'affaire fit du bruit et attira la foule au théâtre le jour de la pièce désignée. Déjà avant l'heure toutes les places étaient occupées, car chacun voulait entendre l'accomplissement de la promesse mystérieuse; tous attendaient avec une vive curiosité le moment ou l'acteur paraîtrait sur la scène. Enfin le voilà qui se montre et il dit : « Ce que chacun de vous désire? — C'est de vendre cher et d'acheter à bon compte. )> Tous se sentirent frappés, car cette parole avait précisément atteint la partie faible de leur cœur; cependant la réponse leur plut, et tous les spectateurs d'y applaudir chaudement.
Or, je sais où vous pouvez vendre très-cher et acheter à fort bon compte. Au moyen de légères œuvres de charité, achetez-vous beaucoup de grandes grâces dans la vie el à la mort, et la gloire éternelle dans le ciel. Malheureusement, combien n'en est-il pas qui vendent pour un rien et achè-
ob ^ DE LA GRACE.
tent à un prix énorme! Oui, ils vendent tout; leur vie, leur santé, leur bonheur d'ici-'bas, la paix de la vie, le calme de l'âme, l'espérance de l'éternité bienheureuse, l'âme immortelle et Dieu, oui. Dieu lui-même, et cela pour trois choses bien éphémères qui s'appellent : la concupiscence des %feux, la concupiscence de la chair et l'orgueil de la vie; — qui vendent tout pour acheter, au prix du plaisir d'un moment, un malheur infini pour le temps et pour l'éternité! — Donc, que celui qui a des oreilles écoute : « Vendre cher et acheter à bon compte. »
Comparaisons.
« L'abeille change la liqueur parfumée qu'elle a puisée dans le sein des fleurs en miel très-doux et très-agréable; c'est ce (|ue produit la grâce divine quand l'homme l'a reçue audftdans de lui ; elle rend toutes nos œuvres agréables à Dieu et nous procure ainsi les récompenses et l'amour de Dieu. ■» [S. Macaire.)
« Lorsque le soleil se lève à l'horizon, non-seulement il fait perdre à la lune son éclat argenté, mais encore toutes les étoiles s'effacent et disparaissent, quoique nous ne puissions admirer assez leur lumière et leur beauté. Il en est de même de la grâce quand elle pénètre dans l'âme humaine; alors tout s'efface et s'obscurcit; ce que nous aimions auparavant, nous ne l'estimons plus: ce que nous admirions, nous ne le voyons plus, parce que sa grâce nous a éclairés. » [S. Ambroise.)
Ad 2) Quelle est la cause des mérites ou de la valeur intérieure des bonnes œuvres que nous pratiquons en état de grâce? — Réponse. La cause de la valeur de nos bonnes œuvres, se trouve dans les mérites infinis de Jésus-Christ, dont nous devenons les membres vivants par la grâce sanctitiante. C'est pourquoi il dit lui-même :«Je suis la vigne, et vous êtes les branches. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, porte beaucoup de fruits, car sans moi vous ne pouvez rien faire. » {S. Jean 45, 5.) Que
DE LA CRACE.
peut en effet la branche sans la vigne? Et à qui revient conséquemment le mérite, quand la vigne porte des fruits, est-ce à la branche ou à la vigne? Ainsi toutes nos bonnes œuvres tirent leur mérite de Jésus-Christ, la vigne vivante, auquel ayant été unis, nous sommes devenus, de branches sauvages que nous étions aupararant, des branches ennoblies et fertiles; c'est pourquoi le Concile de Trente rend grâces au Seigneur « dont la bonté envers les hommes est si grande, que de ses dons il fait leurs mérites. »
Que sont nos bonnes œuvres sans les mérites infinis de Jésus-Christ ? [Comparaison .)
« Imaginez-vous que sous vos yeux se trouve un tas de fausses pièces de monnaie! de quelle utilité serait cet argent à un mendiant? — D'aucune! Il ne pourra s'en servir ni pour payer ses dettes, ni pour subvenir à ses besoins; malgré cette grande quantité d'argent il n'en restera pas moins pauvre et misérable. — Et à quoi servent toutes les œuvres, quand même elles porteraient extérieurement l'empreinte de la vertu, si elles sont dépourvues des mérites de Jésus-Christ, qui seuls leur donnent toute leur valeur aux yeux de Dieu! Elles ressemblent à ces fausses pièces de monnaie, puisqu'elles ne peuvent servir ni à racheter le moindre péché, ni à acquérir la moindre félicité dans le ciel. Dans le monde, où l'on ne fait le plus souvent attention qu'aux apparences, qu'à l'extérieur, cette monnaie pourra peut-être valoir quelque chose, mais il n'en est pas de même devant Dieu qui, outre l'empreinte, fait encore attention à la valeur réelle {Philotée.) Comparaison.
