‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemples (volume 3)Chapitre 33 sur 44 · I.KS IlL'ir lîKAIITlUKS. ÎÎ^Tt · texte numérisé non relu

I.KS IlL'ir lîKAIITlUKS. ÎÎ^Tt

De quelle munière la pauvreté d'esprit est récompensée.

S. Bernard nous dépeint la récompense de la pauvreté d'esprit dans la belle parabole qui suit : Un roi avait deux tilles, dont l'une était très belle pour l'extérieur, et l'autre très-laide et d'un extérieur repoussant. Celle qui était belle fut aimée de chacun, tandis que celle qui était laide fut évitée et méprisée. Or, celle-ci en fut profondément affligée; elle se plaignit en pleurant ù son père, et lui confia tout le chagrin qu'elle en ressentait. Touché de la douleur de sa fille, le roi lui dit un jour : « Essuie tes larmes, ma chère enfant ! car voici la résolution que je viens de prendre. L'homme qui aura obtenu ta sœur en mariage, n'aura pas d'autre dot; il devra se contenter de la beauté de ma fille. Mais celui qui te choisira pour épouse, aura tout mon royaume en héritage. » — Le roi c'est Dieu, la fille à l'extérieur séduisant, c'est le monde, ceux qui l'aiment n'auront pas d'autres faveurs. La fille à l'extérieur repoussant, c'est la pauvreté que l'on fuit et que l'on évite. Ceux qui l'aiment deviendront les héritiers du grand et magnifique royaume; <i car le royaume des deux leur appartient. »

"2) Bienheureux ceux qui sont doux parce qu'ils posséderont la terre, ils sont doux tous ceux qui sont charitables et patients aussi bien en présence des fautes d'autrui, ({u'au milieu des offenses et des persécutions dont ils sont l'objet. Comme récompense de leur douceur « ils possèderojit la terre, » c'est-àdireqn'ils gagneront l'amour et l'affection de Dieu et des hommes. « L'homme doux, dit S. Chrysostôme, sait tellement gagner les cœurs qu'il en chasse toute l'amertume que les affronts ou la haine peuvent y avoir déposée. » Le sage dit, en parlant de l'homme doux ; « Il est aimé de Dieu et des hommes. » {EccI.Ad,\.)

(Voyez les exemples cités plus haut à l'ariicle douceur, page 559 )

3) « Bienheureux ceux qui pleurent parce qu'ils seront consolée. )> Par ceux qui pleurent on entend ceux qui

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pleurent leurs proj^res pochés el (|ui gémissent sur ceux des autres, comme le firent David, S. Pierre, S'* Marie Madeleine. Ils recevront comme récompense le pardon, la parfaite réconciliation avec Dieu et les consolations célestes durant rélernité; « car ils seront consolés. » « Par un rire criminel d'un moment, on s'achète dit ^aint Pierre Damien, des pleurs éternels, et par des pleurs d'un moment on s'acquiert une joie éternelle. »

Bienheureux sont ceux qui gémissent el pleurent.

Un brigand dont les crimes avaient rendu le nom célèbre dans toute la Syrie, fut un jour visité et touché de la grâce, comme un enfant prodigue; Jonathas donc, tel était son nom, se leva pour aller retrouver son père. Mais de quel côté se tourner? Comme les dangers le menaçaient de toutes parts, il se réfugia auprès de S. Siméon styiite, l'apûtre du désert, (liez qui des caravanes entières de peuples africains se rendaient en pèlerinage, et qui, à cette époque pleine de rudesse et d'agitation, opéra des merveilles par son genre de vie austère et merveilleux. Jonathas vint donc à son tour le trouver, espérant y rencontrer un asile; mais là le repentir le remua encore plus profondément; il embrassa la colonne sur la quelle le solitaire vivait depuis tant d'années, et pleura amèrement. « Qui étes-vous ? » lui demanda Siméon. II répondit ; « Je suis Jonathas, ce brigand redouté; j'ai horreur de moi-même et de mes crimes, je veux faire pénitence. » Alors Siméon lui répliqua : « A ceux qui pleurent ainsi, appartient le royaume des cieux. » Peu de temps après, des hommes arrivèrent d'Antioche, exigeant qu'on leur livrât le brigand. Mais Siméon leur dit : « Doucement mes amis! Celui qui a conduit cet homme ici, est plus grand que nous, il est venu au secours de cette sorte de gens, et le royaume des cieux leur a[)parlient. » Quand ils eurent été congédiés de cette manière, ils retournèrent à la ville pour y chercher de nouveaux ordres. Entreiemps le malheureux s'était tenu durant sept jours au pied (]q la colonne, et le septième jour

i.üj Hill BÉAI m i)i;s. 587

il dit : a Seigneur, si vous le voulez, je nie retirerai plus loi». » — « Comment, lui cria Siméon, voulez-vous de nouveau vous enfuir pour vous livrer au brigandage? » — « Non, Seigneur, dit le pénitent, mais mon temps est venu. » Par là il voulait faire allusion à la mort, avec la quelle il commença à lutter. Quand il eut rendu In dernier soupir, les gardes venus de nouveau d'Antioche voulurent s'emparer du cadavre pour le jeter en pâture aux bêtes sauvages, mais uiméon le leur défendit; « car, dit-il, celui qui l'a conduit ici et reçu en grâce, est le même qui possède aussi le pouvoir de renverser de fond en comble votre ville, et c'est le même qui l'a reçu dans sa gloire; car bienheureux ceux qui gémissent et pleurent, car ils seront consolés. » (Veith. lenfant prodigue.)

4) a Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. » Avoir faim et soif de la justice, c'est désirer la vérité et la justice de Dieu. Conséqueinment ont faim et soif de la justice 1) les infidèles qui désirent connaître la vérité, c'est-à-dire la vraie doctrine de Jésus-Christ, et 2) ceux qui, n'étant pas encore justes, s'efforcent de le devenir, et lorsqu'ils le sont déjà, continuent de devenir encore plus justes et plus vertueux. S. Bernard écrit à ce sujet : « L'homme juste a continuellement faim et soif de la justice, de sorte (|u'il désirerait devenir toujours plus juste, s'il lui était donné de vivre plus longtemps; car il emploie tous ses efforts pour s'élever de ce qui est bien à ce qui est mieux. » En récompense Dieu apaisera cette faim et cette soif de la justice, cest-à-dire, il les conduira à la vérité et à la justice, et ainsi au bonheur du ciel; car « Us seront rassasiés » [de joie et de félicités célestes).

Im faim et la soif de la justice.

Dévoré de cette soif sainte, David s'écriait : « 0 mon Dieu, source de toute consolation, mon âme est altérée de vous.

-;8i< DL LA VKKTL LT 1>E LA ^•^!U■ECTIO^ CHRÉTIENNE.

Hélas! Quand irai-je apparaître devant vous?» (P*. 41) S.Paul ♦Uait également dévoré de cette faim et de cette soif de la justice; car chaque jour il s'efforçait d'avancer dans le chemin de la vertu et de la perfection. « Mes frères, disait-il, je ne pense point être encore arrivé au but; mais tout ce que je sais, c'est qu'oubliant ce qui est derrière moi, et m'avançanl vers ce qui est devant moi, je m'efforce d'atteindre le but, pour remporter le prix auquel Dieu m'a appelé d'en haut par Jésus-Christ. » {EpU. aux Phil. 3, 13.) C'était cette faim fl cette soif de la justice, c'est-à-dire de la vérité divine et d'une vie sainte, qui tourmentait le pape saint Clément. Lorsqu'il était encore infidèle, dit-il dans ses écrits, il n'avait rien souhaité plus ardemment que la possession de la vérité et de la vertu. Aussi cette faim et cette soif de la justice furerJ elles rassasiées; car saint Barnabas vint, lui enseigner la vraie foi et le mena à la source de la vie, où il pouvait ä])paiser complètement sa soif de la justice et trouver la paix de l'âme.

(Voyez 1 pai'tif, page 2i58 et 239.)

5) c* Bienheureux ceux qui seront miséricordieux, parce qu'ils obtiendront eux-mêmes miséricorde. » On entend par miséricordieux ceux qui compatissent sincèrement aux malheurs du prochain avec la ferme résolution de l'assister autant que possible, et cela uni(juement par amour pour Dieu et pour plaire à Jésus-Christ. Pîir cette vertu, dit S. Chrysostùme, nous devenons semblables à Dieu qui est appelé le Dieu de miséricorde. Elle est grande la récompense qui sera accordée aux miséricordieux; car « ils obtiendront eux-mêmes miséricorde de Dieu. » C'est pourquoi S. Jérôme écrit : « J'ai beaucoup entendu et beaucoup lu ; mais jamais je n'ai entendu ni lu que (luehju'un, après avoir pratiqué volontiers la miséricorde durant sa vie, ait eu une mauvaise mort; il a pour lui une foule d'intercesseurs, et il est impossible que Dieu [j'exauce j-as la prière d'un si grand nombre

LES Min IJKATI'mn.Si. :^m

(ic suppliants. » Et S. Jean Chrysostôme dit : « Celui (]ui aura procuré des jours de bonheur aux malheureux, ne verra i^as le malheureux jour du jugement. » Bienheureux sont les miséricordieux.

Heu de temps avant sa mort, S. Thomas de Villeneuve ordonna à son intendant de distribuer aux pauvres toute sa fortune qui consistait en quatre mille couronnes, plus l'a- ' meublement de sa maison. Le lit où il était couché souffrant, fut légué au geôlier pour les prisonniers malades, et il ajouta en même temp.s cette humble prière: qu'on voulût le lui laisser jusqu'à la mort. Quand il eut tout donné, il leva les yeux et les mains au ciel en disant avec joie : « 0 Jésus, que je vous remercie de pouvoir sortir de ce monde comme un pauvre religieux et de ne posséder plus rien. » A la fête de la naissance de la sainte Vierge, il sentit approcher sa fin, et se fit lire encore l'histoire de la passion de Jésus-Christ selon l'évangéliste S. Jean, puis il pria quelqu'un de vouloir bien célébrer la sainte Messe dans sa chambre. A la consécration, il dit à haute voix : « Seigneur, j'ai espéré en vous, » el pendant la communion du prêtre, il expira doucement en 1555, comme il avait vécu, dans la soixante-septième année de son âge et la onzième de son episcopat. — Le chapitre des chanoines de Valence célébra, pour son pasteur défunt, de solennelles obsèques, auxquelles accoururent, de toutes parts, des fidèles de tous les rangs; ce qui déchirait surtout le cœur, c'était le spectacle de neuf mille pauvres qui suivaient le corps, et les lamentations qu'ils poussaient sur la perte de leur protecteur et du meilleur des pères. — Et quelle glorieuse récompense n'aura pas été accordée à ce père des pauvres qui, durant sa vie, exerça tant de miséricorde, lorsqu'il fit son entrée dans l'éternité, puisque Notre Seigneur Jésus-Christ dit lui-même : Bienheureux sont les miséricordieux, parce quils obtiendront eux-mêmes miséricorde. » (Voyez les exemples touchant l'amour du prochain et l'aumône, page 26 )

6) « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu. » « ils ont le cœur pur, » dit S. Chrvsos-

r>!)0 HE I..V VEKTl Ll i»E l,A l'LIll Lf^TUj.N CIlRKTIEîSNK.

lôme, « ceux (jui possèdent toutes les vertus et ne se reconnaissent coupables d'aucun péché. Comme l'or ne se conserve pas à moins d'être purifié de toutes les scories, comme nulle liqueur n'est pure, si elle est mêlée à des substances étrangères, ainsi nul cœur ne peut être appelé pur, que si l'amour du péché y est étouffé et si iamour de Dieu y domine. Conséquemment ils ont le cœur pur, ceux dont le cœur est éloigné de tout péché et de tout désir de péché, et qui domptent la concupiscence, autant qu'il est en eux, comme l'ont fait la trèssainte Vierge, S. Jean-Baptiste, S. Louis de Gonzague, S'^ Agnès et d'autres. La récompense de la pureté du cœur consiste dans une communication mystérieuse "et heureuse avec Dieu |)t'ndant la vie et dans la vision éter-' nelle de Dieu dans le ciel. » « La pureté du cœur, » dit saint Isidore, « nous rend aptes à contempler d'un œil |)ur le soleil de justice. « S. Jean, l'aj^ôtre vierge, le disciple bien-aimé ne vivait-il pas dans une sainte familiarité avec son Dieu et son Sauveur?