« De même qu'une bague de cuivre ou de bronze, est d'une grande valeur quand un diamant de prix y est enchâssé, valeur que lui donne non le métal dont elle est faite, mais la pierre qu'elle renferme; de même nos bonnes œuvres nous procurent la vie éternelle, non parce qu'elles nous appartiennent, mais parce que nous les pratiquons en état de grâce,
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et qu'elles contiennent les mérites de la passion et de la mort de Jésus-Christ. » (Diez. Meritum.)
{Gr. Cat. 24« q.) Nécessité des bonnes œuvres. — Explication. Que tout chrétien est obligé de pratiquer des bonnes œuvres, voilà ce qui est hors de doute; car Notre-Seigneur Jésus- Christ a dit lui-même : « Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits, sera coupé et jeté au feu. » (S. Matth. 3, 40.) C'est par les bonnes œuvres que nous devons mériter le ciel comme une récompense et l'obtenir comme une couronne. D'ailleurs la grâce sanctifiante ne peut se trouver ni demeurer en nous, si nous ne la manifestons extérieurement par de bonnes œuvres, si nous n'avons soin de la conserver et de la nourrir par leur moyen. Comme le feu se manifeste par la fumée ainsi la grâce sanctifiante doit se manifester par les bonnes œuvres ; et si cette sainte flamme n'est pas entretenue par de bonnes œuvres, elle s'éteint.
Le Père Suarez le prouve dans la comparaison suivante : « Le feu s'éteint si la chaleur ne le nourrit; la neige se fond sans la froidure qui en est l'aliment; l'air s'altère s'il est sans mouvement; l'eau se corrompt si elle croupit; l'herbe, les fruits et toutes les autres substances, si on les sépare de leurs qualités naturelles, se gâtent et finissent par dépérir complètement. C'est ainsi que la grâce de Dieu, que la charité sans les bonnes œuvres, qui sont ses qualités surnaturelles, par le moyen desquelles elle se soutient, se nourrit, se corrobore, se garantit de toute atteinte, et prend son accroissement, finit par s'éteindre et périr. C'est ainsi que cette âme malheureuse, en perdant la grâce de Dieu par sa nonchalante volonté, qui la tient dans une fatale indifférence pour les bonnes œuvres, se place dans un état extrêmement périlleux et risque son salut. (Scaramelli. T. 7, ch. m.) — Nous devons en outre pratiquer aussi de bonnes œuvres, pour gagner le ciel ; quiconque paraît de-
vant Dieu les mains vides, ne reçoit pas de lui la couronne de la vie. Qu'ils sont donc insensés ceux qui négligent ce devoir!
Le prince et le bouffon.
Un prince avait donné à son bouffon une canne en lui disant : « Si tu trouves un jour quelqu'un qui soit plus fou que toi, remets lui cette canne. » Quelques années plus tard le prince tomba malade et reçut la visite de son bouffon. Comme le malade lui dit qu'il allait bientôt le quitter, il lui demanda: « Et où veux-tu aller?» — « Dans l'autre monde!» — «Quand en reviendras-tu? Sera-ce dans un mois? » — « Non. « — « Sera-ce dans une année? » — « Non plus. » — « Mais quand sera-ce donc? » — « Jamais. » — « Quelles provisions as-tu faites pour un si long voyage et pour demeurer dans le pays où tu vas? » — « Aucune. » — « Comment aucune? en ce cas, » répondit le bouffon, « prends ma canne! tu es sur le point de partir pour toujours, et tu n'a pas même songé aux moyens de vivre heureux dans l'autre monde d'où tu ne reviendras plus? allons, prends ma canne, car jusqu'ici je n'ai pas encore commis de folie pareille à celle-là. Avoue que tu es un plus grand fou que moi. »
{Gr. Cat. 25''-26'^ q.) Des différentes espèces de bonnes œuvres. — Explication. Les bonnes œuvres que nous devons pratiquer sont principalement celles qui sont commandées à tout chrétien par les lois de Dieu et les préceptes de l'Eglise, et qui sont nécessaires et utiles à l'accomplissement des devoirs de notre état. L'Ecriture-Sainte nous en recommande spécialement trois qui sont : la prière, le jeûne et Vaumône. C'est pourquoi l'ange Raphaël dit à Tobie : « La prière unie au jeûne et à l'aumône vaut mieux que l'accumulation des trésors. » Vs^r prière (i) nous entendons en général les œuvres de piété, \)2iV jeûne [^) les œuvres
()) On en parle plus au long dans le traité de la prière. (2) Voye? la 2'- partie, page 44'2.