Saiîit Ilerman Joseph.

La pureté et riniiocence mettent l'homme dans un pieux commerce avec Dieu ; elles font en sorte qu'il peut contempler Dieu déjà sur la terre. C'est ce que nous voyons dans une légende au sujet du bienheureux Herman Joseph. Ce saint vivait dans une innocence tout angélique et soupirait après la doctrine du salut; c'est pourquoi il se rendait tous les jours avec joie à l'école. Mais auparavant il faisait une visite à l'église, où il s'agenouillait avec une piété tout enfantine devant les images de l'aimable enfant Jésus et de la très-sainte Vierge. Pendant qu'il priait, il regardait la Mère de Dieu et racontait à l'enfant Jésus mille choses charmantes, puis il semait devant lui des fleurs, ou lui en tressait des couronnes. Et la Mère avec son divin enfant jetaient des regards de complaisance et d'amitié sur iangeliquc j)elit gar-

lAis iirn «KATiiLoiib. 591

çoi) et ces regards célestes le rejouissaient et le rendaient heureux. Alors plus joyeux que jamais, il sortait de nouveau de l'église. Un jour il vint, une pomme à la main, se mettre à genoux devant la statue du petit enlani de Bethléem, auquel ii présenta le fruit, le priant avec une sérieuse naïveté de vouloir bien accepter le présent que lui oilrait son amour. Et voyez! Le divin enfant tendit en souriant la petite main 'pour recevoir le pieux don et remercia avec bonté le jeune Hrrman. Depuis lors Marie et son divin Fils prirent sous leur protection spéciale l'angélique jeune homme, qui obtint de grandes grâces, et sa pureté reçut, dès ici-bas, la récompense promise à tous ceux qui ont un cœur pur.

Puicté! Colombe saiis fui, Dos angns conipai^iip sublime !

Pour loi s'ouvre toujours li> ciol Que nou- ferriif la n'ain du criuiC.

7) ce Bienheureux ceux qui sont pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu. » Les |)aciliques dont il est |)arlé ici, sont ceux qui cherchent à avoir et à conserver la paix intérieurement et extérieurement, la paix avec Dieu, avec eux-mêmes et avec leur prochain , à l'exemple d'Abraham qui était disposé à renoncer à la plus belle contrée en faveur de son cousin Loth, afin de conserver la paix. — Dieu aime spécialement les |)acifiques; voilà pourquoi aussi « ils seront appelés enfants de Dieu, » et le seront effectivement, enfants bien-aimés de Dieu sur la terre et enfants de Dieu dans le ciel ; c'est d'eux qu'il est dit au livre de la sagesse: « Les voilà comptés parmi les fils de Dieu, et leur j)artage est entre les saints! » (5, 5.).

Dieu chérit les pacifiques et déteste ceux qui se livrent à la discorde.

Le pape Grégroire IX, avant de monter sur le trône pontifical, avait été nonce du Saint-Siège; il voulut en cette qualité-réconcilier, dans une ville de la Lombardie, deux prin-

*>9Î DE LA VEKTc KT DE I.A PKRKECTtON CHRÉTIENNE.

ces qui vivaient dans une grande discorde. L'un d'eux céda et se soumit aux jugements comme aux propositions de Grégoire ; mais l'autre ne voulut entendre parler ni de paix, ni de réconciliation et s'obstina danssa haineuse inimitié. — Or, comme il méprisait, non-seulement la paix, mais qu'il était encore la cause de la division et de l'inimitié qui s'était élevée entr'eux, il fut frappé d'excommunication. Mais cette punition, loin de produire quelque impression sur lui, ne tit que l'aigrir d'avantage; il s'en moqua et en fit l'objet de ses railleries. Mais voyez! jusqu'alors des cigognes avaient eu leur nid dans IfS tours et sur les cheminées de sa demeure, où elles avaient vécu en paix. Mais à dater de ce jour, elles commencèrent à s'elfrayur, bientôt elles quittèrent cette maison où régnait la haine, et transportèrent leurs nids dans la demeure de l'autre prince qui aimait la paix et s'était soumis avec une admirable obéissance au nonce du Saint-Siège. — Dieu en agit comme ces oiseaux. 11 quitte cette maison et ce cœur d'homme où sont entrées la haine et l'inimitié, et cherche au contraire la demeure de la paix, pour y habiter par sa grâce et ses bénédictions. Car il est un Dieu de paix et d'amour, et la discorde le chasse d'une maison, d'une famille et d'un cœur, comme elle chassa les cigognes de la maison de ce prince haineux. Mais le démon fait précisément le contraire. Comme les cigognes quittèrent !e lieu de discorde et cherchèrent la maison de paix pour s'y nicher, ainsi le démon, à son tour, quitte les demeures de la paix et cherche les lieux de discorde et de division pour y fixer son trône infernal. C'est pourquoi le prophète a dit: « les impies n'ont pas de paix, » tandis que Jésus-Christ dit: « Bienheureux sont les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu. » Efforçons- nous donc de devenir enfants de Dieu par notre amour de la paix et notre conduite pieuse, alors le Dieu de charité et de paix sera aussi avec nous.

8) « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice; parce que le roijaume des deux leur appartient. » Souffrir persécution i)our la justice, c'est supporter par

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amour pour Dieu et avec une patience chrétienne, pour la foi catholin.ue, pour la vérité et la vertu, la haine des hommes, leur mépris, leurs injures, etc., à l'exemple du vertueux Eléazar, des sept frères Machabées et de leur mère, des prophètes et des apôtres qui souffrirent pour la justice des ])eisécutions, le martyre et même la mort. Tous ceux qui souffrent { crsécution de cetlp manière, auront le royaume des cieux en partatre « car le royaume des cieux leur appartient. » C'est pourquoi le divin Sauveur a dit : « Vous êtes heureux lorsque les hommes vous maudiront et vous persécuteront, et diront faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez remplis d'allégresse, parce que votre récompence est grande dans les cieux. » (.S. Matth.^, H-i2.)

Les piel^'es précieuses.

Parmi les compagnons du séraphique S. François, il s'en trouvait un dont le caractère était aussi original que joyeux et qui avait complètement fini ses comptes avec le monde et ses vanités; il portait nom:Junipère.un jour, qu'il traversait la rue en compagnie de S, François, il rencontra une de ses anciennes connaissances qui l'accabla d'injures et de reproches. Junipère prit son froc par les bords et le souleva, comme on a coutume de faire quand on veut y recueillir quelque chose; puis il ajouta : « Allons, courage mon ami! Ne soyez pas trop avare de ces pierres précieuses, donnezm'en toujours davantage, » C'est ainsi qu'il avait coutume d'appeler les injures qu'on lui lançait assez souvent à la tête. François témoin de cette conduite, ne put s'empêcher de dire : « Plût au ciel que nous eussions toute une forêt de ces Junipères (i)! » — Oui, Dieu réunira un jour ces pierreries pour les enchâsser dans la couronne de la récompense qui nous ornera éternellement dans le ciel. — Le cardinal Hugues dit trè.s-bien h ce sujet : « Celui qui souffr« avec patience,

(1) Juniper signifie proprement genévrier.

">!^i HE I.A VKRTl- Kl MF, 1.* l'hRFLCTION CHRÉTIENNE.

au nom de Jésus-Christ, le mépris et les douleurs, réunit dans son sein des pierres précieuses qui orneront un jour sa couronne, et dont l'Eglise chante : « Une couronne d'or est sur son front; le sceau de la sainteté y est imprimé; elle est un rayonnement de l'honneur et l'arme du courage. »

Im couronne achevée,

L'n jour S. Ly<I\vine eut une vision durant laquelle lui apparut une couronne d'une inappréciable valeur, mais à laquelle manquaient encore quelques pierreries pour qu'elle fût achevée. Quand elle entendit que cette couronne lui était destinée, elle conjura Dieu de lui envoyer des épreuves encore plus douloureuses, et c'est ce qui arriva. En effet, elle eut beaucoup à souffrir au temps de la persécution ; car des soldats barbares pénétrèrent dans sa petite chambre et se mirent à l'injurier et à la maltraiter de la façon la plus affreuse à cause de sa vertu et de sa piéié. Bientôt après, elle eut une seconde vision où la m^ie couronne lui apparut, mais entièrement achevée, et une voix lui dit : « Voyez, ellt^ est achevée la couronne à laquelle il manquait encore quelque chose; les larmes que vous avez versées et les coups que vous avez reçus, étaient les pierreries qui devaient y briller. » {Dans sa Vie.)

Comparaisons.

Les calomnies et les injures, les afflictions et les croix supportées pour la justice, sont le meilleur engrais de Dieu pour ses vignes chéries. (Sailer.)

Lorsque, comme chrétiens, nous remplissons exactement nos devoirs et que nous manifestons notre respect pour Dieu et ses commandements, il arrive souvent qu'une telle conduite nous attire de la part des gens du monde, le mépris, les railleries et les injures ; mais ce n'est pas ce qui doit nous écarter de la voie des commandements de Dieu ; car de même qu'une personne (jui a des membres bien proportionnés dont elle peut se servir à volonté, ne s'inquiète guère des moqueries que lui adresse un boiteux parce qu'elle ne boite pas. comme lui, mais en a plutôt compassion, de même l'âme

MOYENS d'akKIMK A I.A l'KKIK TIÜN. K!)"

vrrtueuse ne s'inquièle pas des railleries du monde. » {M. Faber.)

»lOYE.NS D'aI'.UIVKI; A LA l'I r.l IX TIDN.

(6V. Ca t. Z9'-W q.)

Explication. Puis(iiie nous devons tous être parfaits, conime notre Tèrc céleste est pariait, chacun d'après notre état et notrevocation, il s'agit de poser encore cette question importante : Quels moyens chaque chrétien, quel que soit son état, doit-il employer pour arrivera la perfection? Nous répondons avec le Catéchisme : tout chrétien qui veut devenir |)arfait, doit particulièrement employer trois moyens.

i) Il doit recourir volontiers à la prière, écouter avec zèle la parole de Bien et fréquenter souvent les sacrements. « L'arbre qui se trouve près d'une source, ou qui esl fréquemment arrosé, » dit S. Augustin, « arrivera bientôt à une merveilleuse hauteur; de même l'homme qui écoute avec zèle la parole de Dieu et la conserve dans son àme, (qui reçoit souvent et dignement les sacrements), parviendra bientôt à un haut degré de perfection. » C'est ce que nous voyons dans les j)remiers chrétiens, dont il est dit : « Ils persévéraient dans la doctrine des apôtres, dans la communion de la fraction du pain et dans la prière. » [Actes des Apôtres, 2, 42.)