(le inortification, et par aumône (i) les œuvres de la charité chrétienne.
(Gr. Cat. Ti'-oii" q.)
La bonne intention dans les bonnes œuvres. — Explication. Pour que nos bonnes œuvres soient méritoires, il ne suffit pas du reste que nous les fassions dans Vamour de Dieu, c'est-à-dire, en état de grâce, il faut encore que nous les fassions par amour pour Dieu, c'est-à-dire, dans une bonne intention, à savoir, dans la vue de servir Dieu et de lui plaire. — Cette bonne intention est l'affaire capitale dans nos bonnes œuvres, car par elle nous pouvons obtenir de Dieu de grandes récompenses même pour les moindres œuvres. On dit donc avec raison, que la bonne intention change le plomb en or. Au contraire, sans la bonne intention, les œuvres mêmes les plus éclatantes ne sont que du clinquant qui brille et fait du bruit, mais n'a aucune valeur réelle. Quiconque fait le bien sans une bonne intention, ressemble à une pomme très-belle à l'extérieur, mais piquée de vers à l'intérieur. Aussi le divin Sauveur énonce la haute valeur de la bonne intention par ces paroles : « Quiconque donnera à boire à l'un de ces plus petits, seulement un verre d'eau froide, en qualité de mon disciple, en vérité, je vous le dis, il ne perdra point sa récompense. » [S. Malth. 10, 42.) Puisque la bonne intention est d'une si grande importance, renouvelons-la souvent durant la journée, mais surtout le matin, et cela peut se faire en quelques mots, par exemple en disant : « Mon Seigneur et mon Dieu! tout pour votre plus grande gloire! » ou bien : « Seigneur, c'est par amour pour vous! » ou bien encore : « 0 mon Dieu ! je vous offre toutes mes pensées, mes paroles et
(J) Voyez la i' partie, page 44
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mes actions; que toutes tendent à votre plus grande gloire! » etc., etc.
La pauvre veuve.
Le divin Sauveur nous montre dans un bel exemple cette vérité, que dans nos bonnes œuvres, ce qu'il y ade principal, c'est l'intention pure et la bonne volonté. — Un jour qu'il était assis vis-à-vis du trésor du temple, il regardait le peuple, jetant de l'argent dans le tronc et plusieurs riches en jetaient beaucoup. Une pauvre veuve, étant venue, y jeta deux très-petites pièces, de la valeur de deux deniers. Jésus, appelant à lui ses disciples, leur dit: « Je vous dis en vérité que cette pauvre veuve a mis plus dans le tronc que tous les autres, car ils ont apporté ce qu'ils avaient de superflu, mais elle a donné de son indigence tout ce qu'elle avait et tout ce qui la faisait vivre. » (5. Marc. 42, 41, 44.)
L'ange et l'anachorète.
(x Hélas! que faire pour me sauver? Si du moins je savais, pauvre ignorant que je suis, ce que je dois pratiquer pour plaire à Dieu et procurer le salut à mon âme! » Telles étaient les lamentations quepoussaitnuil et jour un anachorète dans le désert, et cette inquiétude continuelle le fit maigrir affreusement. Un ange lui apparut enfin et l'invita à le suivre. Il se leva aussitôt et suivit la direction que prit le messager céleste. Or, ils arrivèrent près d'une simple cabane; une jeune servante, pauvrement habillée mais d'un extérieur affable, balayait, d'un air joyeux, le sol malpropre de la misérable demeure, tout en chantant gaiement cette chanson:
Ce que je Tais, ce que je pense.
Je te l'otlre, ô Dien de bonie, Avfcjoie et reconnaissance, Poui le temps el l'éternité.