S. François de Sales et la dame pieuse.

Une dame pieuse se plaignait un jour à S. François de Sales que lorsqu'elle allait à la sainte Table, elle avait tant à souffrir des distractions et ressentait une froideur et une sécheresse qui l'aftligeaient beaucoup, c'est pourquoi elle était d'avis de communier moins souvent : « Non, ma fille! » lui dit le saint évêque, la communion de doit pas être différée à cause de ces inconvénients. Rien ne saura mieux tenir l'esprit dans le recueillement que celui qui est son roi ; rien ne

59<î r>E r.A vkktl: et di; i,a pep.fectio.n cHRÉirENsE.

réchauffera mieux le cœur que celui qui est comme son soleil; rien ne le rafraîchira plus agréablement que ce qui est son baume. » Voici comment le saint prélat s'exprimait dans ses lettres au sujet de la fréquente communion : « Par une expérience de vingt-trois ans que j'ai consacrés au soin des âmes, je pus en quelque sorte toucher du doigt combien puissante est la force de la sainte Euchiristie, pour raffermir les âmes dans le bien, pour les dc^ourner du mal, ks consoler, les élever, en un mot, pour les rendre célestes et semblables à Dieu, pourvu toutefois qu'on reçoive ce sacrement avec une foi vive, une grande pureté et piété de cœur. )•

2) // doit se vaincre constamment soi-même et se renoncer, c'est-à-dire, il doit se refuser maintes choses qui lui sont chères et agréables, et même dans les choses permises s'imposer des privalion.^, aliii (|u'il s'abstienne d'autant plus facilement de ce qui n'est i)as permis. C'est à quoi nous engage le divin Sauveur lui-même par ces paroles : « Si quelqu'un veut me suivre, qu'il renonce à soi-même, qu'il prenne sa croix et me suive. » (S. Matth. 16, 24.)

L'abbé Hellène devant le rayon de miel.

L'abbé Hellène passa devant un vieil arbre creux dans lequel les abeilles s'étaient établies. Le miel répandait tout autour un agréable parfum, et le bon abbé éprouvait un vif désir de goûter le miel. — Déjà il se disposait à en rompre quelques gâteaux, quand il se retint tout à coup et s'écria : « En arrière, misérable concupiscence! » — « Mais, révérend père, » dit le jeune homme qui l'accompagnait, « serait-ce donc une chose défendue que de manger du miel? » — 0 Non, mon tils, ce n'est pas défendu; mais ce serait un péché et une honte qu'un homme, au lieu de vaincre ses appétits, se laissât vaincre par eux. » — C'est agir sagement de se refuser un plaisir permis afin de pouvoir vaincre d'au-

MOYICNS b'AimiVIli A l.A l'iilil l.i.TlON. ')97

tant plus aiséinenl le; désir des clioses dcloiuluus. {Licre de lecture de Munch.)

L'homme qui sait se caincre soi-même est un roi.

a 11 est roi, » dit S. Euchère, « tout fidèle qui sait se vaincre soi-même et tient à ses ordres l'armée des saintes vertus. » — « Celui-là est roi, » dit S. Grégoire, « qui règle toutes les inclinations de son cœur d'après la volonté de Dieu, et exerce sur elles son empire, parce qu'il se tient sur les hauteurs de la raison éclairée, comme sur un trône, qu'il soumet toutes les passions à son autorité, qu'il conserve la. paix intérieure et garde dans son àme la loi de la justice et de l'équité. » — « Il est aussi vénérable qu'un roi puissant qui brille sur son trône, le diadème au front, l'homme qui par sa force spirituelle commande à ses passions comme h des esclaves. »

3) // doit faire ses actions journalières en état de grâce etd\ne manière agréable à Dieu. « Soit que vous buvie/. ou que vous mangiez, et (|uelque chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu, » comme nous le dit S. Paul dans son épître aux Corinthiens. (1. 10, 31.) [Gr. Cul. 41*^-42« q.)

Comment nous devons travailler d'une manière qui soit agréable à Dieu. — Explication. Nous ferons facilement nos actions journalières et d'une manière qui soit agréable à Dieu, en nous mettant sous les yeux la nnianière dont J.-C. les a faites, et en nous efforçant de l'imiter par amour, c'est-à-dire, en travaillant assidûment, patiemment et dans l'intention de plaire à Dieu. C'est pourquoi, au commencement de chaque action, formons une bonne intention et si le travail continue longtemps, renouvelons-la de temps en teaips. Toute action, la plus grande et la plus "brillante, comme l'entreprise la plus petite et la plus cachée, n'est en soi-même qu'une feuille vide et blanche; c'est l'intention pour la<|uelle on agit

598 DE LA VERTU ET DE LA l'EKKECriON OHIŒTIE.NNE.

et la manière dont on agit, qui tracent sur elle sa valeur. Bien souvent sur un mince feuillet il y a plus de fond et d'idées que dans maint gros in-folio.

Non, lien n'esl bien eséciiié Que par la seule charilé.

Travaillez toujours avec Dieu et pour Dieu. L'n pieux auteur dit: « Priez et travaillez ; n'oubliez ()as )a prière tout en travaillant; car la prière cherche les bénédictions dans le ciel, tandis que le travail les cherche en creusant la terre. C'est pourquoi, commencez tout avec Dieu. Si vous le faites, 1) vous ne commencerez rien de mauvais, car Dieu ne peut être présent là; 2) vous ne commencerez rien dans une mauvaise intention, car Dieu ne peut s'y joindre non plus ; 3j vous ne commencerez rien uniquement par vos propres forces qui sont si faibles; car, puisque vous commencez avec Dieu, il est conséquemment votre guide et votre aide; 4) vous ne commencerez rien par vous-même, mais Dieu le commencera en vous, et alors o) vous terminerez heureusement tout. Si, avant de commencer votre ouvrage, (et je suppose le cas le plus difficile) vous ne pouvez faire que le signe de la croix avec un sentiment de piété chrétienne, ne négligez pas de le faire. Par là vous éviterez bien des fautes et vous serez excité à pratiquer mainte bonne œuvre. Un peintre avait la bonne habitude de faire toujours le signe de la croix en commençant son travail ; il voulait le faire encore, un jour qu'il allait commencer un tableau de nudité qu'on lui avait commandé. Il dit donc en commençant: « Au nom du Père et du Fils; » puis il s'arrêta tout-à-coup, sous l'influence d'une idée qui lui montrait quelle contradiction il y avait entre ces paroles et sa conduite; sa main lui refusa de travailler à une œuvre criminelle et scandaleuse, et il y renonça. Que de péchés on éditerait, que de bien on ferait, si on y pensait comme cet artiste !

(6V. Cat. 43« q.) De la manière de se conduire au repas. — Explication. Nous devons dire nos grâces en joignant les mains,

MOYKNS It'AHItIVF.R A I A l'EHIFXIION. u09

avant et après le repas, cl, pendant le repas, être sobres et modestes. C'était à quoi Moïse engageait le peuple d'Israël iprjnd il disait : « Quand tu te seras nourri et rassasié, prends garde d'oublier le Seigneur. » Deuter. 6, 12-13.) Le sage dit à son tour: « L'heure de se lever du festin étant venue..., bénis le Seigneur qui't'a fait et qui t'a comblé de tous ses biens. » {Ecclés. 32, 15-17.) S. Jérôme nousy engage également (juand il dit: « Qu'on ne prenne pas de nourriture, avant que d'avoir prié. » L'homme qui se met à tableouse lève de table sans prier, ou qui s'y livre à l'intempérance dans le boire et le manger, ressemble aux animaux dépourvus de raison, qui ne connaissent rien de Dieu ni de la vertu.

Se inellie à lable sans prier, La iiiiiller sans remercier Le bienfaiteur siiprènie.

C'est ressembler à l'animal Privé de senliment moi al, Et c'est se ravaler Äui mônie.

Le jeune homme courageux.

Dans l'hôlel d'une ville importanteon dînait à table d'iiùte. On y rencontrait des personnes des états les plus différents, mais les ofliciers de la garnison formaient la partie la plus nombreuse de la société. La conversation était gaie et extrêmement polie. Entretemps un jeune homme, d'une taille élancée et forte se dirigea aussi vers la table; il était vêtu d'une manière simple, quoique très-convenable, et semblait être un propriétaire des environs. Il se tint un moment immobile, fit le signe de la croix, pria pendant quelques minutes et prit place. Naturellement tous les yeux étaient fixés sur lui. Quelques-uns le regardaient avec surprise, d'autres se communiquaient leurs observations, mais la plupart montraient sur leurs lèvres un rire moqueur qui finit par éclater bruyamment. L'étranger, qui avait déjà commencé à manger la soupe, regarda avec calme autour de lui. « Messieurs, » (lit-il ensuite, « pourquoi la plupart d'entre vous rient-ils,

GOÜ Dii I.A VEIUI KT DE I.A I'KKKKCI IM.N tlIKÉllKNNE.

ai-jc l'ail quelque chose qui puisse exciter votre iiilarité? » — « El commenl ne rirait-on pas, » répondit un jeune oHicier, « en vous voyant faire toutes ces simagrées? » — « Ainsi, voilà ce qui vous a fait rire? » reprit l'étranger. « Savez-vous bien que c'est peu de chose de s'unir à quarante personnes pour rire de quelqu'un, mais accomplir ce que le devoir et la conscience commandent, en face du mépris et des moqueries, voilà ce que l'homme de cœur seul ose faire. Je suis catholique, je ne rougis pas de ma foi st je remercie Dieu de tout mon cœur des dons que sa bonté nous accorde. » — Tous se lurent pendant quelques moments ; l'ofticiêr regarda tout confus ses camarades ; mais l'étranger commença aussitôt une autre conversation, et bientôt tous eurent l'occasion de rencontrer dans ce calholifjue franc et décidé, un compagnon éminemment instruit et très-intéressant. Quand il se leva de table un peu plus tôt que les autres et qu'il fit le signe de la croix, personne ne rit plus, la plupart gardèrent un respectueux silence et cessèrent même un moment de manger. L'étranger, après avoir adressé de tous côtés des saluls qui lui furent rendus amicalement, sortit de la salle à manger. (Philolée, [6" année.)

{Gr. Cal. W q.)

De la manière de nous eonduire dans les récréations. — Explication. Le chrétien peut se livrer à des jjlaisirs et à des récréations honnêtes, touteibis il faut que ces récréations soient prises e)i temps convenable, dans une bonne intention et qu'elles soient sanctitiées par la pensée de la présence de Dieu, c'est-à-dire qu'il ne nous est pas permis d'employer aux plaisirs les heures qui doivent être consacrées au travail ou à la prière, ni de nous récréer plus longtemps qu'il est nécessaire au délassement de l'esprit et du corps; ensuite nous devons nous délasser avec mesure; car les plaisirs dont on use déraisonnablement se changent bientôt en chagrins et en douleurs. Enfin on doit se récréer et s'égayer dans une bonne intention.

MOYENS d'AUUIYEU A LA PLKKKCTION. 001

« Uéjouissez-vous toujours dans le Seigncni; » nous dit S. Paul {Eptt. aux Phil. 4, 4-5.) « Je vous le dis encore, réjouissez-vous! Que votre modération soit connue de tous les hommes : le Seigneur est proche. »

Comment le chrétien doit se conduire dans ses délassements.

En jouissant des plaisirs et des agréments de la vie, le chrétien n'oublie pas qu'il est l'enfant de Dieu. Lorsque le tils du vieux roi 3Ienedem fut un jour invité à une partie de plaisir dans une maison du commun, il alla demander à son père la permission d'y assister ; celui-ci le regardant avec une majesté toute royale, lui dit : « Tu peux aller, mon fils, mais n'oublie pas que tu es le fils d'un roi. » Voilà ce que vous dit aussi Jésus-Christ : Chrétiens, n'oubliez pas que vous êtes les enfants de Dieu! Ne l'oubliez pas surtout au milieu de vos réjouissances! C'est pourquoi ne choisissez aucun délassement qui soit condamné par Dieu ou par la conscience ; soyez modéré dans vos jouissances, afin que vous ne profaniez pas votre dignité de chrétien.