Ils allèrent plus loin, et entrèrent dans une vaste et majestueuse église. Un prédicateur distingué y annonçait du haut de l'ambon la parole de Dieu à un auditoire qui remplissait toutes les nefs, avec une force et une onction qui
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étonnait tout le monde; il faisait couler les larmes d'un grand nombre et réveillait dans les cœurs le repentir et l'amour de la vertu. Le prédicateur descendit de la chaire et passa fièrement devant nos deux pèlerins, de manière qu'on ne put voir que trop bien combien il était entiché de son talent oratoire et quelles étaient ses prétentions d'esprit. — Alors l'ange éleva la voix et dit: « Que vous en semble, mon ami? Qui de cette pauvre petite servante ou de ce grand prédicateur a fait davantage aux yeux de Dieu? » — L'anachorète répondit aussitôt: « Quant à cela, il n'y a pas de doute, c'est bien ce prédicateur distingué. » — '( Vous voustrompez grandement, mon fils? » dit l'ange; « car Dieu fait attention avant tout à la bonne intention, il voit si elle est pure et désintéressée; c'est par elle que toutes nos actions deviennent agréables à Dieu et que nous devenons saints. Gravez bien ceci dans votre cœur! Vivez et agissez en conséquence! »
Les dons réciproques.
L'n pauvre campagnard rencontra un jour Artaxercès, roi des Peises. Or, il était dans les coutumes du pays, que quiconque s'approchait du roi, devait lui offrir un présent; mais le pauvre n'avait rien qu'il pût donner. Alors il puisa dans le creux de sa main un peu d'eau qu'il tendit au souverain; celui-ci satisfait d'un don présenté d'aussi bon cœur, lui fit remettre, dans sa largesse royale, un plat d'or avec mille pièces du même métal, par réprocité.
De nos jours encore brille à Padoue une famille noble du nom de Montagnani, qui, d'après le récit d'un historien padouan, dut sa noblesse à la circonstance suivante. Au temps de l'empereur Henri IV (vers l'an H02), son épouse Berthe passa par Montagnana, village situé à une journée de marche de Padoue. Une pauvre paysanne de l'endroit accourut et offrit à l'impératrice une pelote du fil le plus fin qu'elle avait filé elle-même, n'ayant rien de meilleur à présenter à son altesse; or, ce don d'un amour simple et naïf agréa plus à Berthe que les présents les plus précieux qu'on eût pu lui
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offrir . En retour, elle accorda à la paysanne autant d'étendue de terrain qu'elle pouvait circonscrire au moyen de sa pelote de fil, et c'est d'elle que descend la noble maison des Montagnani. — C'est ainsi que le moindre don, la plus légère bonne œuvre, faite dans une intention pure et avec une bonne volonté, plaît au Seigneur, et il la récompense plus qu'abondamment.
Comparaisons.
« Il n'y a que les œuvres faites pour Dieu, qui soient bonnes et qui méritent d'être conservées dans le trésor de Dieu, comme des pièces d'or ayant cours... » On peut pratiquer des œuvres ordinaires d'une manière extraordinaire, lorsque l'intention, avec laquelle on les pratique est pure et quand on désire vivement de plaire par là à Dieu. — Plusieurs mangent beaucoup et n'en sont pas moins maigres et chetifs; d'autres, au contraire, mangent peu, et s'en trouvent bien portants et forts, parce qu'ils ont un bon estomac qui digère tout, et conséquemment tout leur profite bien. C'est ainsi qu'il y a des gens qui font chaque jour une foule de bonnes œuvres, sans croître en charité, parce qu'ils les font avec une certaine tiédeur, plutôt par un penchant naturel que par un zèle surnaturel. D'autres, au contraire, font des œuvres légères, qu'ils sanctifient par une intention pure, et par là ils croissent extraordinairement en perfection. » {S. François de Sales.)
« On estime la valeur de l'œuvre d'après l'intention ou le dessein, comme on juge de la beauté du corps par le visage. » {S. Bernard.)
« Celui qui pratique de bonnes œuvres pour plaire aux hommes, ressemble à quelqu'un qui puise sans cesse de l'eau qu'il verse dans un vase troué. » (5. Arsène.)
a Un petit morceau de papier, n'a aucune valeur; mais quand le roi y oppose sa signature et son sceau, il est d'une grande importance. Ainsi, bien des actions eussent été insignifiantes, si en les faisant, on n'avait eu pour intention la gloire de Dieu. » {Lohner. Biblioth.)
ii DE I.A GRACE.
a La bonne volonté est la parole qui seule donne à nos actions et à nos sentiments une véritable valeur. » {Munch.)