Saint Charles Borromée au jeu de billard.

Saint Charles Borromée s'amusait le dimanche à jouer au billard en compagnie de quelques ecclésiastiques. Au milieu du jeu, l'un d'eux se rappelant tout-à-coup la pensée de la mort, se prit à dire : « Que ferions-nous si l'on nous annonçait que dans une heure nous devons comparaître au tribunal de Dieu? » L'un répondit, qu'il s'en irait à l'instant prendre son bréviaire pour achever la récitation de ses heures; un autre qu'il irait trouver de suite son confesseur, etc. Quand ce fut au tour de saint Charles de parler, il dit en riant : « Quant à moi, je finirais ma partie de billard ; j'ai commencé ce jeu dans l'intention de plaire à Dieu, et je crois ne pouvoir en ce moment rien faire, qui lui soit plus agréable. » Celui qui s'amuse dans une telle intention, goûte le plaisir d'une manière vraiment chrétienne.

CATÉC. PRATIQUE. T. IJ. U

fi(|-2 riK I.A VERTU ET DE l.A PERFECTION CHRÉTIENNE.

Comparaison,

« De même que le voyageur se désaltère de temps en temps dans les auberges, afin de continuer avec un nouveau courage et d'un pas plus rapide le chemin qu'il doit faire, de même l'homme dans le voyage qu'il fait à travers la vallée de la vie, a besoin de délassement. Mais ce délassement doit être pris comme une médecine et jamais comme un aliment habituel. » (Hunoll.)

{Gr. Cat. 4o« q.)

Quels doivent être nos rapports avec le procïiain. — Explication. Quant aux rapports avec le prochain, nous devons nous montrer affables, afin de n'offenser personne, mais en même temps prudents, afin de ne pas nous laisser séduire; car on apprend le bien par le contact avec les bons, comme on apprend le mal par le contact avec les méchants. C'est pourquoi les rapports avec les premiers sont une excellente école, tandis que les rapports avec les derniers sont une école détestable.

Les Charbons.

Sophron, un homme de grande sagesse, ne permettait pas même à ses fils et à ses filles, quoique d'un âge déjà avancé, de communiquer avec des personnes dont la conduite n'était pas entièrement chaste et morale. « Mais, mon père, disait un jour la petite Emélie, douce jeune fille de dix-sept ans, quand il lui eut défendu de voir la volage Lucinde, — mon père, vous me regardez sans doute pour une toute petite enfant, puisque vous pensez que cette visite pourrait avoir quelque danger pour moi? » Le père prenant alors en silence, dans le foyer, un charbon éteint le donna à sa fille. « 11 ne brûle pas, mon enfant, dit-il, prenez-le. » Emélie le fit, et voyez! sa main pure et blanche fut de suite souillée, de même que sa robe. — « On ne peut donc être assez prudent, dit Emélie, quand on touche des charbons. j> — a C'est vrai, reprit le père, vous voyez, mon enfant, le charbon, quand même il ne brûle pas.

MOYENS ü'aUUIVEH A I.A I'EIU'IiCilÜ.N. HO.''.

souille et noircit toujours. 11 en est de môme pour le nontact avec les personnes corrompues. »

{Gr. Cat. 46° q.) Comment on doit se conduire dans les adversités. — Explication. Enfin dans les adversités nous devons souffrir avec patience et résignation à la volonté de Dieu, nous rappelant que « Dieu frappe ceux qu'il aime, » {Eptt. aux Hebr. 12, 6.) et qu'il humilie celui qu'il veut élever. {Prov. 18, 42.) Persuadés conséquemment que les afflictions viennent de la main de Dieu, nous devons les lui offrir et lui demander la grâce d'en faire un bon usage. Sainte Térèse avait cette persuasion et c'est pourquoi elle disait souvent « que les afflictions et les adversités sont des présents de notre Père céleste. » Et saint François de Sales ajoute : « Ne considérez pas philosophiquement vos afflictions et vos adversités, mais acceptez les avec douceur et patience. Il suffit que vous soyez convaincu qu'elles viennent de la main de votre aimable Père céleste. »

(Voyez 1 partie, page 190.)

Pratique. Nous voilà donc arrivés à la fin de la deuxième partie qui nous a conduit de la fidèle observation des commandements jusqu'à la perfection chrétienne. Comme Dieu le dit autrefois à- son fidèle serviteur Abraham, je vous dis aussi, âme chrétienne : « Marchez toujours en présence de Dieu et soyez parfaite. » [Genèse 17, 1.)

1) Ne vous découragez pas dans le chemin d'épines qui conduit à la perfection. Celui qui ne repousse pas les aliments âpres et durs qu'il rencontre, en s'efforçant d'arriver à la perfection, pourra seulement goûter un jour la douceur que nous procurera la perfection acquise.

{>(!! I.F. I.A VEillU LT DE I.A PEUFECTION CHRÉTIE.NNE.

La vision instructive.