« Le laboureur ne répand pas la semence dans les champs afin que les passants puissent la voir, mais afin de recueillir des fruits au temps de la moisson. C'est ainsi que l'homme ne doit point pratiquer les bonnes œuvres pour être vu des autres et attirer leurs éloges, (comme Ih fait l'orgueilleux.) mais par amour pour Dieu, afin d'obtenir de lui une récompense. » {S. Chrysoslôme.)
(Gr. Cat. 31«=-o2« q.) Moyens d'obtenir les grâces. — Explication. De tout ce qui nous venons de dire il est facile de conclure que la possession de la grâce divine est et doit être pour nous tous la possession la plus grande et la plus salutaire; mais chacun se demandera : Quels moyens devons nous surtout employer pour obtenir la grâce? A cette question notre catéchisme répond : ce sont les sacrements et la prière. Oui ce sont eux qui nous procurent cette grâce, l'entretiennent en nous et la conservent; voilà pourquoi les saints ont prié avec tant d'ardeur et se sont approchés si souvent des sacrements. Néanmoins ces deux moyens ne nous procurent pas la grâce de la même manière et dans la même mesure; cari) les sacrements produisent en nous la grâce, tandis que la prière nousjes obtient; 2) par les sacrements nous n'obtenons que les grâces pour les quelles ils ont été institués ; tandis que par la prière nous'obtenons des grâces de toute espèce, excepté celles qu'on ne peut recevoir qu'au moyen des sacrements. — C'est de ces moyens d'obtenir les grâces, des sacrements et de la prière que nous allons traiter plus au long.
Pratique. Voulez-vous obtenir et conserver la grâce sanctifiante, le plus précieux de tous les trésors, mettez surtout en pratique les trois points suivants.
\)Evitez lepéchéet iowi attachement criminel-àw monde, à ses plaisirs et à ses biens! Il ne peut être uni à Jésus-Christ, celui qui tient au péché et fait cause commune avec les enfants du monde. Et cependant combien grand est le nombre de ceux qui perdent en riant la grâce sanctifiante et leur éternité bienheureuse, parce qu'ils s'attachent au monde et au péché.
Pourquoi en est-il tant qui ne veulent pas se revêtir de la robe de la grâce sanctifiante?
Le fameux conquérant de l'empire Indo-Mongol, Aureng- Zeb, malgré toutes les contrées qu'il avait soumises à son sceptre, était descendu tout d'un coup si bas, qu'il n'était plus en état de couvrir ses dépenses. Afin de remplir son trésor, il recourut à un étrange expédient. Il fit venir tous les derviches du royaume ; c'étaient des hommes qui vivaient grossièrement, mais qui aux yeux des mahométans passaient pour des saints. Tous furent invités à un grand banquet dans sa cour de Dellhi. Il ne négligea point d'observer l'ancienne coutume qui consistait à faire présent à tous les invités de nouveaux cafetans ou de vêtements d'honneur, en signe de bienvenue. Mais les derviches au lieu de manifester de la joie pour ce bienfait, opposèrent de la résistance et se plaignirent amèrement quand ils durent déposer leurs manteaux usés, et on dut recourir à la violence pour les obliger à ce changement. Cependant on n'ignorait pas la cause de cette opposition opiniâtre, c'est qu'ils portaient soigneusement cousue dans leurs misérables haillons une multitude de pièces d'or, et c'était à celles-ci que le malin Aureng-Zeb faisait la chasse. — Il n'est guère difficile de reconnaître dans cette image les sentiments de certains chrétiens qui n'ont que de l'ingratitude et se montrent revêches quand il s'agit pour eux de se revêtir de la glorieuse robe de la justification et de la sainteté, que leur présente le Sauveur. A tous sont adressés ces mots : « revêtez-vous de l'homme nouveau qui a été créé à l'image de Dieu, dans la véritable jus-
tire et la pureté; » mais pour se revêtir de ce vêtement de lumière, il faut qu'ils se dépouillent de celui du vieil homme. Et voilà contre quoi ils se révoltent; si misérable que soit ce vêtement de leur état de péché, ils ne veulent point le quitter, parce qu'il cache au-dedans de lui les trésors terrestres, les biens trompeurs dont leurs passions et leurs désirs se sont couverts. {Veith. Homélies. T. VII.)
2) Priez assidûment, recevez souvent les sacrements^ pratiquez de bonnes œuvres ! Par là vous conserverez et vous augmenterez en vous la grâce de Dieu; par là vous vous montrerez encore extérieurement que la grâce sanctifiante habite en vous.