Un homme distingué de la maison des princes francs, appelé Rabaude, était entré dans l'ordre des Cisterciens, et comme l'austérité du genre de vie qu'on y menait, lui paraissait insupportable, l'abbé, avait eu soin de lui faire donner des mets plus délicats au lieu de pain noir et de légumes. Un jour que les frères étaient assis devant leur table frugale, il lui sembla voir entrer deux vénérables vieillards dans le réfectoire; l'un portait une clef comme signe de sa dignité, l'autre, un vase de cristal d'où il prenait quelque chose qu'il donnait à tous les frères, tandis qu'il passa devant Rabaude rans rien lui donner. Poussé par la curiosité, i! essaya de goûter, à la dérobée, ce qui se trouvait dans l'écuelle en terre de son voisin, et il y trouva tant de bon goût et de douceur, que rien de tout ce qu'il avait mangé jusqu'alors ne pouvait y être comparé. Quand il raconta ensuite au père abbé la vision qu'il avait eue celui-ci lui déclara qu'un des deux vieillards était saint Pierre et l'autre saint Honorai, fondateur de la maison; qu'il n'avait rien reçu de ce dernier, parce qu'il avait fait exception au genre de vie des autres religieux. — 11 est aisé de comprendre le sens spirituel et la raison de cette préférence symbolique. La pauvreté d'esprit, la douceur, l'austérité des mœurs, et en général tout ce que le Seigneur proclame salutaire et utile à l'âme, tout cela est comme des aliments simples et grossiers qu'un grand nombre d'hommes repoussent et méprisent, mais qui aussi, à cause de cela, ne soupçonnent pas l'agréable assaisonnement accordé uniquement à ceux qui ne méprirent pas une telle nourriture. {Veith. sermons pour les fêtes.)

2) Efforcez-vous sérieusement de devenir chaque jour plus pieux et plus vertueux. Que telle soit votre résolution le matin; puis chaque soir examinez votre conscience sur les progrès que vous avez faits dans ce chemin! Rappelez-vous bien que l'homme ne peut devenir parfait d'un seul coup. Il en est de lui comme de la

MOYENS D'AUUIVEn A LA PEI\I••FXTrO^. 603

semence de grain, qui s'enracine i)eu-à-peu dans la terre, et, après (juc les vents et la |)luie ont passé souvent sur elle, à l'époque venue elle proiluit des épis. Celui qui ])lante un |){)irier ne jouit pas de suite de ses fruits; c'est ainsi encore (jue le corps de l'homme grandit insensiblement, jusqu'à ce qu'il soit parvenu à son développement complet.

Faites chuq ::' jour un pas en avilit.

S. Isidore, qui plus tard devint évcque de Séville, découragé qu'il était d'abord, avait abandonné ses études et s'était mis à courir le pays au hasard; fatigué du chemin qu'il avait fait, il s'assit au bord d'un puits, où son attention fut attirée par une pierre forée en divers endroits, et par un cylindre en bois que les mouvements de la corde avaient creusé profondément. Pendant qu'il était à réfléchir, survint une femme pour puiser de l'eau ; Isidore lui demanda comment ces trous s'étaient formés dans la pierre et cette cavité dans le bois? La femme lui dit que les uns y avaient été creusés par les gouttes d'eau tombant l'une après l'autre, et que l'autre s'était formée par le frottement fréquent de la corde. Isidore y réfléchit longtemps et tout à coup une voix se fit entendre au fond de son cœur : « Si cette pierre si dure s'est amollie et a été perforée par la chute fréquente des gouttes d'eau, si le bois a été creusé si profondément par le mouvement répété d'une légère corde, à plus forte raison, ne pourrais-je pas, avec l'assistance divine, acquérir des connaissances, si tous les jours je fais seulement le moindre pas dans le domaine des sciences? » Cette pensée produisit un tel effet sur son faible cœur, qu'à l'instant il retourna à l'école de Séville, et devint peu-à-peu, grâce à sa persévérance, un prodige de science et d'érudition qui étonnera toujours la postérité.

Ce qui vient d'être dit de la manière d'apprendre les sciences, on peut le dire avec d'autant plus de raison de la pratique de la vertu et de la perfection. Ce n'est qu'en persévérant qu'on parvient au but, car, selon les paroles de l'Ecri-

(5(K> If' I A VtllTU ET DE LA l'EUI' I.CTION CHKF.TIE>NE.

ture ; « Celui-là seulement qui aura persévéré jusqu'à la fin, sera couronné. » C'est pourquoi ne nous laissons pas effrayer par le peu de succès dont nos efforts sont parfois couronnés; persévérons courageusement ! Peu-à-peu une gouttelette d'eau creuse un bloc de marbre! « L'immortalité, » dit S. Cyprien, « est la récompense de la persévérance, la vie éternelle et un royaume, comme Dieu lui-même l'a dit, lui sont promis. » {Mettmkiter.)

M)IMA SURJECTA SUNTO JLDICIO SANCT.E ECCI.ESI.'E CATHOLIC.E.

Table des matières et Questionnaire.

Pascs.

Siiflit-il, pour so sauver, de croire tout ce que Dieu a révélé? ... 1

Sommes-nons en étal (!'observor les commandcitients? .... 2

Pourquoi pou\oiis-nous les observer? 3

or PREMIER ET DU PLUS f.RAND UES COMMANDEMENTS.

Quel est le commandement qui renferme tous les autres? ... 7

§ I. De l'amour de Dieu.

Qu'est-ce que l'amour de Dieu? 10

Quelles qualités doit avoir l'amour envers Dieu? 11

Quand cet amour est-il surnaturel ? . ibid.

Quand esl-il souverain? 12

Quand est-il agissant? 14

Quels motifs doivent nous engager à aimer Dieu? 13

Quand notre amour envers Dieu est-il parfait? 18

Quand esi-il imparfait ? .ibid.

Q\iels sont les moyens d'avancer dans l'amour de Dieu? . . .20 Quelles sont les causes qui refroidissent ou détruisent l'amour de Dieu? . 21 Pratique 22

§ II. De l'amour du prochain.

Qui devons-nous surfout aimer après Dieu? 23

Pourquoi devons-nous aimer le prochain? ibid.

Quelles doi\ent-être les qualités de l'amour envers le prochain? . . '26

Quand cet amour est-il sincère? . . * ibid.

Quand est il désintéressé? 27

Quand est il univeisel? 30

Devons-nous aimer également nos ennemis? 32

Pour quels motifs? ittrf.

De quelle manière devons-nous aimer nos ennemis? . . . .38 Que devons-nous faire quand quelqu'un nous a offensé ou que nous avons offensé le prochain? . , 42

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